Reprise de développement

Avis sur Arrested Development

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Découvertes, comme beaucoup, quelques années après son arrêt faute d'audiences suffisantes au moment de sa diffusion, les premières saisons d'Arrested Development (un titre prémonitoire si il en est) m'avaient franchement enthousiasmé. Pas autant que certains camarades, qui y voyaient là LA série comique ultime (m'enfin, The Office UK, tout de même!). Mais suffisamment pour m'enfiler les premières saisons une deuxième fois. Il me reste quand même à faire tourner les dvds une nouvelle fois, notamment car la troisième saison, celle qui s'arrêta en plein vol, et qui part totalement en roue libre (c'est plutôt positif, chez moi) n'a rencontré mon contact occulaire qu'une seule fois.

C'est donc quelques années après que je me penche enfin sur la nouvelle saison, la quatrième. Et, si au début des années 2000, les partis pris d'Arrested Development pouvaient surprendre, voire décontenancer (la mise en scène mockumentary en mode-pseudo télé-réalité, la voix off du narrateur omniscient, et surtout la construction mécanique qui fait de chaque épisode un rubik's cube de précision scénaristique), le risque de redite, de simple fan service, n'était pas absent. Hors, sans renouveler totalement sa recette, le showrunner Mitchel Hurwitz (et son équipe de co-scénaristes?) parviennent à passer leur logique de puzzle encore plus loin, partant d'une contrainte logistique pour aboutir au résultat qui va faire l'objet d'une discussion ici (entre moi et moi-même).

Recousons le fil illico : depuis la fin capiteuse de la troisième saison, le cast de la série a connu des succès divers & variés. On pourra penser aux petits rôle de l'inimitable Will Arnett (collègue d'April O'Neil dans Teenage Mutant Turtles (!)), Tony Ale (qui a connu du truculents petits rôle dans Community ou Love, Simon) ou à Jason Bateman, héros/avatar moralisateur du spectateur vu dans d'autres séries telles que Oz. Mais la carrière ayant sans doute connu le décollage le plus fulgurant est celle de Michael Cera - et cela se ressent dans son statut, celui-ci passant du bon fils un brin benêt à celui de l'étudiant Zuckerbergien encore un peu gauche mais qui a clairement gagné en malice et en assurance. Les autres acteurs n'ont, à ma connaissance très partielle, pas forcément connu une carrière post-AD fulgurante.

Toujours est-il que la difficulté dix ans plus tard, de réunis à nouveau sa troupe, Hurwitz en a fait un pari : puisqu'il était compliqué de réunir tous les acteurs au même endroit au même moment, la nouvelle saison sera constitué d'épisodes centrés sur un personnage différent. C'est donc comme si on passait d'un puzzle en 2D finalement assez compréhensible à la 3D : certains évènements survenus dans l'épisode 2 pourront trouver une explication dans, disons, l'épisode 13. Plutôt bien fournie en épisodes, un suivi attentif de la saison 4 nécessitera d'aller de paire avec un visionnage plutôt rapide des épisodes. Et oui, il était plus facile de se remémorer un clin d’œil interne à un épisode de 20 mn que de se souvenir 3 semaines après d'une référence antérieure. Cette narration éclatée aura des partisans, plutôt ravis de voir leurs méninges stimulés, même si la voix off vient tout de même rappeler et commenter assez fréquemment la nature de qui proquo et autres procédés chers aux scénaristes d'AD. D'autant plus que la série a par ailleurs gardé le densité qui la caractérise : jeu de mots insidieux, ironie à froid commentant l'action ou soulignant les paradoxes entre les actions des personnages et leurs valeurs, chassés-croisés spatio-temporels, référence à des évènements réels. D'autres pourront se sentir frustrés, de ne pas comprendre telle boutade mitraillée à la va-vite, de s'y perdre dans le dédale narratif et, c'est bien normal, mettrons plusieurs épisodes à commencer à démêler une intrigue rocambolesque d'abord assez opaque. Face au semi-tollé provoqué par ce travail de jigsaw, la saison aura d'ailleurs connu une nouvelle mouture, plus classique (dans le sens canonique d'AD), tandis que le montage original est relégué en simple "bonus", section bande-annonces & autres...

Un des autres aléas de ce nouveau système narratif, c'est forcément de différencier l'appréciation des épisodes. Là où les épisodes précédents trouvaient un équilibre entre les différents registres comiques (burlesque et sens du ridicule pour Tobias, infantile et régressif pour Buster, vantard et pathétique pour Gob, pour citer les trois points les plus polarisés), faisant qu'on appréciera chaque épisode dans la mesure où il distribue équitablement les arcs des différents personnages, la nouvelle saison rendra l'appréciation de chaque épisode (d'une durée moins stable, d'ailleurs, allant de 20 à 35mn) indépendant dépendante du personnage mis en valeur. Et à ce titre, les épisodes mettant en valeurs les personnages sus-cités seront d'avantage appréciés (surtout ceux de Gob, en ce qui me concerne), les parents pauvres en seront pour leurs frais (Lindsay, Maeby, Lucille et même Michael).

L'histoire en elle-même, prétexte à un imbroglio pas possible, se rattache à une certaine actualité pour mieux la tourner en dérision. La vague ressemblance de Cera pour Zuckerberg le met donc dans la peau d'un entrepreneur fumiste auteur d'un logiciel de blocage des données FakeBlock (on aura bien compris : l'anti-Facebook), tandis que la crise des subprimes vient plonger les affaires de la Bluth compagny (promoteurs immobiliers, rappelons-le) encore plus dans la panade. Certaines thématiques semblent même prémonitoire : dès 2013, les Bluth anticipant le plan de campagne de Trump visant à ... construire un mur géant pour empêcher les migrants d'entrer (ce qui donnera lieu à 1001 jeux de mots foireux type "I won't put you against the wall", mais aussi à un savoureux clin d’œil dans la saison 5, via la valeur ajoutée par Trump et louée par Lucille : faire payer le mur aux mexicains). Mais si AD égratine certains mythes de l'Amérique (éternel retour de la droite réactionnaire, les 1% vivant en bulle fermée même après que son pendant financier ait éclaté, dangereux dérapages des pseudo-démocrates de la Silicon Valley), on peut préciser d'une part qu'on ne tombe pas non plus dans un trop facile politiquement correct (même si les Mexicains ou autres minorités sont moins épinglées que les veules tentatives de bonne conscience d'une bourgeoisie incarnée par la girouette Lindsay, avoir fait d'Herbert Love, candidat noir à la présidence, un véritable escroc, sorte de fusion improbable entre Trump et Obama, montre une volonté de n'épargner aucun camp). Et surtout, il faut avant tout prendre AD comme un exercice de style plutôt virtuose qui donnera une certaine satisfaction aux plus persévérants (en vrac, découvrir la vraie nature de FakeBlock, ou encore comprendre la présence ("coïncidence"!) de l'Autruche, du Chaman ou encore du vieux Sage indien...).

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