Manset est l’homme qui s’est effacé en devenant un éternel voyageur : il a choisi l’Asie, ou l’Asie l’a choisi, et il s’est englouti à jamais dans l’amour de ces gens, dans la fascination pour leur beauté et leur douleur. « Le Masque sur le Mur » est sa chanson qui me touche le plus, parce qu’elle parle de ce qui reste quand on est parti, et qu’elle évoque ainsi la terrible désolation de ce que l’on abandonne quand on est – comme moi, bien sûr – un voyageur autant qu’un fugitif (un fuyard ?). Sur un rythme chaloupé qui est affaire d’exotisme de pacotille, en ayant l’air de ne pas y toucher, Manset met le doigt exactement là où cela (me) fait mal.