Hell on Screen

Avis sur Halt and Catch Fire

Avatar Vivienn
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Force est de constater que, depuis Rubicon en 2010 (annulée au terme de sa première saison), AMC n'a pas lancé et tenu une seule bonne série : The Walking Dead alterne le bon et le très mauvais, The Killing a dû attendre l'arrivée de Netflix sur le projet pour se révéler complètement, Hell on Wheels est tout au plus correcte, Low Winter Sun un peu trop hermétique pour passionner et Turn est tout simplement ennuyante. C'est donc avec impatience et inquiétude que l'on attendait Halt and Catch Fire, annoncée comme le successeur spirituel de Mad Men, qui nous plonge dans le milieu de l'informatique du début des années 80. Les audiences ont été très mauvaises (pire lancement pour une série AMC depuis qu'elle en produit, moyenne spectateur inférieure à celle de Rubicon), c'est souvent signe d'excellence ou de naufrage total.

La comparaison avec Mad Men semble, dès le premier épisode, à la fois une évidence et un abus de langage. Dans l'ambiance de l'ensemble, dans l'identité de ses personnages (Joe fait penser à Don) et dans sa manière de peindre une époque de transition globale de notre civilisation, les deux séries sont très proches - pourtant dans la pratique l'exercice est tout autre. Si Mad Men écarte dès le départ le développement d'une histoire au long terme, Halt and Catch Fire pose les bases, les enjeux et les aboutissants de la sienne dès le pilote. Pas que ça soit excessivement énergique, non, mais on sait plus clairement où on va et c'est ce qui différencie les deux shows.
Bien au-delà de se limiter à une reconstitution bien foutue, Halt and Catch Fire s'argumente comme une vision très pessimisme sur l'ambition, l'ivresse du pouvoir et les rêves de gloire. La série n'est jamais facile, même si elle reste abordable - chaque personnage agit presque comme une symbolique, l'ensemble évoquant la tragédie grecque. Et si la première partie peine à complètement passionner, la fin de saison mérite des éloges. Si on reprochera au show d'utiliser parfois des astuces scénaristiques un peu classiques, elle parvient à distiller une tension et un suspense subsidiaire. Ceci ajouté à une manière très juste d'écrire et de faire évoluer ses personnages - tous passionnants et attachants. Et c'est assez rare pour le noter dans une série AMC, mais les personnages féminins sont vraiment excellents et tout sauf agaçants (syndrome Skyler White, Lori Grimes, Lily Bell).

Au terme de sa saison 1, Halt and Catch Fire a déjà su se trouver un public. Avec son générique de taré, sa reconstitution excellente qui n'empiète pourtant pas sur une intrigue fascinante sur fond de guerre civile capitaliste - on tient sans doute l'une des meilleures séries de l'année, et au passage la meilleure série de la chaîne depuis Rubicon, voir Breaking Bad. Alors savoir que la série risque fortement d'être annulée ne peut qu'attrister au plus au point - on finit sur l'impression qu'on a vu qu'une infime partie du potentiel de la série. Et c'est comme ça que commencent tous les chefs d'oeuvre.

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