Paradoxes.

Avis sur Doctor Who

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[critique sans spoilers]

J’ai commencé il n’y a pas si longtemps. Je me considère comme un énorme fan, mais quelque part je me sens indigne. J’ai l’impression de ne pas avoir encore accompli tout ce que je devais accomplir dans ma vie pour être un vrai « whovian ». Ce ne sont pas forcément des accomplissements matériels auxquels je pense, ce n’est pas forcément d’avoir vu 42 fois la première série et de dire que mon Docteur préféré est le premier parce que c’est lui le seul et unique et vrai Docteur. Non, tout est dans ma tête. Ce que j’ai commencé il n’y a pas si longtemps est tellement grand que je n’arrive pas à me sentir à la hauteur dans ma tête. C’est tellement beau. Profond. Complexe. C’est vraiment tellement grand. C’est un univers, ou bien c’est l’Univers même, je ne suis pas encore certain. Mais vu la quantité de larmes, de rires, et de manques engendrés par chaque épisode puis chaque moment écoulé entre les épisodes, je suis arrivé assez rapidement à la conclusion que Doctor Who, c’est génial putain.

C’est avec un stress immense que j’écris ces mots car je ne veux décevoir personne, moi en premier. Je ne veux rien dévoiler à ceux qui n’ont encore rien vu, et rien dire de contradictoire aux puristes qui ont noté tous les liens intersaisons depuis 1963. Je prends des pincettes, je me lance dans un saut de plusieurs centaines de mots. C’est épouvantablement excitant d’écrire sur Doctor Who. C’est maintenant le grand moment.

Allons-y.

C’est ce que je me dis au début de chaque épisode, ou plutôt de chaque aventure. Et j’espère bien que c’est ce que tout le monde se dit. Allons-y, lançons-nous, qu’avons-nous à craindre après tout ? Doctor Who c’est d’abord le monde que nous connaissons, en long et en large, en beau et en moche, dans toute sa splendeur et sa complexité. Et on y ajoute le monde que nous ne connaissons pas encore, celui qui nous attend à l’autre bout de l’espace, et à l’autre bout du temps. C’est ce qui en fait de la science-fiction. Seulement si Doctor Who n’était que (tout) ça, il ne serait pas à cette place dans mon top 10, dans mon cerveau, et dans mon cœur. Le monde du Docteur ne se limite pas, si c’est le bon mot, à ces mondes matériels. Il va plus loin, et atterrit en plein milieu du monde des rêves, celui qui nous touche personnellement parce qu’il est le plus profondément humain. Oui, on retrouve à peu près tout dans Doctor Who, même ce qui n’est pas, juste à gauche de ce qui est. On retrouve nos vœux, nos secrets, nos peurs, nos envies, nos cauchemars, nos autres vies. On apprécie et on comprend chaque épisode comme on le souhaite. On aura les larmes aux yeux à cet adieu-là mais on vivra celui-ci avec le sourire, alors que notre voisin pleurera sa race aux deux. Et surtout, surtout, on sera bouche-bée au moins une fois par épisode grâce à ces idées Daviesques ou Moffatesques qui dépassent tout ce que vous pouviez imaginer. Et qui font que j’ai peur des statues à présent. Parce que oui, ne l’oublions jamais : Doctor Who défie l’espace, mais aussi le temps. Doctor Who peut donc vous rendre fou.

Un homme fou dans une boîte.

C’est ce qu’il est, tout simplement. Et c’est ce qu’il vous fera devenir. Par pitié, ne commencez jamais seul une telle aventure. C’est trop dangereux, il faut absolument que vous puissiez parler à quelqu’un de vos rencontres, de vos désespoirs, et du fait qu’une vingtaine de siècles puisse passer en une vingtaine de secondes, sinon vous deviendrez comme moi, fou. Et puis, si jamais vous avez réussi à tenir sans délirer pendant tout ce temps, un jour vous tomberez sur la fin de l’épisode des 50 ans de la série, et ces efforts auront finalement été vains. Vous deviendrez fou. Oui, en fait, vous allez fatalement devenir fou. Doctor Who est hier, demain, puis aujourd’hui, dans une heure, dans un millier de millénaires, tout de suite, mais il y a déjà deux minutes, voire parfois tout à la fois. Doctor Who est juste à côté de chez vous, très loin, dans la campagne américaine, sur la Lune, dans un autre Univers, à Londres, voire parfois tout à la fois. Et je vous promets que la première de ces deux phrases est vraie dans un épisode en particulier. Doctor Who, c’est en fait l’incroyable capacité à faire vivre des aventures humaines pas tout à fait humaines à des humains pas tout à fait humains.

