Last Exit – The Noise Of Trouble (Live In Tokyo) - (1986)
Last Exit, épisode deux, live à Tokyo en octobre quatre-vingt-six, au « Parco Space Part3, puis au Pit Inn. Avec deux invités, le local Akira Sakata au sax alto et à la basse clarinette et Herbie Hancock lui-même au piano sur la dernière pièce « Help Me Mo I’m Blind ».
L’album commence par une sorte de medley en cinq parties qui s’enchaînent on ne sait trop dans quelle logique, un fourre-tout un peu délirant sans véritable fil directeur, puis viennent « Pig Cheese », l'excellent « Panzer Be-Bop » et « Base Metal » sur la première face.
Ils en sont à leur seconde tournée et se flairent du bout des doigts si j’ose dire, on sent qu’ici le sérieux a cédé la place à la dérision et à l’humour. Ça envoie toujours autant avec ce côté paroxystique toujours présent, mais on peut glisser tranquillou vers le blues, « You Got Me Rockin’ », le temps de deux minutes et remonter vers un « Take Cover » très speed, puis retomber dan les douze mesures et virer free la minute suivante…
Sonny Sharrock est à son affaire ici, « Pig Cheese » c’est lui, une façon d’avancer encore, dans les pas de Jimi. Décisif aussi sur ce be bop dégénéré qui rue dans les brancards, maltraité par cette rage free qui gronde. Pas vraiment de règle ici, mais ça semble s’organiser assez souvent autour de Sony Sharrock. Le gros son de Brötzmann, le batterie lourde de Shannon et le grondement de la basse de Bill, tous s’écoutent et rassemblent l’énergie.
Mais c’est surtout la face B qui est passionnante avec cet invité nippon dont la présence dynamite le groupe. Le duo de saxophones, Sakata à droite et Brötzmann à gauche qui se stimulent l’un l’autre, tandis que Bill Laswell délivre une rythmique élastique inébranlable sur « Blind Willie », et que Sonny balance free !
Ça se prolonge avec « Needles Balls » où les deux saxs dialoguent, rejoints un peu plus tard pour une impro collective sous l’égide d’Albert Ayler. Il faut dire que Ronald Shannon Jackson fut son batteur en 66/67, un tel compagnonnage ça compte dans une carrière ! La dernière pièce avec Herbie Hancock vaut aussi le détour, Sonny Sharrock prend une longue envolée, bien soutenu par Herbie qui se plonge sans mal dans ce feu bouillonnant.
Bien souvent tout ceci est indescriptible et peut sembler sans queue ni tête, mais avec de tels musiciens il se passe toujours quelque chose dans l’espace sonore, bien que tout ça file vraiment vite…