C’est pas rose mais nique sa mère, ici c’est Paris***

Avis sur Engrenages

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Un beau jour, Canal+ a eu l’idée de faire une série américaine à la française, ou une série française à l’américaine, comme vous voulez. En gros, mélangez les Cordier et The Shield, et vous obtenez Engrenages. Et c’est plutôt bien foutu.

Pour résumer, il s’agit d’une immersion dans les entrailles du palais de justice de Paris, en suivant une brigade de la PJ, un juge d’instruction, un procureur, ainsi qu’une paire d’avocats.

Trafics d’armes, dealers de drogues, tueurs en série, putes de l'est, on est ici dans du très classique. Mais à défaut d’être impérissables, les intrigues sont assez bien menées pour nous tenir en haleine jusqu’au bout. Et puisque nous sommes en France, certaines affaires ont le mérite de nous faire découvrir le fonctionnement particulier d'une procédure pénale.

Mais la grande force d'Engrenages, c’est d'avoir réussi à créer de vrais personnages. Le genre de ceux qu'on n'oublie pas. Au-delà des têtes d'affiche, qui sont toutes à la hauteur, et qui cachent derrière leurs stéréotypes de façade une complexité surprenante, il est assez réjouissant de voir des seconds voire troisièmes rôles aussi réussis. Tenez, par exemple, Jésus, le boucher espagnol de la troisième saison à qui on demanderait presque de nous découper en morceaux tellement il est sympathique.

Je sais pertinemment que les ficelles scénaristiques et autre rebondissements seront rapidement effacés de ma mémoire. Mais quand tout sera oublié, resteront tout de même ces éléments anecdotiques qui donnent une identité à une série. Les filoches à l'arrache avec Tintin et Gilou, le Juge Roban qui se murge au Cognac, le légiste qui semble prendre son pied à chaque autopsie. Et de la part d’une série française, c’est assez formidable. Je m'en contenterai donc largement.

Du moins, je m'en contentais avant la sortie de la saison 5.

Démarrant sur les mêmes bases que les précédentes, cette cinquième partie ajoute à la recette habituelle des antagonistes plus travaillés. Ainsi, les tarés de cette saison ont une personnalité et un passé qui nous permettent subtilement de comprendre comment la misère sociale a pu les endurcir au plus haut point, sans que cela n'excuse les atrocités qu'ils ont commises. On est loin du gaucho-terroriste caricatural de la saison 4.

En plus de ça, les premiers rôles s'affinent, Roban n'est plus infaillible, Joséphine plus insensible, et le légiste (une seule scène de 30 secondes sur 12 épisodes) pète la classe avec sa vapoteuse.

C'est assez réjouissant de voir une série de chez nous efficace, intelligente, et qui prend le temps de développer son univers.

Allez, je termine avec deux petites citations:

« C’est un cauchemar !
-Non, c’est la justice. Ça surprend quand on connait pas, mais moi je connais. »

Maître Karlsson saison 1 épisode 5

"La mise en examen de Ziani passe très mal au quai d'Orsay, faut s'attendre à une véritable tempête de merde!
-Vous savez, je suis rompu à ce genre d'intempéries"

Juge Roban, saison 5 épisode 9

*** Merci à Booba et Ali pour leur collaboration.

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