Nous, eux, lui, des humains après tout.

Même un Seigneur du Temps est à moitié humain. Il a ses faiblesses, ses forces, son orgueil, ses colères et même ses larmes de bonheur. Il ne doit jamais être laissé seul car il finit toujours mal dans ces cas-là. Il s’accroche trop aux gens et il veut qu’ils puissent tous vivre sereinement. Au final, le Docteur est comme nous tous, il est juste… un peu plus que nous tous. Je me sens bête à ne trouver que cinq lignes à écrire sur le Docteur, qui est quand même le personnage central de Doctor Who (si vous ne l’aviez pas réalisé, essayez un peu de suivre bon sang), alors que le reste de ma critique est inutile mais très (trop) rempli. Disons qu’il est impossible à décrire et que je vous laisse le rencontrer vous-même, en espérant qu’il vous donne autant qu’il m’a donné, et que vous ayez l’impression de lui donner autant que j’ai eu l’impression de lui donner. Et puis il y a eux. Les compagnons. Les vrais humains. Nous. Ceux qui sont là pour que l’on s’attache comme des grosses limaces à la série. Des grosses limaces bien collantes qui n’ont plus rien d’autre à faire de leur vie que d’être des grosses limaces bien collées à Doctor Who. Sadiques ! Sadiques ! J’en peux plus de devoir rencontrer puis quitter chacun de ces êtres formidables ! J’en peux plus d’attendre un mois entre chaque diffusion ! Je me souviens encore de Rose, c’était la première. Je m’en souviens tellement bien. Je l’aime tellement. Je… Putain. J’avais promis de me retenir le plus possible dans cette critique.

Mais voilà. Je vous aime tous tellement. Merci.
Avant que les larmes montent, vous ai-je déjà parlé de la musique ? Vous savez je ne sais plus où j’en suis dans ce flot de mots et d’émotions. Apparemment pas, alors… geronimo.

La musique comme deux cœurs battant ensemble.

Popopopom. Popopopom. Je dois absolument mentionner la musique de la série qui est pour moi encore plus merveilleuse que les images. Je n’ai jamais été très bon en critique de musique car je ne trouve jamais rien d’autre à donner comme arguments que mon avis extrêmement subjectif. Mais là, je n’ai jamais rien vu d’aussi beau de ma vie, et c'est tout ce que j'ai à dire. Prenons l’exemple de la chanson « The Life And Death Of Amy Pond » (qui n’est pas la chanson du moment où Amy Pond meurt si Amy Pond meurt à un moment, j’ai bien dit qu’il n’y aurait aucun spoilers dans cette critique). Pourquoi cette chanson est parfaite ? Parce qu'elle représente effectivement toute la vie et la mort d’Amy Pond, l’espoir, les défaites et les bonheurs qu’elle a pu vivre, étant petite ou devenue une combattante âgée. Tout ça tient dans une seule chanson. Et c’est pareil pour toutes les autres chansons de la série. Lorsqu’on ouvre un épisode de Doctor Who, un monde entier s’étend sur des milliers de kilomètres autour de notre minuscule écran. Lorsqu’on écoute une composition de Murray Gold (donc mon deuxième dieu après David Tennant), c’est la même chose.

C’est bien connu, Doctor Who, c’est plus grand à l’intérieur.

