Soixante années de cinéphilie.

Avis sur Cinéphiles de notre temps

Avatar Boubakar
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La cinéphilie est un terme désignant l'amour du cinéma. Le mot est étymologiquement ancien, issu des années 1910, mais il s'est considérablement développé après la Seconde Guerre Mondiale, période où les Majors américaines pouvaient enfin sortir leurs films inédits en France depuis 1939, dont Autant en emporte le vent. Qui n'est d'ailleurs sorti qu'en 1950, soit onze ans après !

A travers ce mot, Laurent Chollet a réalisé un documentaire monumental, tant dans la somme des archives que des invités ou sa durée (6 heures, et 9 heures de bonus dans sa version dvd !), et qui revient sur la passion que fut le cinéma à cette époque. La période des salles uniques, qui diffusaient les films de manière permanente de sorte qu'on pouvait entrer dans un film à tout moment, et surtout la boulimie qui animait ces spectateurs, avides de cinéma américain.
D'ailleurs, comme il y a plusieurs années de retard, à cause de la guerre, on assistera à une overdose de films américains, ce qui va effrayer les exploitants français.

Orné d'un commentaire très ludique d'Eddy Mitchell, on constate que la cinéphilie a énormément évolué avec le temps ; voir des tas de films car on ne savait pas si on le reverrait un jour, aller en boucle à la Cinémathèque, le temple des cinéphiles, partir en Belgique voir des films uniquement diffusés en version originale sous-titrée français, c'est un temps que les plus jeunes, je m'y inclus, n'ont pas connu, et qui semble délirant aujourd'hui.
Mais ce qui est étonnant, c'est la place que prenait le cinéma dans la vie des gens, qui semblait faire partie de leurs vies, et non pas un simple hobby. Il faut dire aujourd'hui que, avec Internet, la multiplication des chaines de télévision, et la vidéo, le cinéma a peut-être gagné en accessibilité ce qu'il a perdu en parts de rêve. Le discours tenu en substance par les plus anciens cinéphiles.

Mais ce documentaire est un régal à suivre, car non seulement les archives sont souvent drôles (les avis consternés des gens à la sortie de A bout de souffle, une vieille femme disant que c'est un film dégoutant), mais on assiste à la transformation du genre, le documentaire se terminant sur le mot cinéphilie en 2012, où plusieurs d'entre eux estiment qu'elle n'existe plus.
Ce dont je ne suis pas d'accord, car pour parler de mon cas, j'achète non seulement des films (et en vois via Netflix), mais j'aime partir vers des directions qui me seraient à priori impossibles ; pour moi, la cinéphile, c'est aller, en parlant du cinéma français, de Claude Zidi à Jacques Becker, en passant par Claude Sautet ou Godard, c'est passer par des chemins de traverse.
Depuis la diffusion du documentaire, on pourrait s'interroger sur les cinéphiles des années 2010, à l'ère d'Internet, de Youtube, des recommandations, mais le documentaire de Laurent Chollet pose un regard à la fois nostalgique et amusé sur les fous furieux qu'étaient les amoureux du cinéma à l'époque.

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