Un piano et un flingue

Avis sur Les Sauvages

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SPOILER ALERT : cette critique dévoile la chute du premier épisode.

Je me souviens avoir été marqué par la lecture de la saga « Les Sauvages », de Sabri Louatah. Quelques années plus tard, la série du même nom me fait le même effet.

C’est une partition où la violence déroule le tapis à la Beauté. L’attentat dirigé contre le premier Président de la République d’origine algérienne, le soir de son élection, vient réveiller les démons français. Aux extrémités de l’auditoire, deux frères, que tout oppose, et entre les deux, un nuancier de vie, où les destins se jouent souvent à la couleur de la peau.

Fouad est l’archétype du « beurgeois ». Issu d’un quartier populaire de Saint-Etienne, son premier rôle dans une série populaire lui a offert une ascension sociale fulgurante. Sa relation avec Jasmine achève de creuser le fossé entre lui et le milieu de son enfance. Comment pourrait-il en être autrement, alors qu’il flirte avec la fille et directrice de campagne de Idder Chaouch ? Hélas, ce tableau idyllique va prendre des teintes sombres. La couleur du sang.

Nazir, qui croupit en prison, ne semble pas étranger à ce crime. C’est un de ces fous, tellement intelligents, qu’on leur donnerait raison. Charismatique et influent, c’est vers lui que tous les soupçons se tournent lorsque Chaouch s’écroule devant les caméras, une balle logée entre la sixième et la septième côte. Personne ne doute de son emprise sur le tireur. Krim. Cousin de Fouad et Nazir Nerrouche. La vraie campagne peut commencer.

« Les Sauvages », c’est bien plus qu’une série d’anticipation. C’est la description lucide et originale d’un pays qui croit pouvoir échapper aux fantômes qui le hantent. Or on comprend, à mesure que l’intrigue lève le voile sur le rôle de chacun ; que les émeutes gagnent toutes les villes du pays ; on comprend, en voyant s’agiter réseaux terroristes et groupuscules d’extrême-droite, qu’un discours d’investiture ne peut suffire à exorciser les maux d’une nation. Et encore moins ceux d’une famille.

Car en effet, il semble évident, à l’issue des six épisodes, qu’aucun élément de ce drame ne saurait être pris de façon isolée. Dans ce chaos, toutes les notes se répondent et se répètent, des lieux de pouvoir à la banlieue grise qui chante l’avenir de la France, ou sa perte. Comme Fouad dans les rues de Sainté, nous sommes sans cesse rattrapés par nos identités torturées, où la violence sommeille.

Est-elle inéluctable ? Espérons que non. Mais qu’on se le dise : passés le clou du spectacle et le bémol des caricatures inhérentes à l'audiovisuel français, on veut en voir davantage. Il faut croire que, que nous jouions du piano ou du flingue, nous naissons tous un peu Sauvages.

Bis.

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