Fan du Suprême NTM depuis le début, j’ai acheté l’album à sa sortie. C’est dingue, mais déjà avant mes 30 ans, la fuite du temps me travaillait.
Il y a ce sample du Prélude N°4 de Chopin, par Sully Sefil. Mélancolique, lancinant, presque obsédant. Quelques notes de piano qui tournent en boucle et qui donnent au morceau cette gravité particulière. Et forcément, à la toute fin, quand arrive « l’horloge a tourné », avec ce bruit d’horloge derrière, ça m’a toujours angoissé
Si That’s My People me parle autant, c’est aussi parce que je me retrouve souvent dans ce que raconte Kool Shen. Moi aussi, mon premier kiff, c’est de chiller, de rester avec les miens, de me laisser aller. Et quand il parle d’éteindre la flamme du FN, là aussi, je suis avec lui. C’est clair.
Bon, pour la flamme du FN, j’aurais aussi bien pu pisser dans un violon : le résultat aurait été le même. Elle ne s’est pas éteinte. Elle s’est transformée en brasier qui, malheureusement, a gagné une grande partie de la France.
Alors je prends soin des miens. Parce qu’il ne faut pas les aimer une fois qu’ils ne sont plus là. Et trop nombreux sont ceux qui nous ont déjà quittés.
Moi, je n’ai pas pris le micro. J’essaie de faire des photos, parfois j’agite ma plume. Mais au fond, l’intention est la même : raconter, à ma manière, les miens ou ceux qui traversent mon esprit de dégénéré par l’abus de weed.
Première différence avec Kool Shen quand même : moi, j’en ai rien à foutre de la pole position. Je n’ai vraiment pas l’esprit de compétition.
Alors oui, je me retrouve complètement dans ce morceau de NTM. Ce qui est assez drôle, c’est que JoeyStarr l’a répété à plusieurs reprises : That’s My People est pour lui l’un des meilleurs, sinon le meilleur morceau de NTM. Sur ce coup-là aussi, on est d’accord.
Depuis, l’horloge a sacrément tourné. Ça grince dans les rouages. Et elle continuera de tourner, quoi qu’on fasse. En attendant, je fume des spliffs, je profite des miens, j’essaie de fixer quelques morceaux de vie et j’écoute encore et toujours NTM. Il y a pire façon de regarder le temps s’enfuir.