Avoir froid dans le dos

Avis sur Glacé

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Diffusée sur M6 en première partie de soirée, l’adaptation du roman de Bernard Minier, a réuni son public et rempli son contrat : suspense, meurtres et manipulations en pagaille. On ne retrouve cependant pas toujours la subtilité attendue dans l’évolution des personnages.

Littéralement ! Ce qui frappe d’abord dans Glacé, c’est son ambiance, celle que dessinent les premières minutes de la série : feutrée, glaçante et puissante. Nous voici face à un paysage de montagne enneigé et à un meurtre vraiment étrange : un cheval a été tué, décapité puis accroché tel un trophée sur un sommet. Qui a bien pu avoir cette idée pour le moins saugrenue ? C’est ce que devront découvrir la flic du coin, le Capitaine Ziegler (Julia Piaton) et un flic-revenant, le Capitaine Servaz (Charles Berling). Malgré la présence au scénario du regretté Pascal Chaumeil (L’Arnacoeur), nous n’assistons pas à une énième série comique à la française (comme les formats courts de M6 qui foisonnent sur la chaîne). Non, nous sommes face à du drame pur, à un dépaysement total, proche des paysages du grand Nord. Pourtant, on regrette que cette familiarité avec les pays nordiques ne se retrouve pas dans les contours des personnages, souvent un peu caricaturaux voire grossiers. En effet, avec sa carrure et son phrasé, la capitaine Ziegler aurait fait une parfaite Sarah Lund (The Killing). Or, ici, le personnage est bien vite caractérisée comme lesbienne (sans grande subtilité d’ailleurs quand son collègue le découvre), et le restera sans qu’on en sache plus sur ce personnage de femme affirmée. A l’inverse, on en sait trop sur son collègue, Servaz, et sa liaison sans saveur avec la femme de son meilleur pote, prétexte à rien du tout ou alors à combler du temps de présence à l’écran. Pourtant, le format des épisodes, environ 50 minutes, est assez idéal pour le rythme général, volontairement lent, pesant et l’apparition des différentes révélations.

La prochaine fois je viserai le cœur

De ce côté là, rien à dire, le scénario se tient et est même plutôt bien ficelé. On ne sera pas surpris par le dénouement (sur l’affaire en cours, le reste laissant présager une suite), mais on a plaisir à suivre l’histoire, on y frissonne aussi. Les dialogues pèsent parfois un peu, ce qui empêche aux personnages, encore une fois, de s’émanciper un peu plus, de sortir du lot. On notera seulement le jeu tout en retenue, mais très fort en même temps, de Pascal Greggory en ex-flic devenu tueur en séries. Car chaque personnage voit évoluer (ou être détruit) son double en négatif. Que ce soit la jeune psychiatre, Diane/Hélène et sa défunte jumelle Fabienne, Servaz et son ex-collègue et ami Hirtmann, ou encore Ziegler et Alice. Tous ont vu tomber un être si chèrement aimé et se battent pour que justice soit faite. Trouver l’autre, le venger, le détruire. C’est selon le passé de chacun, qui se révèle peu à peu. Une fois la meute de loups reconstituée (aussi bien dans le très beau générique – l’occasion de noter que la BO est plus que valable – que par Hirtmann lui-même symboliquement et réellement), le chaos demeure, créé de toute pièce par celui qui tire les ficelles depuis sa cellule. Ce n’est pas une révélation, car depuis le début tout le monde est persuadé que c’est lui et le répète à foison (avant la scène de révélation du coup rendue plus ou moins inutile). La fin de l’épisode 6, un peu tirée par les cheveux, mais ayant le mérite de faire avancer l’intrigue, laisse présager, qui sait, une deuxième saison. Mais il faudra alors compter sans la plume de Pascal Chaumeil (très convaincant dans l’écriture des personnages avec son dernier film Un petit boulot), disparu en 2015, auteur des deux premiers épisodes et auquel la série rend un hommage d’abord discret, puis vite trop présent, à travers la présence dans le bureau de Servaz de l’affiche de L’Arnacoeur. Ici, ce sont plutôt les coups de feu que chacun s’entête à se tirer en plein cœur. Si suite il y a, nous espérons qu’elle permettra d’enrichir la peinture des personnages de la série.

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