Manson passable

Avis sur Aquarius

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Saison 1 : 5/10

Marquant le retour sur les écrans TV de David Duchovny après l'arrêt de "Californication", "Aquarius" se révèle une série frustrante, bénéficiant d'atouts considérables, gâchés par des défauts presque rédhibitoires.

Le show diffusé sur NBC nous propose de replonger dans les années 60 à Los Angeles, pour revisiter les grands mythes relatifs à cette période (lutte pour les droits civiques et black panthers, guerre du Vietnam, mouvement hippie, émancipation féminine, corruption policière...), à commencer par la figure tristement iconique de Charles Manson.

Personnellement je sortais de "The Deuce", qui ausculte si bien les seventies, jusqu'à me donner envie de parcourir la décennie précédente. Et là, le choc est violent quant à la différence de traitement entre les deux séries - en sachant que "The Deuce" n'est sans doute pas l'œuvre la plus "exigeante" de David Simon. Mais avec "Aquarius", on bascule dans une tonalité vraiment mainstream, avec quelques-uns des tics les plus énervants des séries contemporaines - alors que le sujet ne s'y prête évidemment pas.

Cette première salve de 13 épisodes joue ainsi la carte du procedural (un épisode, une enquête), mais pas complètement, histoire de rendre le tout encore plus bancal. Les premiers épisodes présentent ainsi le principal fil rouge de la saison, à savoir la fugue d'une adolescente issue de la bonne société, qui se réfugie dans la communauté hippie dirigée par un certain Charles Manson.

Par la suite, histoire de meubler un peu et rappeler que David Duchovny reste la star du show, on suit parallèlement les enquêtes de son personnage Sam Hodiak, un flic de la veille école, qui tente de lutter contre ses mauvais penchants. L'ennui, c'est que ces récits one shot apparaissent trop basiques, trop simples à élucider, et d'ailleurs les dernières intrigues sont un peu délayées et étalées sur plusieurs épisodes.

Autre problème, outre la quasi absence de violence et de nudité, l'apparence des personnages, peu compatible avec les années 60, à quelques exceptions près (la jeune et gracile Emma Dumont, et son allure très flower power).
Ainsi, Charles Manson apparaît sous les traits d'un beau jeune homme très propre sur lui, fort éloigné du nain hirsute qu'il fut en réalité. A l'instar du flic undercover coiffé comme une gravure de mode, la plupart des comédiens ont des gueules beaucoup trop actuelles et télégéniques.
Même le grand Duchovny m'a semblé un peu lisse et gentil eu égard à son rôle, même si son charisme naturel permet de donner le change.

Enfin, "Aquarius" souffre de mécanismes narratifs trop convenus pour espérer illustrer la complexité des années 60 : je pense à certaines facilités, avec des situations qui s'arrangent en deux coups de cuillères à pot, mais aussi à la personnalité sans aspérité de certains protagonistes. Voir à ce propos ce que la série fait du personnage de Bunchy, black panther d'opérette qui pactise bien trop facilement avec la police.

Bref, sans apparaître forcément désagréable, "Aquarius" déçoit, victime du décalage entre un ton et des problématiques qui se voudraient adulte et profondes, et un traitement assez lourd et superficiel, plus proche des séries destinées au grand public. Le résultat s'avère trop bancal pour convaincre, d'autant que la photo marronasse, certes travaillée, ne m'aura pas spécialement séduit.

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