Comment décrire une scène mimée par écrit ?
La situation :
Six à table. Ça mange ça boit ça discute. Une amie parle. Tout le monde l'écoute.
Sauf mon pote Thibaut et moi.
Thibaut c'est vraiment un prince de l'humanité.
Il est super baraqué et super relax.
Il a des mollets...
Il m'appelle l'extraordinaire étranger.
Comme dans le poème de Baudelaire.
Il dit que "J’aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… là-bas…"
Moi je l'appelle Tout en mollets.
Je dis que Dieu n'avait plus que des mollets en stock lorsqu'il l'a créé.
Lui s''est autoproclamé "chaînon manquant".
"Parce que mes pieds c'est des mains" dit-il.
Il a la dégaine vestimentaire du mec de La bamba triste.
Et je trouve que c'est une des plumes les plus intéressantes qu'il m'ait été donné de lire.
Mais il parvient pas à se faire publier.
Il a écrit des manifestes hilarants.
Pipes et potagers.
J'ai tout mangé.
J'ai pas compris.
Et parfois il écrit des courriers.
Il a écrit une lettre à une marque de gâteaux dégueulasses.
Du coup ils lui en ont envoyé des tas gratos.
Ou il écrit des lettres à des stars ringardes.
Il m'a confié un jour qu'avant de se connaître, lorsqu'on se croisait en terrasse du bar de la dégustation, il m'observait avec curiosité.
"T'avais l'air super sombre (J'ai été étonné quand on a bossé ensemble de constater qu'en fait t'étais un putain de rigolard). Et je me demandais comment tu faisais pour lire Le Maître et Marguerite au milieu des bagarres d'ivrognes."
Le bar de La Dégustation était emblématique ici.
Un bouge tenu par un vieux franc nmac nommé Georges.
Il ressemblait au morse dans Alice au pays des merveilles.
Toujours entourée de sénégalaises qui ne l'aimaient certainement pas pour son argent comme il ne les aimait certainement pas pour leurs formes callipyges.
Il lui était impossible de retenir mon prénom et m'appelait Smain, ce qui faisait énormément rire mes chiens de potes.
Son bar avait la permission de minuit mais il pouvait fermer à 4h du mat'.
Les flics passaient devant mais il n'a jamais été inquiété.
Y'avait une interview de lui dans le journal dans laquelle il lance une petite boutade sur les dessous de table.
Avec les potes on lui demande qui il faut corrompre pour être tranquille à Nice?
Il éclate de son rire qui a l'air de remuer toute sa masse au niveau atomique : "Mais tout le monde pardi! Mais faut pas croire que ça se fait avec des mallettes. Il suffit de faire des cadeaux."
Mais revenons en à nos mimes.
La scène :
Mon regard croise celui de Thib..
Je mime avec les doigts de le menacer avec un flingue.
Il mime de me désarmer (délicatement) et de me braquer avec ma propre arme.
Je mime de bluffer en levant les mains et de fuir en courant.
Il mime de me poursuivre en moto.
Je mime de le redésarmer et de le rebraquer.
Il mime la surprise puis de me redésarmer toujours délicatement.
Je mime de plonger dans l'eau et je mime un aileron de requin.
Je lis dans ses yeux qu'il hésite "est-ce que slim mime un aileron de requin ou une crête de punk?"
Dans le doute il mime un jet ski et un fusil (un harpon? Je ne saurais le dire)...
On éclate de rire.
Les autres se retournent.
On peut lire dans leurs yeux qu'ils se demandent pourquoi nous rions puis qu'ils abandonnent l'idée de chercher à comprendre.
De notre côté on s'entremime du regard qu'il serait vain de chercher à expliquer ce qu'il vient de se passer et puis à quoi bon.
On se contente de rire et tout le monde éclate de rire.
53ème fou rire de la journée et sans un mot.
Le décrire m'en aura nécessité quelques uns.