Cette chanson, emblématique, ouvre l'album "Highway 61 Revisited" sorti en 1965.

Personnellement, j'ai découvert cet album dans les années 70 vers l'âge de 15 ans. Et je me souviens qu'avec les copains, on se contentait de la musique et de la voix de Dylan car on ne disposait pas des paroles qui n'étaient pas incluses dans l'album, comme ça se fait aujourd'hui.. Quant à comprendre à la volée Dylan, ça tenait de l'exploit … Hugues Auffray ne l'avait pas encore traduite ou reprise (1995) et Internet n'existait pas encore. On se contentait donc de bribes trouvées ici ou là, d'articles dans des revues. Et ça ne fait pas si longtemps (années 2000 environ) que j'ai pu trouver et lire les paroles dans leur intégralité et apprécier le ton acerbe et mordant de Bob Dylan …

Car Dylan s'adresse à une femme, Miss Lonely, qui menait grande vie et qui du haut de sa position dans la société méprisait les gens (en creux, Bob Dylan lui-même ?) avant qu'une descente aux enfers l'ait amené à la rue où elle en est désormais à quémander un repas et surtout à devoir s'habituer à une vie incertaine avec des gens inconnus et potentiellement hostiles.

C'est donc, en premier rideau, une chanson sur l'illusion de la position sociale qui peut rapidement évoluer. Le retournement de situation sera d'autant plus dramatique qu'on ne s'y est jamais préparé ou qu'on perd complètement ses repères.

Le ton du refrain est plein de hargne avec ce double "How does it feel" (comment ça fait) suivi d'un ironique

"To be without a home

Like a complete unknown, like a rolling stone"

On ne saura jamais qui est cette miss Lonely et aucune hypothèse sur les femmes qu'a pu connaître Dylan à cette époque ne tient vraiment la route. Mais ça n'a pas guère d'importance car ces paroles transcendent toute éventuelle histoire réelle par une réflexion sur la précarité de la condition humaine.

Par extension, on peut même imaginer qu'à travers "la pierre qui roule" et dont on sait qu'elle n'amasse pas de mousse, il s'agit d'une réflexion sur le choix de la liberté personnelle et de ses contraintes. Dans ce cas, il ne s'agit plus d'un poème qui s'adresse à une personne qui tombe en disgrâce mais d'un poème qui s'adresse à soi-même.

C'est d'ailleurs à travers ce type de chanson qui laisse toute latitude à l'interprétation qu'on peut mesurer le talent et la profondeur des textes écrits par Dylan.

Un mot sur la mélodie où la tonalité me parait plutôt rock avec l'utilisation d'instruments électriques (guitare et orgue) mais où l'inspiration me semble provenir du blues. J'aime bien le lancement du morceau avec un bref coup de batterie qui me parait assez inhabituel.

La chanson a été reprise par de très nombreux artistes dont les plus connus sont Jimi Hendrix, les Rolling Stones (évidemment), David Bowie sans oublier Auffrey qui était un ami de Dylan et était son traducteur (plus ou moins) officiel.


https://www.youtube.com/watch?v=IwOfCgkyEj0

JeanG55
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le 2 oct. 2025

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