De l'autre côté de l'écran

Avis sur Alice in Borderland

Avatar Denis Labbe
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Adaptation attendue par Netflix du Shonen du même nom, Alice in Borderland réussit la gageure de transposer cet univers violent et déjanté avec de vrais acteurs. Evidemment, beaucoup d’occidentaux risquent de passer à côté des subtilités de ces intrigues, qui mêlent énigmes, rapports humains, dénonciations sociales et combats intérieurs. Pourquoi, me demanderez-vous ? Tout simplement parce que les codes japonais sont différents des nôtres. Le jeu des acteurs, calqué sur celui des mangas, est souvent hyperbolique, ce qui peut amener des téléspectateurs à décrocher. La direction des acteurs est à l’avenant, comme certains cadrages épileptiques. Ajoutons à cela un doublage en français catastrophique, comme souvent avec Netflix, ce qui devrait vous faire préférer la version originale, bien meilleure. Une fois passées ces barrières culturelles, Alice in Borderland est une vraie réussite.
Totalement addictive, cette première saison met en place les personnages centraux de l’intrigue, avec un cynisme très nippon. On suit donc Arisu, un otaku issu d’une famille bourgeoise et ses deux amis Chota et Karube, qui sont projetés dans un Tokyo alternatif, vidé de ses habitants, où la survie passe par des jeux mortels. Placé quelque part entre Battle Royale, American Nightmare, Cube et Hunger Games, Alice in Borderland est un défouloir jouissif, intellectuel et terrifiant. Au fur et à mesure des épisodes, le trio va faire des rencontres qui vont changer sa vie, et surtout celle d’Arisu. On découvre ainsi des personnages charismatiques, comme l’énigmatique Shuntarô, particulièrement bien campé par un acteur tout en nuances, mais aussi la petite bombe athlétique qu’est Usagi qui devient rapidement l’alliée d’Arisu. La galerie de personnages est assez complète et complexe, ce qui permet de dérouter le téléspectateur et de le pousser à réfléchir. On peut néanmoins s’étonner de quelques libertés prises avec la trame des seize tomes du manga que je ne préfère pas dévoiler ici, et certaines modifications du caractère de certains personnages notamment celui Chota, bien plus sobre que dans le shonen où il apparaît comme un garçon vulgaire qui ne pense qu’au sexe. Netflix oblige, tout ceci est passé sous silence, même si la série est interdite aux moins de 16 ans… On se demande pourquoi. En tout cas, ce n’est absolument pas pour des scènes sexuelles, quasiment absentes et plutôt suggérées. L’influence américaine.
Plus subtile qu’il n’y parait, cette série nous plonge dans les abîmes de l’âme humaine. Certains personnages montrent donc leur noirceur et leur lâcheté, tandis que d’autres préfèrent sauver des vies. Alice in Borderland nous entraîne dans un récit initiatique qui voit Arisu et ses amis changer de caractère, affronter des épreuves terrifiantes, se rapprocher les uns des autres ou s’éloigner de leurs proches. Les apparences sont souvent trompeuses, et le récit n’hésite pas à aborder des problématiques contemporaines, comme le rejet par leur famille des transgenres, l’inadaptation sociale des jeunes, les dérives morales, l’addiction au sexe, la promotion canapé…, tout cela dans une mise en abyme du jeu vidéo qui pose la question de la déconnexion de la réalité. Le dénouement de cette première saison laisse entrevoir une suite particulièrement étonnante.

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