J’aurais pu appeler ce paragraphe « l’explosion ». Parce que mon état à cette minute est un état très instable qui, après l’écriture de plus d’un millier de mots sur l’une de mes séries préférées, commence à pencher dangereusement vers le pétage de plomb. Je n’ai plus très envie de me contenir mais je vais essayer de rester digne, pour Doctor Who. Doctor Who, c’est une série qui traite de tous les sujets qui doivent être traités en 2013, alors que ça a l’air d’être bien trop débile et bien trop léger pour être sérieux. Mais justement. Doctor Who c’est effectivement débile et léger, je dirai même que c’est complètement insensé comme série. Cette série n’a pas de sens, sauf qu’elle en a un. Doctor Who sait tout faire, tout. Faire peur aux enfants, et faire peur aux adultes, avec leurs propres monstres. Faire rire les enfants, et faire rire les adultes, avec leurs propres blagues. Mais tout ça, je l’ai déjà dit entre les précédentes lignes.
Je veux m’attarder sur un dernier point. Doctor Who a un sens, qui arrive vers la fin de la première saison d’ailleurs. Un très grand sens, qui se construit pas à pas, phrase par phrase. Est-ce que j’ai dit saison par saison ? Est-ce que j’ai dit épisode par épisode ? Non, j’ai bien dit phrase par phrase. Doctor Who a une putain de mythologie de fou, elle arrive à parler d’événements qui ne sont pas encore arrivés mais qui sont en fait déjà arrivés et qui sont cruciaux pour le déroulement de l’action, celui d’avant, ou celui d’après, et dont les personnages parlent en ce moment. Ensemble. Venant du passé et du futur. L’un ayant déjà connu la mort de l’autre. L’autre ayant vécu 300 ans avec celui qu’il vient juste de rencontrer. Oui ? Bah il faudra bien vous y habituer. Doctor Who multiplie ce qui normalement s’additionne, et multiplie ce qui normalement ne s’additionne même pas. C’est-à-dire qu’il y a ce TARDIS, ce Docteur dedans, cet univers dehors, ces gens qui rencontrent son chemin, et tout ce bazar est à l’origine de quelque chose de non calculable, de quelque chose qui se donne en unités de Doctor Who. Là, à la fin de la saison 7, on en est environ à 836 unités Doctor Who. Ah oui et puis il y a River dans tout ça. River la belle, River la fugitive, River qui est toujours là et jamais là, River qui me fait presque pleurer à chacune de ses apparitions, bref, River, le personnage aux meilleurs dialogues de l’histoire des séries. Doctor Who est hors du temps et pourtant tellement ancrée dans le temps. Doctor Who est un paradoxe. Un bonheur qui fait pleurer. Une peine terriblement excitante. Un putain de chef d’œuvre. Un monument. Doctor Who est juste Doctor Who, depuis toujours et pour toujours, car je me souviendrai toujours à quel point c’était… véritablement fantastique.

Et puis le silence tombera.

Un jour, tout sera terminé. L’univers de Doctor Who se refermera comme notre Univers se refermera, en une fraction de seconde. Ce sera douloureux, mon Dieu, tellement. Ce que j’aime dans un début est proportionnel à ce que je déteste dans sa fin. « Je ne veux pas partir », disait l’un de mes grands maitres de pensée. Eh bien, moi non plus, je ne veux jamais quitter ces choses qui font partie des plus belles que j’ai pu voir. J’ai déjà vécu la fin d’un monde avec les dernières minutes de Six Feet Under, et je dois dès maintenant penser à la façon dont je vais mourir une seconde fois quand Doctor Who se terminera. Je regarde la série en sachant que rien n’est immortel, même pas le Docteur. Quel constat affreux. Rien n'est immortel, même pas le Docteur.

... enfin, presque. Je suis sûr que même une fois tout terminé, ses cris d’espoir résonneront encore autour de nous.
« Je suis le Docteur ! », on entendra dans nos têtes.
« Je suis le Docteur ! », on entendra dans la rue.
« Je suis le Docteur ! », on entendra dans le monde entier.
Et « Je suis le Docteur ! », on entendra dans l’espace.

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