On demande le numéro 6

Avis sur Le Prisonnier

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En 1967, la chaîne ITV diffusa une série un peu spéciale. Patrick McGoohan et George Markstein, ses créateurs, n'en étaient pas à leur premier coup d'essai : peu avant, ils avaient collaboré sur "Danger Man" ("Secret Agent" aux US), une série d'espionnage. Markstein s'inspira d'une prison près d'Inverness construite en 1943 (le nom complet est : "N°6 Special Workshop School - Invernair") pour le cadre global de la série ; quant à McGoohan, il fut influencé par son expérience théâtrale. Il écrivit un livret d'une quarantaine de pages sur le lieu de la série, ses habitants, leurs habitudes, les complots, les pièges,... Cette série, c'est "Le Prisonnier".

Conçue à l'origine comme une mini-série de 7 épisodes, elle dut en faire dix de plus pour pouvoir être vendue aux Américains. Ainsi, la série se divisa en 2 : 7 épisodes, tournés et écrits par McGoohan lui-même, sont considérés par ce dernier comme indispensable pour comprendre la série ; le reste de la série est moins importante à ses yeux. Et cela se sent.

On suit donc Numéro 6 (joué par McGoohan) qui se retrouve dans un Village coupé du monde, après avoir été drogué à Londres. Retenu prisonnier, il est harcelé à chaque épisode par Numéro 2 (qui est incarné par différents acteurs) pour donner des informations. Quelles informations ? On ne le saura jamais, car Numéro 6 ne les livrera jamais. Sa seule quête est de trouver le Numéro 1 et de partir de ce village...

Mélange d'espionnage, de thriller, de science-fiction et de drame, "Le Prisonnier" est un ovni télévisuel. Jamais encore une série n'avait autant osé ce mélange des genres (et peu l'ont fait par la suite). Filmé au nord du Pays de Galles, dans un petit village, la série met en scène un lieu à la fois passéiste (les costumes, les parapluies, le thé, les traditions, la politique, etc.) et futuriste (la Boule, les installations technologiques, les méthodes de tortures, etc.). On sent que McGoohan et Markstein reflètent une certaine vision de la société anglaise, avec ses personnages tour à tour ridicules, flippants, ambigus. L'ambiance est vraiment réussie, et donne à cette série un cachet unique.

Malheureusement, "Le Prisonnier" a, je trouve, assez mal vieilli. Les épisodes sont assez inégaux, certains sont géniaux (comme "Échec et Mat" ou les deux derniers), d'autres assez anecdotiques. Cela se sent que McGoohan a pensé tout d'abord à fignoler ses épisodes avant de travailler les autres. Ainsi, il clamera qu'il suffit de regarder les 7 épisodes prévus à la base pour tout comprendre de la série. Ambiance. La réalisation est aussi inégale : géniale, voire psychédélique à certains moments, elle est plus plate lors des séquences d'actions. La série ne va pas au bout de son délire paranoïaque ; Numéro 6 n'est pas fou, seulement prisonnier contre son gré. Il n'y a jamais d’ambiguïté, ce qui fait perdre un peu d'attrait à la série. Les derniers épisodes la font définitivement basculer dans l'action et l'espionnage classique, où le héros doit s'échapper de la base ennemie.

Est-ce qu'il faut regarder "Le Prisonnier", plus de 35 ans après sa première diffusion ? La série a mal vieilli. Les effets visuels sont assez ringards, la réalisation et le rythme inégaux ; mais pour l'ovni qu'elle est, alors qu'aujourd'hui la plupart des séries se copient les unes sur les autres, il serait dommage de se priver d'un tel précurseur. Et puis, voir McGoohan crier sa soif de liberté, ça n'a pas de prix.

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