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Aoi Bungaku Series par _Andrea_

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Critique publiée par le

Ce qui m'avait charmée dans Aoi Bungaku Serie était tout d'abord le projet, puisque les adaptations qui sont réalisées sont celles d'oeuvres de la littérature japonaise de la moitié du 20ème siècle. Sauf erreur de ma part, on tient là une rareté.
Je vais tenter de restituer mes impressions arc par arc.

Ningen Shikkaku - La Déchéance d'un Homme
"Je suis devenu bouffon". C'était mon ultime demande adressée aux hommes. Extérieurement, le sourire ne me quittait pas; intérieurement, en revanche, c'était le désespoir. » Ainsi se présente Yôzô, jeune homme issue de la bourgeoisie japonaise qui d’oisiveté en mauvaise fréquentation va tomber dans la déchéance. Décidé à se consacrer à la peinture, Yôzô arrête ses études et se met à fréquenter certains milieux où la décadence règne jusqu’à se perdre dans une descente aux enfers.

Japon, milieu du 20ème siècle. La société n'est tendre avec personne, encore moins avec les femmes et les hommes décalés comme notre narrateur héros.
Nous avons affaire à un personnage qui a des troubles psychologiques liés à son enfance, le tout réactivé par un incident et le côté anxiogène qu'a la société sur son profil d'inadapté. Il est psychotique. Il est toujours en souffrance, trop apathique pour gagner la paix de l'âme auquel il aspire, l'humanité qu'il est persuadé avoir échoué à atteindre. Et il n'a pas vraiment de chance, en dépit des moments de grâce qui éclaireront sa vie. Son parcours de personnage est vraiment fascinant. Et terrible...
L'écriture est juste merveilleuse. L'auteur original semble avoir beaucoup mis de lui (cf sa biographie) : sur son milieu social, le contexte politique de son pays, la fascination pour le suicide et les affres de l'addiction.
Les graphismes sont d'une beauté remarquables, les couleurs superbes, les musiques classieuses, rien n'est négligé. La réalisation rend justice à une écriture qui était fine et sensible, bien que fortement pessimiste. L'histoire est merveilleusement bien rythmée, le contexte est riche sans être lourd.
Vraiment du très très beau travail.

Sakura no Mori no Mankai no Shita - Sous les fleurs de la forêt de cerisiers
Shimegaru est un bandit très puissant qui dénombre autant de victoires que d'épouses. Un jour, il s'amourache de la femme d'un autre combattant qu'il décide de faire sienne. Seulement, sa grande puissance n'est rien en comparaison du caractère orgueilleux de la dame qui lui impose de supprimer ses autres épouses pour obtenir son cœur. Mais les exigences sanguinaires de la belle ne s'arrêtent pas là.

La transition au niveau des graphismes, couleurs et animation est violente quand même -.-
Puis on s'y fait, jusqu'à ce cerisier magnigique qui vaut le détour et cette femme, insupportable mais très belle et énigmatique.
Lui, on le trouve bien bête d'accepter tout ça... J'adore l'euphémisme du narrateur à moment donné sur la nature de ce qui le pousse à le faire justement. L'histoire emporte moins l'adhésion en dépit de l'aspect plus fantastique. L'intensité dramatique est sappée par les délires comédies musicales qui ne restituaient même pas le côté théâtre de l'absurde qu'aurait pu avoir cette histoire. On reste sur du superficiel qui ne dit pas grand chose en fait.
Le mélange des genres est pour beaucoup dans le manque de cohérence de cette adaptation. Non seulement ça rend l'histoire "bâtarde", mais certains effets de style sont très contestables.
Mention spéciale pour l'animation de la deuxième partie, toutefois, qui est magnifique.

Kokoro - Le pauvre cœur des hommes
Un jeune étudiant est logé par une veuve et sa fille qui l’appellent « sensei ». Il propose à l’un de ses camarades de s’installer lui aussi dans sa pension pour qu’ensemble, ils atteignent une certaine voie intellectuelle au cours de leurs études. Si l’un semble se montrer attentionné, l’autre est plutôt bourru et silencieux. Mais la jeune fille de maison ne laisse pas indifférent le pauvre cœur de ces jeunes hommes.

Et donc arrive ce qui doit arriver..
Ce qui est fort sympathique, c'est l'ambiance très travaillée et oppressante qui se dégage de cette mise en scène.
Au niveau de la structure narrative, c'est à un changement de point de vue auquel nous avons droit cette fois-ci. Chacun des deux hommes a sa version des événements, un point de vue par épisode pour ce diptyque, donc.
Rien de très révolutionnaire dans le procédé mais par contre un l'éclatage total des acquis grâce au story telling. Ce qu'on croyait savoir, avoir compris, est modifié par un nouveau témoignage et encore une fois un procédé classique prend ses lettres de noblesse pour notre plus grand plaisir.
Très bonne histoire.

