Si Diam’s présente en 2009 un album admirable, et même a posteriori, le sommet de son art, S.O.S. se laisserait presque éclipser par son ultime morceau. En effet avec ce quatrème album, Diam’s s’est retrouvé dans une position rare dans l’industrie, car prête à prendre sa retraite 3 ans après sa consécration avec « Dans ma bulle ». Cela permet à « Si c’était le dernier » de bénéficier de la notoriété et du talent de Diam’s pour s’imposer comme une conclusion flamboyante, et non comme un dernier coup d’éclats méconnus d’une actrice en perte de vitesse.
L’idée n’est pas ici comme à mon habitude de réaliser une analyse linéaire de la musique, qui s’y prête peu, mais plutôt de revenir sur les points importants qui en font un succès. « Si C’était le Dernier » conclut de manière très personnelle l’album S.O.S, déjà particulièrement introspectif. A ce niveau, l’ultime chanson joue presque un rôle de synthèse de toutes les problématiques évoquées dans l’album avec pour fil rouge les périodes 2007-2009 ; un résumé de la carrière de l’artiste étant déjà réalisé plus tôt dans l’album avec « I am somebody ». Le morceau étant un texte fleuve, il n’évolue que rarement de manière linéaire. Il évoque cependant 5 grands points sur lesquels il est intéressant de revenir.
Le sommet de la carrière de Diam’s est finalement peu évoqué dans cette chanson. On l’entend : l’instrumentale et le texte s’emballent au moment où elle prononce « fin d’année 2007 » qui marque la chanson. On le retrouve sous fond de nostalgie
« Mais quand je faisais jumper les foules eux ils étaient morts »
Mais cette position de sommet est surtout requestionnée comme un échec personnel. C’est un vécu du milieu qui a créé chez Diam’s un vrai problème presque identitaire.
« Sache que la vie de star est une pute
Elle te sucre ta thune, te sucre tes valeurs
T'éloigne de la lune dans des soirées VIP sans saveur
[…]
Faut avouer que dans ce milieu y a peu de relations durables »
A cette crise s’ajoute la célébrité qui vient alourdir cette crise identitaire de la chanteuse qui se voit au travers de ceux qui la critique et des médias prêts à la dévorer au moindre faux pas.
« J'entends rien je suis sourde quand les connards jactent »
Sans non plus remettre en question sa position de chanteuse, Diam’s pose une vraie remise en question de ce fameux « sommet ».
« Je veux redevenir quelqu'un de normal
Qui se balade sans avoir 10 000 flashes dans la ganache »
Vient ensuite la chute, marquée par la dépression qu’a vécu la chanteuse en 2007. Diams en parlerait comme d’une défaite de guerre. Où elle a fini par perdre qui elle est à cause des médicaments qu’on lui prescrit. Elle en sort d’ailleurs très remontée contre le système médical lié à la santé mentale.
« Eux m'ont dit vous êtes malade à vie vous êtes bipolaire
Moi j'y ai cru comme une conne alors j'ai gobé
Vu de quoi calmer mon cœur au fond d'un gobelet »
[…]
Tous des menteurs, tous des trafiquants d'espoir
C'est juste que j'avais un trop grand cœur pour un avenir trop illusoire »
La chute dont parle Diam’s ne se limite cependant pas à sa santé mentale, elle y parle notamment de sa solitude vis-à-vis de son entourage…
« Car c'est comme ça dans la vie quand tout va bien t'as plein d'amis
Puis quand t'éteins t'entends une voix qui dit "t'es seule, Mélanie"
[…]
Un jour j'ai changé de phone sans prévenir personne
Et là j'ai vu ceux qui ont cherché des nouvelles de ma pomme »
Et du milieu du rap.
« Y a plus de MTV Award à l'hôpital pour t'aider quand tu coules
Car je l'avoue ouais c'est vrai j'ai fait un tour chez les dingues
Là où le bonheur se trouve dans des cachetons ou des seringues
Là où t'es rien qu'un malade, rien qu'une putain d'ordonnance »
La première étape dans le processus de guérison de Diams a été sa capacité à voir sa bipolarité comme quelque chose de saint, de l’accepter voir même de le chérir.
"Oui j'ai compris que j'avais un cœur mais pas que pour mourir"
On retrouve aussi une idée que peu importe la voie empruntée il y aura des difficultés, car c’est inhérent à la vie.
"Parfois je me barre et si toutefois je tombe, ben je me relève et me bats
Y a pas de place pour les faibles la vie est une lutte"
Contrairement à l’image véhiculée dans les médias d’une femme aujourd’hui voilée, Diam’s a toujours parlé de la religion avec une certaine pudeur, si on excepte le rapport à la lune (symbole de l’Islam) elle n’y accorde que deux vers. Signifiant sa présence tout en la laissant universelle.
"Je suis guérie grâce à dieu j'ai retrouvé la vue
J'ai péri mais j'ai prié donc j'ai retrouvé ma plume"
Quand Diam’s donne des conseils sur la dépression elle ne parle d’ailleurs pas de dieu mais d’espoir et de courage, gardant un message très universel qui dépasse les clivages et les clichés que ses détracteurs lui affublent honteusement.
