Un petit 6, mais rien de transcendant !

Avis sur Gracepoint

Avatar Gaby Aisthé
Critique publiée par le

Avant toute chose, je n'ai rien contre les remakes. Parfois ils nous permettent de découvrir les oeuvres originales, parfois ils sont bien meilleurs bref, ils peuvent cacher de belles surprises.
Et lorsque l'acteur principal d'une oeuvre joue le même rôle dans le remake, là aussi, cela peut donner quelque chose de positif. Une nouvelle interprétation, un nouveau souffle pour le personnage, ce genre de chose...
Malheureusement, Gracepoint n'offre rien de tout cela.

Attention, je ne dis pas que la série est mauvaise. Et elle peut être regardable si l'on a pas vu l'original... Mais quiconque ayant vu Broadchurch pourra très bien se passer de Gracepoint.

Car visiblement pour la FOX, remake signifie grosso modo copier-coller plus que réinvention ou renouveau.
Même avec quelques mois d'intervalle entre les deux séries (moi qui ai une mémoire de poisson rouge), j'ai été choquée par la similitude entre les deux oeuvres. Le même texte, les mêmes décors (ou presque), la même mise en scène sur beaucoup de scène. La différence, les acteurs (et encore) et quelques petits points ici ou là pour dire que les deux séries sont quand même un peu différentes...

En ce qui concerne David Tennant, c'est David Tennant. Rien d'important à redire. Certes il ne donne pas de nouveau souffle à son personnage, mais il est aussi bon que dans l'original. Sombre, sarcastique, énervé, frustré, têtu, tout ce qu'il faut. Pas d'originalité donc, mais un rôle bien tenu.

Anna Gunn aussi se défend. Toute en timidité, en émotions, mais aussi en force. Là encore, rien à redire. Le juste milieu entre la femme flic voulant résoidre son affaire et la femme impliquée dans sa communauté, désireuse de préserver les gens et se faisant berner par sa nature.

Et il en va de même pour la mère de Danny. Femme perdue cherchant quelque chose à quoi se raccrocher. Pleine de tristesse, de haine, de craintes et de doutes face à l'avenir, vis à vis de sa famille et du monde qui l'entoure. Comment survivre à son enfant ? Comment vivre après un tel drame ? Et comment faire son deuil lorsque l'on n'en a pas réellement les moyens ? Autant de questions que l'actrice nous pose au travers de son personnage, et ce de manière convaincante.

Malheureusement, le reste du casting n'est pas vraiment à la hauteur. L'interprète de Mark Solano notamment, m'a vraiment déçu. Car son personnage doit être tout en colère (vis à vis de cette tragédie), en remords (par rapport à ses erreurs), et en volonté (de réparer ce qui l'est encore). Et là, et bien nous n'avons pas grand chose. Je me disais au départ que l'acteur voulait peut être jouer un Solano intériorisant pour mieux exploser, mais non. Il a bien le côté perdu, mais pas franchement aux bons moments, et pas vraiment le reste, ce qui est dommage.

La jeune Chloé est également sans grand relief. Si ce n'est la scène où elle explique vouloir être autre chose que la soeur du gamin mort, ni elle ni son ami n'ont de grand intérêt. Ni bons ni mauvais, juste sans réel intérêt, et c'est dommage.

Et la même critique peut s'adresser à beaucoup d'acteurs malheureusement. Vince, le père Paul ou même Susan Wright ne cassent pas trois pâtes à un canard, même s'ils souffrent probablement du fait que mon petit cerveau de poisson rouge les ait inconsciemment comparé au casting original.

Ceci dit, s'il n'est pas extraordinaire, le casting n'est pas foncièrement mauvais, n'exagérons rien.

L'histoire est toujours la même, intéressante et bien ficelée. Je n'ai pas senti l'impression de "un épisode-un suspect" qui m'avait marqué dans Broadchurch, mais chaque personnage est bien passé en revu. Tout comme sa grande soeur, Gracepoint pointe bien les préjugés que peuvent avoir les gens face à l'ignorance, les malheurs collatéraux qui accompagnent les drames de ce genre, le climat de suspicion et la soif de vengeance. Les scènes avec le vieux Jack sont d'ailleurs tout aussi belles, tout comme le moment où notre fliquette demande à Susan comment elle a pu ignorer ce qui se passait sous son toit.

Côté décors et mise en scène, Gracepoint est également à la hauteur. D'autant que le cadre est aussi beau que celui de Broadchurch (ce qui lui donne un côté anglais que je ne peux qu'apprécier), même s'il est peut être moins bien utilisé (les baleines c'est beau, c'est vrai, mais si c'est pour nous ponctuer les scènes avec la même un coup sur deux... Je ne sais pas, c'est bien mais cela aurait pu être très bien).
Ceci dit, un gros, gros, gros défaut m'a franchement agacé tout au long de la série : les coupures abruptes en fin de scène. Un peu comme si l'on avait simplement collé les scènes les une après les autres sans penser à le faire en douceur. Résultat, on passe de scènes émotionnellement intéressante à autre chose sans avoir le temps de s'en rendre compte.
Ce problème n'est certes pas omniprésent, mais il gâche franchement les choses.

Au final donc, une série policière bien ficelée qui plaira certainement à ceux n'ayant pas vu Broadchurch. Un casting principal convaincant qui vient contrebalancer les personnages secondaires un peu fades, et une mise en scène correcte qui nous change des séries policières traditionnelles.
Pas d'originalité bien sûr, mais un copier-coller très convenable.
J'admet que si cela n'avait pas été un remake, la série aurait put avoir un 7 (et même pas parce que je suis de bonne humeur !), mais il faudra ici se contenter d'un petit six.

P.s. Comptez pas sur moi pour regarder le remake français...

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