Cette chanson sortie en 1963 en 45 tours et qui ne semble rattachée à aucun album de cette époque est une véritable découverte.
Est-ce pour autant une chanson mineure dans le répertoire de Nougaro ? Non, pas du tout. Ce que je comprends, c'est que Nougaro fait une métaphore de l'amour à travers l'image du travail dans les mines de charbon.
Oui, dans les lieux nocturnes qu'il fréquente et où il touche le fond (de la mine), il descend tout blanc pour remonter tout noir. Peut-être pas à cause des mêmes substances, toutefois. En plus, il est amoureux d'une mineure qui a une mèche blonde comme une lampe de mineur … Et quand il la prend dans ses bras, c'est pour recevoir un coup de grisou ! Et puis, pas de chance, le jour où la mineure lui préfère une mine d'or, c'est l'accident à la mine et le cœur brisé …
Je trouve que cette chanson (de jeunesse) possède déjà tout ce qu'on aime chez Nougaro : les associations de mots et de sonorités, aux sens différents, la truculence, la poésie, le rythme, … C'est bien Nougaro qui joue avec les mots afin de masquer une vraie émotion, un vrai chagrin, avec une chute pour relativiser son dépit car il pourrait vivre une situation bien pire, ce serait carrément de travailler pour de vrai dans une mine de charbon …
Au Saint Hilaire ou chez Régine
Tout se passe au fond, au fond, au fond
C'est comme dans les mines
Comme dans les mines de charbon
Ceux qui travaillent dans les mines
Descendent blancs remontent noirs
C'est ce qui m'arrivait chaque soir
Au Saint Hilaire ou chez Régine
J'y ai connu une mineure
Avec une mèche de cheveux blonds
Qui rayonnait contre son front
Comme une lampe de mineur
Au Saint Hilaire ou chez Régine
Tout se passe au fond, au fond, au fond
C'est comme dans les mines
Comme dans les mines de charbon
Lorsque je pris sa taille fine
J'en eus le grisou dans les mains
Et des sueurs au creux des reins
Comme les mineurs au fond des mines
En l'aimant je prenais des risques
Je savais que j'allais souffrir
Moi qui ne pouvais lui offrir
Que des diamants de tourne disques
Au Saint Hilaire ou chez Régine
Tout se passe au fond, au fond, au fond
C'est comme dans les mines
Comme dans les mines de charbon
Un soir bien sûr elle fit des mines
À une mine d'or, un joli cœur
Je sentis un marteau piqueur
Qui me défonçait la poitrine
J'ai compris que c'était le final
Je voyais se marrer la galerie
C'est la première fois que l'on me vit
R'monter au jour la gueule toute pâle
Au Saint Hilaire ou chez Régine
Tout se passe au fond, au fond, au fond
Mais je me dis en consolation
Que pour en baver pour de bon
Rien ne vaut les vraies mines de charbon
Chanson avec un rythme enjoué, bien martelé par la contrebasse. Le rythme est complètement jazzy mais évoque plus la marche dans les galeries ou les coups de pic sur les veines de charbon plutôt que la danse.
https://www.youtube.com/watch?v=GMk3WmWU9HA