"Cherche la paix au fond de toi-même
Je sais que t'aimerais qu'on te libère, qu'on te comprenne quand tu saignes"
Diam’s met énormément en avant les idées d’empathie et de soutien pour sortir de dépression. Cette idée que peu importe qui on est des gens comptent pour nous et on ne peut pas les abandonnés, que ce soit dans notre sphère familiale ou professionnelle.
"Relève toi pour ta mère au moins fais-le pour elle
Relève toi pour tes frères et sœurs qui aiment tes poèmes
[…]
Et font "hoyo" le soir dans les salles
"Hoyoyoyo" quand tu chantes, petite banlieusarde
[…]
Si c'était ma dernière soirée je verrais mes amis
Je ferais un gâteau tout foiré pour qu'ils me vannent toute la nuit
On retrouve également cette idée dans son art ou la chanteuse choisi de propager l’espoir et non sa tristesse (Ce qu’elle a pu faire dans le passé).
Car aujourd'hui je préfère vivre et donner du courage aux hommes
La mère de Diam’s, visiblement la personne la plus proche d’elle et dont elle éprouve le plus de respect, occupe une place particulière dans la chanson.
"Si c'était mon dernier câlin je le donnerais à ma mère
Et lui dirais que j'étais bien que c'était aussi bien sans père"
Ce travail solidaire est d’ailleurs la réponse au « et maintenant ? » provoqué par les rappels d’une possible sortie de piste de la chanteuse. Le « big up project » est une association créée par cette dernière pour soutenir les enfants en Afrique.
« Je joue à rôle de contenance du Sénégal au Cameroun
[…]
En 2009 j'ai fais un tour en Algérie, au Mali, au Maroc
En Côte d'Ivoire, au Gabon, en Tunisie
[…]
J'espère bien qu'avec le temps on aidera des hommes
À prendre soin des enfants de Madagascar aux Comores
[…]
Avant la big up fondation c'est le big up project
Si c'était mon dernier album j'aimerais que l'on sache
Que mon public est bénévole quand il l'achète dans les bacs »
[…]
Moi avec l'argent du peuple je veux devenir sauveur
Donc si il faut donner l'exemple je suis le premier donateur
Cette fin de l’histoire, on le ressent très bien dès les premiers vers où Diam’s annonce ouvertement son départ.
"J'écris ce titre comme une fin de carrière
Je suis venu j'ai vu j'ai vaincu puis j'ai fais marche arrière
S'il était mon dernier morceau j'aimerais qu'on se souvienne
Que derrière mes balafres se cachaient une reine"
Elle parle dans la première partie de la chanson de son titre de son envie de ne plus faire partie de cet écosystème, de redevenir inconnue, sans pour autant parler ouvertement de fin de carrière comme c’était le cas dans les toutes premières lignes de la chanson.
"Laisse moi vivre pépère, laisse-moi rester simple
Laisse, pas besoin de devenir célèbre pour rester humble
En manque d'amour j'ai couru après la reconnaissance puis moi
Le petit bijou, j'ai côtoyé l'indécence
J'écris ce titre comme si j'étais toujours en bas"
Non ce qui ressort de « Si C’était le Dernier à ce moment-là est qu’il est le plus beau morceau de Diam’s et sans nul doute un des plus beaux morceaux du rap francophone, porté par un instrumental exceptionnel. Diam’s semble consciente de la qualité de son titre, comme si elle avait mis tout son talent dans une attaque finale.
"Dès que je rappe car je ne parle plus trop
Voici un ego trip très gros ouais voici mon plus beau titre"
Ce rappel devient cependant beaucoup plus clair à la fin où en réglant ses comptes avec tout le monde, on comprend qu’il n’y a pas de « si », que c’est le dernier, la fin d’une grande dame, la fin d’une légende, le début d’un nouvel arc de sa vie.
"Si c'était mon dernier concert
J'aimerais que la scène me permette de véhiculer un message personnel
Oui j'aimerais que mon public sache que je l'aime
Perdue dans mes problèmes comme j'ai eu peur de vous perdre
[…]
Si c'était ma dernière rime je rapperais comme personne
Car aujourd'hui je préfère vivre et donner du courage aux hommes
Si c'était ma dernière soirée je verrais mes amis
[…]
Si c'était mon dernier regard il viserait la lune
Elle qui a éclairé ma plume, éclairé mes lectures
Et si la mort venait me dire "il ne te reste que 20 minutes"
Ben j'aurais souhaité la paix
Et j'aurais rappé 10 minutes"
Sachant cela, il est, pour ceux ayant assisté à l’ultime prouesse de Diam’s, déprimant de constater l’image qu’en garde le grand public. Entre ceux se moquant de son voile, ceux la présentant sous couvert d’humour d’hystérique de par certains de ses textes (et notamment « Confessions Nocturnes ») et ceux imposant un embargo sur l’écoute de ses chansons sous prétexte du Coran, on parle finalement beaucoup de la femme et peu de ses chansons qui en font pourtant une artiste majeure de son temps. Peut-être aussi peut-on parler du sexisme inhérent au genre, avec tous ces hommes moins talentueux qu’égocentriques qui n’aiment pas se rappeler que dans la salle des trônes du rap-jeu, il y siège une impératrice.
Et si c'était mon dernier titre
J'aimerais que l'on garde de moi
L'image d'une fille qui rêvait d'être reine auprès du roi