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Devilman Crybaby

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Netflix, en ce moment, parie beaucoup, et gagne souvent.
Décider de produire une réadaptation d'un manga légendaire de 1973 en anime, sur seulement 10 épisodes, c'était risqué.

Claquer à la réalisation le talentueux et audacieux Masaaki Yuasa, c'était tout aussi burné. Mais bon, Netflix a pris cette habitude de poser les couilles sur la table et ses billes dans des projets audacieux (même si, comme me l'a rappelé Enemia ci-dessous dans les commentaires, Netflix n'est pas à l'origine du projet mais s'est greffé dessus par après).
Pourtant, Devilman, c'est à prendre avec des pincettes.
Ceux de ma génération connaissent Urotsukidoji et ont vécu ce traumatisme en direct, avec en prime le débarquement en masse de la culture hentai mode tentacules et donzelles qui explosent. Mais on est finalement très peu à s'être interrogés sur les origines du phénomène. C'était là, ça faisait partie de décor, simplement, désormais, on y avait accès.
Même les non amateurs du genre savent que ces animes existent, assimilent ça à du pornard horrifique en dessin animé, et considèrent que c'est un truc bizarre de plus chez nos amis nippons, à ranger à coté des culottes sales vendues dans les superettes.

Pourtant, Devilman, le manga, est non seulement un précurseur de cette mouvance, défonçant tout sur son passage, osant la sexualisation, la violence débridée, la critique sociale et politique frontale, le tout sur fond d'apocalypse sans édulcorant.
Go Nagai a toujours eu cette tendance punk, et a osé faire péter les cloisons du manga lors de sa jeunesse, et ne s'est pas "contenté" de littéralement inventer le Mecha géant (oui, c'est aussi le papa entre autres de celui que l'on appelait Goldorak quand on était petit). Bref, il siège peinard au panthéon des big boss du manga, avec Leiji Matsumoto et quelques autres.

Cette longue intro pour bien poser l'importance de Devilman à la base, bien faire comprendre à quel point Netflix s'attaque à un monument de la culture manga.

Et vu les viols à répétition qu'a subi Devilman en anime, transformé en sorte de héros insipide malgré lui, on pouvait craindre le pire.
Mais on avait tort.
Cette nouvelle série nous rappelle à quel point Devilman était audacieux, et réussit à porter l'hommage en transposant non seulement les thèmes originels du manga, mais en réussissant à leur redonner l'impact de l'époque.
Devilman Crybaby est sans concession. Un OST electro qui porte l'ensemble et sert à merveille chaque scène, une animation osant la distorsion des corps dont Masaaki Yuasa a le secret, la série s'implante à merveille dans notre contexte contemporain via quelques idées bien senties et là encore particulièrement audacieuse.

On peut critiquer sa narration décousue, qui n'est pas sans évoquer l'art de l'ellipse d'un Satoshi Kon, mais reste néanmoins parfois maladroite.
Le trait plein de Yuasa pourra perturber certains, un parti pris encore une fois propre à l'art de Yuasa, chez qui l'animation prime sur l'obsession du détail graphique, lui permettant ainsi de se faire plaisir sur les transformations, les mouvements de chair et le rythme général, et de verser dans des délires psychédéliques particulièrement bien sentis.
Certaines pointes de naiveté viennent parfois plomber l'ensemble, faisant presque basculer plusieurs scènes-clé dans l'indigeste.
Et pourtant, sur ces dix épisodes, l'équilibre fragile est maintenu, aboutissant à une claque monumentale, qui nous rappelle à quel point Devilman était audacieux, viscéral, violent, animal, rebelle, sexuel, jusqueboutiste.

La série a beau être imparfaite, son format condensé et la maestria de son réalisateur en font l'une de mes plus grosses claques de ces dernières années, et redonne à Devilman ses lettres de noblesse en nous rappelant à quel point cette série a influencé nos géants contemporains, de Berserk à Evangelion, en passant par Urotsukidoji, l'oeuvre de Satoshi Kon, de Katsuhiro Otomo.
(On pourrait même imaginer une filiation entre Miyazaki et Go Nagai en voyant le design des démons, mais il est probable que l'hommage soit plus de Yuasa à Miyazaki que de Miyazaki à Go Nagai...il faudra que je relise le manga pour trancher)

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