La victoire de la science

Avis sur Cosmos : Une odyssée à travers l'univers

Avatar Saidor
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Combien de documentaires de vulgarisation scientifiques existent-ils ? Beaucoup et peu à la fois. Qu’elles soient bonnes ou mauvaises, toutes partagent l’envie de partager les connaissances, de décrire notre monde selon une manière rigoureuse tout en demeurant intéressant et « accessible ». Mine de rien, ce travail est loin d’être aisé et de nombreuses personnes s’y sont cassées la figure. Il faut trouver le parfait équilibre : « simplifier » la science sans en extraire sa beauté. Le résultat en sera d’autant plus éclatant s’il est réussi. Encore faut-il qu’il parvienne à conquérir son public… Pour une personne regardant ce genre de programmes, combien s’abreuvent de télé-réalités et émissions stupides ?

Neil Tyson endosse l’héritage de son mentor Carl Sagan en modernisant sa série « Cosmos ». Tous deux partagent moult traits en commun : ce sont des astrophysiciens chevronnés qui extériorisent l’indéfectible volonté de transmettre leur savoir à tous et qui sont par conséquent très présents sur la scène médiatique (enfin, il faut parler au passé pour Sagan…). Le nom de Tyson résonnait déjà depuis un moment, j’ai même vu que certains lui en voulaient encore pour « avoir retiré Pluton des planètes »… Oui, sérieusement.

Dans sa série se manifeste toute sa philosophie de vie : se renseigner sur le personnage aide à mieux appréhender sa pensée ainsi que sa manière de procéder. Ce qui est certain, c’est que l’astrophysicien est un excellent médiateur dont le sens de la narration n’est plus à prouver. Captiver une audience durant plusieurs épisodes et dynamiser ce qu’il montre est la preuve irréfragable de son talent. Cette série documentaire expose un professionnalisme naturel en sus d’atteindre une profonde que peu de documentaires ont su atteindre. De magnifiques images côtoient des phrases empreintes de lyrisme tandis qu’on se surprend à s’extasier devant l’indicible beauté de notre univers à travers toutes les échelles, des plus minuscules organismes jusqu’aux plus gigantesques astres, représentation de notre esprit aux allures infinies. J’ai été parfois scotché devant mon écran : Cosmos est vertigineux, fantasmagorique, et remplit en ce sens parfaitement son but.

Quelques détracteurs parlaient d’une série trop « partiale ». Je ne souhaite pas m’engouffrer dans des débats houleux bien que j’ai envie de m’arracher les cheveux quand la science est placée au même niveau qu’une religion. Cette discussion semble se poursuivre au-delà du raisonnable… Sciences et religions doivent être distinguées : l’une décrit des faits, l’autre des croyances. Si partialité il y a, elle est plutôt due aux points de vue sur les personnes ayant élaboré la science et non la science en elle-même.

En effet, en treize épisodes, il est impossible de parler de la totalité des scientifiques ayant contribué à l’avancement de notre humanité, ce pourquoi Neil Tyson a préféré choisir une poignée bien choisie. Certains sont évidemment très connus, comme William Herschel et Michael Faraday, en revanche, je n’avais jamais entendu parler de Cecilia Payne et je suis donc content que la série ait dissimulé ce voile de méconnaissance. Leur existence se complète avec les descriptions de phénomènes dans de superbes séquences animées : leur parcours, leurs découvertes, leur lutte contre eux-mêmes et leurs contemporains, tout y est bien décrit quoique romancé. Un exemple concret est Newton : à l’instar d’autres scientifiques, il est en réalité une figure assez controversée, déjà parce qu’en parallèle de ses théories sur les forces et la gravité, sa curieuse passion pour l’alchimie le décrédibilisait. Mais en se renseignant un peu, on s’aperçoit que l’homme, aussi doué soit-il, n’était pas très sympathique, puisqu’il a détruit tous les portraits de Hooke dans un excès de rage et de jalousie après que ce dernier lui ait accusé de voler une partie de ses théories (ce qui, d’après mes sources, n’est pas complètement faux). Hooke est d’ailleurs représenté comme un vilain méchant dans cette série qui n’en avait pas besoin… Mais il s’agit là du seul faux bon de ce documentaire qui aura su rendre honneur aux scientifiques, qu’ils soient connues ou non.

Si les visions sur les personnes se trouvent parfois subjectives, les théories, elles, sont alimentées par le fait. Une grande variété de sujets sont traités, illustrés, magnifiés sous la voix accrocheuse de Neil Tyson : l’âge de la Terre, l’expansion de l’univers, la gravité, la matière noire, les étoiles, l’électromagnétisme, le nucléaire, le changement climatique et bien d’autres sujets intrinsèquement liés à toutes les disciplines scientifiques (même si la physique est un brin privilégiée) sont ici mis à l’honneur. Beauté des mots et des images… Pas besoin d’y croire car tout se déploie autour de nous sans qu’on s’en aperçoive forcément. Et on se rend compte aussi qu’aussi anciens les thèmes puissent être, ils sont toujours d’actualité.

Cosmos est une série qui apprend, qui impressionne et qui nous invite à réfléchir, telle une fable intemporelle, pourtant témoin de son époque. Tous les documentaires devraient s’inspirer de ce modèle : quand la narration et la photographie fusionnent avec harmonie, l’art et la science ne font plus qu’un.

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