La critique c’est une question de fond… Mais c’est aussi une question de forme.

Avis sur Les Chroniques de Mr. Plouf

Avatar l'homme grenouille
Critique publiée par le

« Si tu aimes PseudoLess tu devrais aimer aussi Mr. Plouf ».
Voilà ce qu’on m’a dit il y a de cela quelques semaines.
Et puisqu’il est bien vrai que j’aime PseudoLess – comme j’aime en général ces vidéastes qui offrent un regard averti sur le jeu-vidéo – je me suis risqué à aller voir ce Mr. Plouf.
Je me suis enfilé une bonne quinzaine de vidéos – choisissant les sujets qui me parlaient le plus – et désolé de le dire aussi crument mais non : entre PseudoLess et Mr. Plouf, il y a quand même un monde.

Ça ne parait pas mais la critique c’est tout un art.
Au-delà de ce qu’on dit il y aussi la manière de le dire.
Et quand l’exercice se fait en vidéo, se pose par-dessus tout ça les exigences propres à ce format.
Or, sur ces trois points – ce qui est dit, comment c’est dit et comment c’est mis en vidéo – il me semble que la comparaison entre PseudoLess et Mr. Plouf est plus que riche d’enseignement.
Riche d’ailleurs au point que je me permette ce petit billet.

Pourtant, à bien considérer la chose, je peux comprendre la comparaison.
Mieux que ça : je peux même entendre qu’on y voie une quasi-équivalence.
Parce qu’en effet, il y a en quand même des points communs entre les deux auteurs.
L’un comme l’autre explorent les jeux à l’envie ; ne semblant pas se fixer d’obligations particulières.
Les gros titres côtoient des productions plus intimistes. Parfois on revient sur des jeux qui ne font absolument pas l’actualité. Parfois même on revient plusieurs fois sur un même jeu.
Les avis formulés sont souvent atypiques mais toujours justifiés. Et j’avoue particulièrement apprécier la capacité de « Mr. Plouf » à relativiser en permanence sa position.
Savoir dire d’où on parle, pour moi, quand on fait de la critique, c’est essentiel.
Et s’il y a bien une critique qui m’a convaincu des bonnes dispositions du bonhomme, c’est bien sa critique d’ « Outer Wilds ».

« Outer Wilds » - pour bien vous situer la chose – c’est mon jeu de la décennie précédente ; l’une de mes plus grosses claques de joueur.
Et quand j’ai regardé la vidéo de Mr. Plouf sur le sujet, qu’en a-t-il dit ?
Il a quand même osé en dire que la maniabilité était pourrie, que l’intrigue était trop fragmentée, que certaines planètes étaient dénuées d’intérêt (ciblant au passage ma planète préférée du jeu : Cravité)… Bref, autant dire que le type ne me brossait clairement pas dans le sens du poil…
…Mais c’est passé crème.

C’est passé crème justement parce que le mec a su préciser d’où il parlait.
Il a reconnu qu’il n’est pas du genre patient sur les questions de pilotage atypique et exigeant. Il a bien précisé qu’il était vite perdu avec les énigmes complexes et les narrations à trous. Bref, il a reconnu qu’il n’était pas la cible.
Et juste pour ça : bravo. Parce que, quand bien même le gars est passé à côté du jeu qu’on sent malgré tout qu’il en a compris le principe et qu’il a su en cibler les enjeux.
Ainsi, j’avais beau ne pas partager l’avis que j’acceptais la critique.
Mieux que ça, j’appréciais de découvrir sur ce jeu une approche alternative à la mienne.
Tout ce que je demande à un critique du point de vue du fond…
…Sauf que.

Sauf que, un fond c’est comme tout : il y en a de différents gabarits.
Certains font de jolis petits trous dans le bac à sables tandis que d’autres sortent les tunneliers.
Et si je n’irais pas jusqu’à dire qu’il n’y a pas grand-chose dans une « Chronique de Mr. Plouf », je me risquerais du moins à affirmer qu’il n’y en a pas autant que dans une « PseudoCritique » ou bien dans un épisode de « Game Next Door ».

