Attablé en solitaire à boire du vin blanc, je laissais traîner une oreille indiscrète sur la table voisine où discutaillaient un groupe de connaissances.
S'en vient un golgoth en soutane à la mine patibulaire et au pas ferme et décidé.
Un voisin de tablée : "il a pas l'air commode le curé".
Et la demoiselle lui faisant face : "Il y a quelques années le ton est monté entre lui et un gars, on a bien cru qu'ils allaient casser la terrasse."
Et moi de rire en disant " L'autre gars c'était moi." Et de leur conter l'histoire.
Je revenais m'installer à Nice et j'étais attablé avec deux potes à boire des Ti-punch.
S'en vient un golgoth en soutane au pas ferme et décidé.
À l'intérieur de cette soutane, un type, qu'on me pardonne ce mauvais jeu de mots, pas très catholique.
Plutôt patibulaire dirais-je.
Il commande un verre de sang du Christ d'une voix de Stentor, allume un gros cigare, et discute dans de grands gestes avec les deux zigotos qui l'accompagnent.
Il n'est guère besoin de préciser qu'il n'en faut pas plus pour titiller la pilosité amusée du dessus de lèvres du petit diablotin qu'est votre serviteur (à l'époque je portais la moustache).
J'envie, je désire, je VEUX, un de ces cigares.
Je m'élance donc d'un pas guilleret vers le fruit de ma convoitise.
On discute, on sympathise, et il m'offre un cigare.
Je rejoins mes compagnons d'ivresse et j'interpelle la serveuse afin qu'elle distibue (?) une tournée à sa tablée.
Ils lèvent leurs verres à ma santé et lui me remercie avec insistance.
Ceux qui me connaissent savent que je déteste les remerciements.
Quand je fais quelque chose je le fais.
Point.
Je lui répond donc d'un paresseux digitus impedicus bien placé qu'il ne goûte guère.
(J'apprendrai plus tard que c'est un ancien de la Légion).
Et là, pour ceux qui connaissent cette émission de mon enfance qui portait le glorieux nom de " La nuit des héros ", émission qui commençait toujours par une sympathique mise en situation jusqu'à son fameux " Et ce fût le drame ".
Ben à partir de là ben " Et ce fût le drame ".
Après être passé par l'envie, la gourmandise,et la paresse on en arrive à l'orgeuil et ,par conséquent, à la colère. ( Dieu soit loué on a évité la luxure ) .
Après un houleux débat où se mêlent mes plus plates excuses et sa proposition de me " traîner sur le bitume " ( c'est la deuxième fois de ma vie qu'on me fait cette menace ) nous nous quittons plus où moins cordialement.
J'ai droit à un "y'a que toi pour t'embrouiller avec un curé en moins d'une semaine à Nice" de la part de mes amis et je continue mes pérégrinations niçoises en allant porter ma moustache et ses belles paroles ailleurs dans cette succursale de Sodome et Gomorrhe.
Nice que je surnomme "lieu de la consanguinité" tant tout l'monde est sorti avec tout l'monde.
On dirait Friends.
(Et je m'y connais en consanguinité chui un chti).
Une traversée du désert plus tard je m'en retourne en Haute Vienne et c'est alors que je fus frappé, non pas par la grâce, mais par le châtiment divin.
Le fléau de Dieu.
Non non je me suis pas fait gifler par Attila où Will Smith.
J'ai pas chopé la Peste.
Non un truc plus en adéquation avec la médiocrité de notre époque.
J'ai chopé l'Covid.
Bon j'avoue je faisais un peu moins le mariole... Mais j'arrivais quand même à sortir quelques blagues, et, tel le Phénix, j'en suis ressorti plus idiot.
La morale de cette histoire en latin : "don't miss with the curé".