C'est certainement une des chansons de Georges Brassens qui a généré, dès sa sortie en 1964 dans l'album "les copains d'abord", le plus grand nombre de controverses et de critiques. Je me souviens, quelques années plus tard, de discussions enflammées au lycée à propos de cette chanson.
Il y avait ceux qui n'admettaient pas de mettre sur le même plan des idéaux antagonistes, les uns forcément bons et les autres forcément mauvais. J'ai eu fait partie de ceux-là, indéniablement, un temps. À cette époque-là, je croyais encore qu'il pouvait y avoir une vérité et une seule ! Et il y avait ceux qui avaient une lecture plus mesurée, plus profonde, qui prenaient un peu de recul sur des paroles prônant une autre vision. Et je me suis rapidement converti à la religion de ceux-là.
C'était l'oncle Martin, c'était l'oncle Gaston
L'un aimait les Tommies, l'autre aimait les Teutons
Chacun, pour ses amis, tous les deux ils sont morts
Moi, qui n'aimais personne, eh bien, je vis encore
En fait, Brassens s'en explique dans une interview dans un journal (Le Monde, je crois)… "C’est une chanson d’amour. Je les avais connus, ces deux types, et je savais qu’ils ne pensaient à rien, ni l’un ni l’autre ; je savais qu’ils avaient été entraînés par des courants différents, des courants qui les dépassaient, par une espèce de vent qui les aurait emportés comme des feuilles mortes qu’ils étaient ; et puis je les ai plaints"
D'abord Brassens n'oppose pas les idéologies. Ce n'est pas le problème qu'il évoque. Il veut exprimer son pacifisme et surtout l'horreur que la guerre devrait inspirer à chacun. Brassens répondra à la controverse dans sa chanson de 1972 "Mourir pour des idées" et ramènera à lui les gens qui avaient cru entendre une ambiguïté insupportable chez Brassens. En particulier, il y distinguera les porteurs d'idées mortifères ou belliqueuses des braves gens qui suivent un étendard et se retrouvent tous seuls en première ligne …
Pourtant Brassens le disait déjà bien dans "les deux oncles"
C'est vous qui chanteriez la chanson que voici
Chanteriez, en trinquant ensemble à vos santés
Qu'il est fou de perdre la vie pour des idées
Des idées comme ça, qui viennent et qui font
Trois petits tours, trois petits morts, et puis s'en vont
Qu'aucune idée sur terre est digne d'un trépas
Qu'il faut laisser ce rôle à ceux qui n'en ont pas
Pour finir, cette belle chanson est très riche en signification, y compris dans les détails du vocabulaire ou des images utilisés. Elle fait partie des rares chansons politiques de Georges Brassens qui raille ces intérêts nationaux versatiles obligeant à haïr un jour, ce qu'il faudra bien aimer le lendemain.
Une chanson dont on pourrait dire qu'elle était en avance sur son temps en 1964.
https://www.youtube.com/watch?v=Qgm9oy5ZPwk