A dire vrai, ce qui manque vraiment dans une « Chronique de Mr. Plouf » c’est d’un axe de réflexion qui soudainement donne à voir du général à travers du particulier.
Quand PseudoLess parle de « Death Stranding » il questionne la démarche du jeu – la question du lien social – au regard des mécaniques du jeu réellement mobilisées.
Il cible. Développe. Illustre. Compare. Critique.
Quand Mr. Plouf s’y risque, on préfère s’attarder davantage sur les difficultés qu’à Kojima a boucler tous ses arcs narratifs. Ce n’est certes pas inintéressant – pas impertinent – mais ça me donne clairement à voir moins loin.
Et d’ailleurs – à bien y regarder niveau contenu – l’analyse orchestrée par PseudoLess approche de la demi-heure quand celle de Plouf n’atteint même pas dix minutes, intro et blagounettes comprises…
Et c’est là qu’on arrive au deuxième point qui fâche : les blagounettes.
…Ou pour être plus précis le superflu.

Parce que les chroniques de Mr. Plouf, c’est quand même beaucoup de superflu.
Superflu dans le propos d’abord. Petites blagues. Petits gimmicks pour faire vivre le personnage. Petites piques bien-pensantes…
…Autant de détails qui pourraient ne pas me déranger au sein d’autres dispositifs formels, mais clairement pas dans celui-là.
Parce que du superflu il y en a aussi dans la forme.

Forme visuelle d’abord.
Ce petit dessin-animé fait de figures simplistes animées image par image en mode « South Park » du pauvre, chez moi, c’est contre-productif au possible.
Pourtant je comprends l’idée : ça permet de ne pas à devoir afficher sa gueule ; ça permet aussi d’illustrer les séquences de jeu sans à devoir faire des captures et à les sélectionner, ça permet aussi de faire de la récup à moindre frais…
…Seulement sur moi ça ne marche vraiment pas du tout.
C’est de la stimulation visuelle pour rien.
C’est pauvre au possible.
Et accessoirement aussi je trouve ça moche.

Mais surtout – à bien tout prendre – je trouve que la pire incidence de ce choix c’est qu’elle ne nous permet pas de vraiment rendre compte de ce qu’est vraiment le jeu.
Quand je vois la critique de « PseudoLess » sur un jeu que je ne connais pas comme « Hellblade » par exemple, eh bien la première information que j’en tire – déjà – c’est que je vois des images de « Hellblade ».
Je vois du gameplay. Des cinématiques. Des énigmes.
Tout ce qui est dit est illustré. Pointilleusement. Il y a un vrai boulot de barbare abattu là-dedans au service de la démonstration et de la pédagogie…
…Si bien qu’à la fin de la vidéo de PseudoLess sur « Hellblade » j’ai une plutôt bonne idée de ce que doit-être « Hellblade » (et si c’est un jeu qui est susceptible de me brancher ou pas).

Par contre quand je vois une critique de Mr. Plouf sur un autre jeu que je ne connais pas comme « XCom », je ne vois pas « XCom ».
…Et ce qui est terrible, c’est qu’après une bonne critique de cinq minutes me disant que « XCom » c’est extra, eh bah moi, « XCom », je ne sais toujours pas ce que c’est.
Dans le débit d’infos j’ai cru comprendre que c’était du tour par tour à la « Command and Conquer »… Mais avec quelle interface ? Quel niveau d’interaction ? Quel univers visuel ?
De tout ça je n’en saurai rien.
Et si ce problème est amoindri quand Mr. Plouf parle d’un jeu que je connais – comme « Outer Wilds » - il devient carrément rédhibitoire si je ne connais pas le jeu.
Quoi qu’il en dise je n’arrive pas à m’y projeter…
…Du coup : impossible pour moi de découvrir un jeu avec Mr. Plouf.
…Un peu balot pour un critique, avouons-le tout de même.

