Je ne pensais pas qu'on puisse faire mieux que Godless, mais j'ai été surpris.
La scène d'ouverture du premier épisode laissait pourtant à désirer, avec un petit quelquechose dans la photographie, les plans, un peu cheap m'indiquant de l'amateurisme. Et comme d'habitude, je laisse toujours une chance à un travail pour me montrer si ça en a dans le ventre ; mais je n'étais pas prêt à un tel revirement.
L'alternance de scènes de tension résolues à la vitesse d'un monde sans loi avec des éléments d'écriture savamment disposés pour faire avancer le scénario à bon rythme, ancrent l'esprit dans ce qui sera la marque de cette histoire : l'absence de diégèse. Nulle ville, nuls personnages récurrents, simplement l'immensité de l'inconnu. Cette série ne perd pas son temps avec du sensationnel, ou de la longueur dans les montées de violence : le fond est de vous amener à vivre une traversée de pays par des pionniers, sans vous servir un western axé sur les armes à feu.
Et pourtant il y en a. Mais le strict minimum en lien avec la réalité des faits. Et les faits sont brutaux. Les malades sont abandonnés et livrés à leur sort aussi vite que les cadavres de bandits ou de voleurs, violeurs, fraîchement exécutés. Les agressions se règlent très vite, par la réaction du plus juste à faire valoir sa force : les forts sans justice en leur coeur ont, et c'est bien une des rares fois, le malheur d'être à la mauvaise époque, et dans la mauvaise oeuvre. Un pionnier et sa famille croise le chemin d'un passeur, qui demande son aide pour mener d'autre pionniers ; et de là, l'aventure commence.
Des moments m'ont transportés, rien que par la voix off de la jeune femme qui, on le devienne, raconte les souvenirs de sa vie ; notamment l'arrivée en train dans la nuit, la sensation de chaleur, l'odeur de la ville qui se devine. Des trains à vapeur on a a vu plein, mais il y a toujours une façon un peu plus réaliste de le faire, et là j'ai aimé la lenteur, l'épaisseur de l'air. Le quai, les retrouvailles. Aussi, ses descriptions des paysages, pleins de poésie, qu'elle fait tout au long du périple.
Les dialogues sont d'une rare impeccabilité. On s'attache assez vite aux protagonistes, comme ce vieil homme, capitaine, qui a perdu sa femme et sa fille emportés par la maladie et la mort de centaines de ses hommes, ou son acolyte, homme de couleur tout aussi écorché. Les répliques ne font jamais dans la surenchère, les mots sont choisis avec soin, les démonstrations par le verbe tirées à quatre épingles.
L'émotion de la dureté des conditions, ainsi que de la perte humaine, s'accompagne de moments plus légers mais jamais mièvres. J'en suis à l'épisode 5 au moment où j'écris ces lignes, et je m'étonne encore que la photographie et les décors, costumes, qui de prime abord m'avaient parus si peu aguichants sont relevés par une écriture sérieuse et intelligente. Comme quoi, comme on le répète, là est le principal ; le reste se déguste par les yeux petit à petit, dans la lumière du désert qui ne ment pas.
La crasse, la nature sauvage, sont comme la boue autours de l'or charriée par les courants : l'écrin éternels des rêves de liberté, et malgré l'amour qu'ont les rêveurs pour la terre, la terre ne le leur rend jamais. Elle bois leur sang, et les laisse mourir de soif comme si dieu n'avait pas encore décidé quoi faire de ses enfants.