J'ai 13 ans quand la musique est bonne sort et le 45t est vite entre mes mains. Sur la face B il y a ce morceau qui va me prendre aux tripes dès la première écoute. C'est chanté doux, avec un saxo lancinant. Je suis sensible à la poésie des mots, les Méditations de Lamartine voyagent dans ma poche et je déclame des vers quand je suis seule, transportée par les images qu'ils font naître en moi. Ah, je suis très réceptive aux alexandrins (je crois d'ailleurs que Antisocial est en alexandrins, ce qui la rend particulièrement attractive). Et puis il y a cette phrase qui revient sans cesse en refrain : Ces raisons là qui font que nos raisons sont vaines, ces choses au fond de nous qui nous font veiller tard...
Pas moyen de le partager avec mes copains, on n'est pas sérieux quand on a 13 ans, les voix couvrent le chant, personne n'écoute. Et pis il fait jour, c'est une chanson de nuit, de solitude, de communion aussi. Les humains qui veillent tard connaissent forcément ce genre de moments...
"Loin des refrains entraînants et des couplets accessibles, "Veiller tard" se démarque par une écriture en alexandrins, une absence de refrain et une mélodie dominée par le saxophone de Philippe Delacroix-Herpin. La chanson explore des sentiments diffus, des angoisses nocturnes, cette tristesse qui peut surgir au moment où le monde ralentit et où chacun se retrouve seul face à lui-même. Goldman y aborde le paradoxe du "triste optimiste", ce qu’il décrira lui-même comme "le côté désespéré de l’optimisme"." https://blog.parler-de-sa-vie.net/exegeses/veiller-tard
Les lueurs immobiles d'un jour qui s'achève
La plainte douloureuse d'un chien qui aboie
Le silence inquiétant qui précède les rêves
Quand le monde disparu l'on est face à soi
Les frissons où l'amour et l'automne s'emmêlent
Le noir où s'engloutissent notre foi, nos lois
Cette inquiétude sourde qui coule en nos veines
Qui nous saisit même après les plus grandes joies
Ces visages oubliés qui reviennent à la charge
Ces étreintes qu'en rêve on peut vivre cent fois
Ces raisons-là qui font que nos raisons sont vaines
Ces choses au fond de nous qui nous font veiller tard
Ces raisons-là qui font que nos raisons sont vaines
Ces choses au fond de nous qui nous font veiller tard
Ces paroles enfermées que l'on n'a pas pu dire
Ces regards insistants que l'on n'a pas compris
Ces appels évidents, ces lueurs tardives
Ces morsures aux regrets qui se livrent à la nuit
Ces solitudes dignes au milieu des silences
Ces larmes si paisibles qui coulent inexpliquées
Ces ambitions passées mais auxquelles on repense
Comme un vieux coffre plein de vieux jouets cassés
Ces liens que l'on sécrète et qui joignent les êtres
Ces désirs évadés qui nous feront aimer
Ces raisons-là qui font que nos raisons sont vaines
Ces choses au fond de nous qui nous font veiller tard
Ces raisons-là qui font que nos raisons sont vaines
Ces choses au fond de nous qui nous font veiller tard