Hashire Melos! - Cours Melos!
Un dramaturge se voit confier l’adaptation théâtrale d’une légende grecque. Melos, jeune berger naïf et idéaliste est révolté par les actes du roi Dyonys, un tyran sanguinaire qui règne sans partage sur son pays. Arrêté alors qu’il tentait d’assassiner son souverain, Melos est condamné à mort. Mais devant les supplications du jeune homme, le roi suspend temporairement l'ordre d’exécution et l’autorise à se rendre au mariage de sa sœur sous une condition : s'il ne revient pas se rendre à la justice avant le délai imparti de trois jours, Dyonys fera tuer Selinuntius, le meilleur ami du berger. Mais sur le chemin du retour, Melos va devoir faire face à nombre d’imprévus. Arrivera-t-il à temps pour sauver son ami et affronter son destin ? Au fil de l’écriture de la pièce, l’auteur voit resurgir des souvenirs de sa propre existence…

Cette histoire écrite par Osamu Dazai est un classique scolaire au Japon.
Nous sommes toujours à l'ère Showa.
Takada est un auteur qui commence à avoir son petit succès. Son éditrice lui commande l'écriture d'une pièce, qui adaptera une légende antique grecque (Damon et Pythias). Habituellement, il écrit facilement, il est assez lisse et son écriture est celle d'une bête à concours, on demande, il fait. Et ça convient au plus grand nombre.
Mais cette fois il ne se sent pas à l'aise. Le thème de la pièce, cette histoire d'amitié, lui pose problème...
Bientôt son histoire va se confondre avec la pièce qu'il écrit.
L'écriture le replace en effet face à sa propre histoire. Son amitié de jadis avec un comédien, sa lumière, son inspiration..
J'ai plongé dans ses affres de Tanaka avec quelque retenue, mais j'admets que la construction est fabuleuse. On sent qu'on a affaire à un auteur chevronné derrière (même si l'écriture qu'il prête à son personnage héros est plutôt plate).
Par contre le procédé de mise en abîme présent dans la narration, ça j'avoue, j'adore. Il est l'âme de cette histoire. Il lui donne le relief nécessaire si comme moi vous n'avez qu'un intérêt assez convenu pour Tanaka et vous ne comprenez pas pourquoi diable il est resté bloqué 15 ans dans sa rancune refoulée.
La fin nous montre que finalement la vie est la plus puissante des fictions. C'est donc narrativement très bien construit et graphiquement, c'est encore du beau travail.
Celui qui attend ou celui qui est attendu, qui souffre le plus ? Celui qui n'a plus rien à attendre.

Kumo no ito - Le fil de l'araignée
Dans une cité gouvernée par un roi tyrannique sévit un tueur sanguinaire du nom de Kandata. Sa soif de sang est telle qu’un jour, il s’en prend au roi qui, fou de rage, met tout en œuvre pour arrêter le criminel. Lorsque Kandata est condamné à mort, une ultime et fragile chance de salut lui est offerte : un fil d'araignée descendant de la voûte des enfers…

Jigoku Hen - Figures Infernales
Satisfait de la justice qui lui est rendue, le roi poursuit cependant ses exactions. Pour glorifier son règne, il commande au meilleur artiste du royaume, Yoshihide, une fresque géante pour immortaliser les splendeurs du pays. Cependant, Yoshihide ne saurait peindre ce qu’il n’a pas vu et livre une œuvre cauchemardesque...

Ce dernier diptyque, inspiré d'un roman de Ryunosuke Akutagawa, est réalisé par Atsuko Ishizuka (Monster) et bénéficie du sens de l'épure de Tite Kubo au character design. Il faut noter un travail formidable sur l'art design et les couleurs.
La réussite est donc au rendez-vous et achève avec brio une série sur la "misère de l'homme" qui pourrait peser à force.
J'éprouve néanmoins une petite préférence pour le mordant du propos ainsi que pour la philosophie bouddhiste présents dans Le Fil de l'Araignée.
Dans Figures Infernales, je n'ai pu m'empêcher de penser à un autre histoire : "Le roi est l'Oiseau", sans doute à cause de la figure du despote. En tout cas, le thème de l'engagement de l'artiste face à la tyrannie était intéressant, mais il y a un je ne sais quoi de crispant dans la naïveté de l'artiste.

Bilan général : un classique dans le classique à voir absolument.

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