Voilà donc qui fait déjà une belle liste de griefs comme ce pauvre Mr. Plouf, mais paradoxalement tout ce que je viens de citer n’est pas ce qui m’a le plus dérangé dans ces fameuses chroniques.
Avoir un fond assez restreint, c’est certes dommage mais ça peut encore se compenser par le fait que les vidéos soient courtes.
Avoir des dessins-animés dégueulasses en guise d’illustration, c’est certes moche à voir, mais dans ce cas on peut réduire la fenêtre de Youtube et simplement écouter la vidéo.
Par contre il reste un problème qui fait que malgré tout ça je peine quand même à suivre les critiques de Mr Plouf.
…Et ce problème, c’est tout ce superflu que notre cher critique met dans sa prosodie.

La prosodie c’est la manière de gérer son élocution.
C’est toute la question de la gestion du rythme, de la musicalité, des silences.
Or sur ce plan là, écouter Mr. Plouf c’est juste usant. Et ça ne va pas en s’arrangeant.
Sur ses vidéos les plus anciennes – comme un mal de son époque – Mr. Plouf déblatérait à toute vitesse sans vraiment gérer de temps mort.
C’était pénible parce que ça générait un terrible effet-tunnel mais ça avait au moins le mérite de densifier le propos.
Mais plus le temps passe, et plus Mr. Plouf se pose (tant mieux) mais tout en compensant avec un maniérisme vocal que je trouve insupportable.
Ça monte et ça descend pour un rien. Ça musicalise le propos sans raison et tout le temps.
Ça ne fait rien ressortir mais ça plombe tout le propos.
Et comme je le disais plus haut : ça m’USE.

Et c’est là que toute la dimension superfétatoire de ces chroniques finit par avoir raison de moi.
Parce qu’à un moment donné, tout ce superflu finit par faire système.
Suivre une chronique de Mr. Plouf, ça se résume rapidement à regarder un dessin-animé moche qui t’explique quelque-chose de pas transcendant sur un ton chantant usant, le tout entrecoupé de petites piques sur les vilains crunsheurs et de petits coups de pieds dessous la table pour que tu lâches ton sub sur Tipeee et que tu achètes les produits dérivés de la chaine et blablabla…
Donc non. Définitivement non.
Entre PseudoLess et Mr. Plouf, il existe deux mondes.
…Et l’un m’intéresse bien plus que l’autre.

Alors après – encore une fois – je peux entendre qu’on s’y retrouve dans ces chroniques…
Le bonhomme derrière ces images et cette prosodie hideuses n’a pas l’air bien antipathique, il a l’air de trahir un vrai goût pour l’exploration du jeu-vidéo, et surtout il a le mérite parfois d’apporter un point de vue qu’on ne se retrouve pas forcément ailleurs.
Donc quand on m’annonce qu’on suit régulièrement Pseudoless ET Mr. Plouf pour moi ça n’est pas totalement insensé. Ça peut même apparaitre comme complémentaire.
…D’ailleurs les deux gusses ont déjà fait des vidéos ensemble.

Néanmoins je ne vais pas vous la faire à l’envers non plus par rapport à d’où je vous parle.
Moi mon temps libre est plutôt rare. Et puisqu’il est rare j’ai tendance à le considérer comme précieux.
Aussi je regarde ou écoute une émission Youtube, elle a intérêt soit à me séduire, soit à m’informer, soit à me détendre.
Pseudoless, ça fait les trois chez moi. Alors aussi bien en fond pour bosser qu’en distraction de retour du boulot, c’est impeccable pour moi.
Par contre Mr. Plouf c’est trop d’efforts qu’on me demande pour trop peu de gains.
Mr. Plouf, pour moi, c’est juste pas au niveau.
Et si j’entends qu’en 2012 – date de création de la chaine – la culture roots pouvait encore avoir un certain charme, dix ans plus tard ce n’est plus la même soupe.
Quand on a presque 170 000 abonnés, qu’on palpe plus de 600€ par épisode produit sur Tipeee, et qu’on vend des t-shirts sur Toastadora à plus de 25 boules l’unité, c’est qu’on a les moyens – à un moment donné – de passer un cap dans ce qu’on dit et ce qu’on fait…

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