Morceau découvert grâce au beau film "La forêt oubliée" : j'y associe toujours, du coup, l'image apaisante d'une cathédrale d'arbres millénaires, mystique, illuminée de mythes sans nom qui s'envolent, étranges lampions-lucioles, au-delà d'une canopée impossible.
Il se mêle dans ma mémoire à d'autres images : une relecture de "La forêt des mythagos" (décidément) de Robert Holdstock (images de mythes forestiers, à nouveau, qui spiralent à l'infini, avec leur part d'ombres qui étranglent et révèlent) ; à la brume, sur des monts recouverts de sapins, non loin du château de Linderhof, un jour de juillet pluvieux où je cherchais les traces du Märchenkönig qui me fascinait depuis l'adolescence ; à la relecture, ce week-end, d'un roman de mon adolescence, "La colline des rêves", d'Arthur Machen (encore une histoire de forêt dissimulant des ruines romaines mystérieuses).
C'est étrange, la mémoire visuelle que l'on peut associer à certaines notes, la façon dont un thème fera ressurgir, de manière très proustienne, des moments précis, ou le souvenir d'un sentiment que la mélodie ravive : ici, un sentiment presque oppressant de la notion de sacré, qui apaise l'âme autant qu'elle l'inquiète, qui s'insinue dans l'esprit, par nappes sonores (ah, ces cordes qui étirent douloureusement l'âme...) jusqu'à créer un étrange équilibre entre mélancolie et sérénité. Etrange expérience pour l'agnostique que je suis...
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