James Brown sort Time Is Running Fast alors que sa carrière marque le pas. Ce moment que connaissent beaucoup d’artistes : ils ont été révolutionnaires à leurs débuts, puis ont peut-être oublié de se renouveler tout en gardant leur marque. Le Parrain du funk n’est plus le cool guy visionnaire des sixties, mais un vétéran qui conserve les clés du groove. Il avance par réflexe, par instinct, par pure inertie mythologique.
La production fonctionne bien, mais il faut aimer le funk sec. En tout cas, c’est mon ressenti du funk de James Brown. Tous les ingrédients sont là : les cuivres qui font le job, la basse, la voix. Mais la surprise n’est plus au rendez-vous. Brown ne cherche plus à réinventer le funk, il l’utilise à coups de répétitions hypnotiques qui ont fait sa légende mais qui frôlent parfois l’excès.
Musicalement, c’est un disque qui tourne en orbite autour de lui-même. Les riffs reviennent, insistent, s’enroulent jusqu’à la transe. Par moments, on décroche. Puis un break, un motif, un gimmick surgit et rappelle pourquoi tout le hip-hop des décennies suivantes viendra piller ces mesures.
Brown ne veut pas mourir. Time Is Running Fast est un disque qui tourne en rond mais qui, à force de tourner, creuse un sillon indélébile. Un album imparfait, répétitif, parfois lassant, mais traversé de ces instants où Brown rappelle qu’il suffit d’un cri, d’un riff, d’un battement pour redéfinir la gravité.