«1883», de Taylor Shéridan, est une préquelle de «Yellowstone» où on nous raconte l’épopée tragique et cruelle d’un convoi d’immigrés européens partant du Texas pour trouver une vie meilleure ailleurs, sur les terres vierges de l’Oregon. Pour encadrer ce convoi, d’anciens vétérans ouvrent la marche.
Posons le décor... Oui, il y a des ciels étoilés, des grandes prairies sublimes, des gens qui discutent le soir autour d’un feu, des chevaux qui courent au ralenti, des crotales qui mordent les fesses, des bandits, des paysages à couper le souffle, des comanches, du bétail à mener, des batailles aux pistolets, une nature hyper hostile et des bisons... OUI nous sommes bien dans un pur western old-school !
Mais la série est puissante en tout point. Les scénaristes ne se contentent ici pas de livrer une épopée lyrique de plus sur la vie des pionniers du Grand Ouest américain où la vie ne tient qu’à un fil. L’analyse sur la construction de ce pays est fouillée, les parcours psychologiques sont puissants, tous les acteurs sont impeccables et au service de personnages approfondis. Au-delà de toutes ces qualités, je souhaite ici notamment insister sur la qualité de l’écriture. Cette intrigue claire rédigée pour dix épisodes, son épatant sens du rythme et ses personnages bien caractérisés doivent faire école auprès des scénaristes de studios qui, aujourd’hui, nous livrent parfois des récits pisse-encre trop alambiqués et/ou qui s’embourbent (qui a dit «House of the Dragons» S2 ?). «1883», c’est mené avec finesse, subtilité et réflexion - le tout emballé de manière palpitante. L’intensité de la partition de Bryan Tyler (qui pour une fois arrive à ciseler un vrai thème) achève l’enchantement.
La colonne vertébrale de l’histoire est orchestrée par ce personnage interprétée par Isabel May, Elsa, une jeune adulte qui assure la voix off. Elle nous relate sa vision de ce monde sauvage, où l’homme blanc a déjà commencé à répandre ses méfaits. Le regard innocent de sa jeunesse, sa puissance de vivre et certaines de ses envolées narratives, poétesses et philosophiques, m’ont proprement bouleversés. C’est simple, j’ai chialé (beaucoup) à chaque épisode.
J’espère qu’il n’y aura jamais de saison 2 donnée à ce chef d’oeuvre, «1883» étant un petit joyau qu’il ne faudrait surtout pas abîmer.
Immense coup de cœur !