J'ai été adopté par Frank Underwood

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La première fois que Frank m'a fixé à travers la caméra, je me suis demandé à qui il parlait ? Pensait-il simplement tout haut ? Entamait-il une conversation avec le spectateur passif que je suis ?

La deuxième fois, j'ai compris. Frank Underwood tentait de m'adopter, de m'initier à son jeu quotidien : faire tomber une à une des têtes de leurs costumes taillés au millimètre afin de gravir le sommet de la chaîne alimentaire. Lorsqu'il brise mon écran pour m'interpeller, je ne lui réponds jamais. A vrai dire, Frank a besoin de moi. Il a besoin d'une oreille attentive pour dicter ses punchlines et ainsi l'assurer qu'il a une stratégie. A défaut d'avoir un plan bien défini, il a une seule certitude : c'est le loup solitaire destiné à dominer la meute de chiens.

Pour y parvenir, Frank établit sa stratégie dans l'immédiateté en usant de ses talents de comédien dans le grand théâtre qu'est le Capitole. Frank ne cesse de me répéter que sa plus grande force, c'est de n'avoir aucune attache, de ne pas user de sa patience pour les choses inutiles. Frank Underwood, c'est le prédateur solitaire qui ne fait confiance qu'à son instinct calculateur et qui ne doit rien à personne, même pas à une quelconque éthique du politique. Il se pare du masque, de l'alliance qu'il faut, au moment où il faut, pour avancer des pions dans son jeu. Et, peu importe les risques, les moyens mis en œuvre, Frank Underwood avance détruisant vies et carrières sur son passage.

A la différence d'un Walter White, Frank ne connaît pas de remords, de secondes pensées sur ses actions, qui, comme Walter deviennent de plus en plus dévastatrices lorsque l'engrenage se lance. Frank m'explique qu'il est confortable avec l'idée de ruiner des carrières, de détruire des vies. Lui aussi, parfois, vacille, trébuche mais il ne s'écroule jamais. Premier spectateur de sa percée, je ne peux m’empêcher de prendre un plaisir coupable à admirer son ascension. En même temps, je dispose d'une relation privilégiée avec ce connard : il me délivre conseils, astuces pour mieux m'élever dans sa jungle humaine.

Le soir venu, j'accompagne Frank dans sa sombre demeure pour retrouver sa mystérieuse femme Claire. Sans enfants et peu portés vers le sexe, ils ont finalement décidé de m'adopter. Naturellement, je ne les ai jamais vu faire l'amour. Car, ce qu'ils préfèrent avant de se coucher, c'est partager une cigarette sur le rebord de leur fenêtre afin de décider de leur prochain mouvement. Au début de la série, leur mariage me semblait un pur mariage de raison et non d'amour, froid et calculateur. Mais plus tard, j'ai compris que leur relation était non seulement basé sur un amour indéfectible mais à la fois sur l'indépendance et l’intérêt mutuel. Ils ne se cachent rien tant que leurs indépendances peuvent leur être bénéfique et ils profitent de leurs situations respectives : elle magouille pour l'aider à accomplir sa percée politique, il fait de même pour son ONG. Par sa singularité, cette union complexe et unique entre Frank et Claire mérite d'être vue au même titre que les enjeux politiques soulevés par la série.

En fin de compte, pendant ce voyage dans les coulisses de la politique américaine, j'ai incarné Edward Meechum, le garde rapproché de la famille Underwood.
Comme lui, j'ai été adopté par Frank, je l'ai observé, je l'ai écouté sans jamais être écouté, et, j'ai jubilé de plaisir lorsque l'homme qui entretient une relation secrète avec moi en brisant le quatrième mur, a triomphé.

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