L’orgueil du héros ! (Saison 2 : 9/10)

Avis sur Marvel's Luke Cage

Avatar Philippe P.
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Luke Cage était la série que j’avais le moins apprécié du couple Netflix/Marvel dans l’ère pré-Defenders. Elle n’était pas mauvaise, mais elle n’avait jamais réussi à me captiver, ni même à créer un intérêt concret envers son personnage principal. C’était bien réalisé et efficace, mais il n’y avait pas ce petit plus qui donnait envie d’enchaîner les épisodes comme avait pu le faire Daredevil ou Jessica Jones.
Donc, après la déception de la saison 2 de Jessica Jones, il faut bien l’avouer que j’avais un peu de crainte à l’idée de me lancer dans cette nouvelle aventure de Luke Cage. Autant dire que j’avais tort et que cette deuxième saison du défenseur de Harlem tient à la fois ses promesses, mais aussi bénéficie d’une excellente écriture.

Le thème de cette nouvelle saison est celui de l’orgueil et du statut de héros. Si les autres héros opèrent en marge de la société soit par anonymat pour Daredevil, soit par volonté ou marginalisation pour Punisher, Jessica et Randy, Luke Cage est bien le seul à montrer clairement son identité et à l’affirmer. De ce fait, le personnage se retrouve en pleine lumière médiatique tant par les télévisions, les applications qui le pistent ou même auprès des habitants de Harlem. Toute la question est de savoir comment Luke gère cette célébrité et quelles menaces cela amène-t-il.
C’est une thématique qui a déjà été traité maintes fois, mais est-ce qu’on peut vraiment se plaindre quand c’est bien fait ? Pas vraiment, d’autant que c’est plutôt bien écrit et ne verse pratiquement jamais dans le manichéisme pur et dur. Comme en atteste notamment la fin de la saison qui montre Luke faire un choix pragmatique afin de contrôler la paix éphémère et fragile qui vient de naître à Harlem.
La réussite du traitement de la thématique passe aussi par le fait que le show n’hésite pas à faire de son héros un personnage quelque peu antipathique dans les premiers épisodes. Difficile de le défendre quand il fait preuve d’un certain ego en cherchant un sponsor ou en provoquant ses ennemis. Indéfendable lors des différentes scènes avec Claire. On nous montre donc un héros qui n’arrive pas à gérer cette célébrité, mais aussi toutes ses responsabilités et ses conflits intérieur. Il aurait été aisé par exemple de reproduire le comportement de Tony Stark dans Iron Man 2, mais la série évite cet écueil et présente quelque chose de différent. Le parcours mental et personnel du personnage est intéressant à suivre, notamment dans le dernier tiers de la série qui le voit confronter de plein fouet ses convictions et la tentation de franchir la ligne rouge pour régler les problèmes où le parcours légal est au mieux inefficace.

Pour en terminer sur Luke à proprement parler, la série gère beaucoup mieux la sensation de danger pour le personnage que dans la première saison. En effet dans cette dernière on ne se sentait que très rarement préoccupé par la survie de Luke, seulement dans les deux derniers épisodes avec les balles spéciales. Ici, on a le droit à un véritable danger en la personne de Bushmaster qui est capable de rivaliser avec lui et même de le blesser. Tout de suite, on se sent plus impliqué dans l’histoire. Allié à cela un danger qui est parfois plus morale que physique, on obtient au final quelque chose de plus prenant. Malheureusement, on n’échappe toujours pas aux scènes de sbires complètement idiot qui essaye encore de lui tirer dessus. Autant dans le cas des jamaïcains la première fois, pourquoi pas, ils ne le connaissent que de réputation et veulent la tester. Mais les autres, est-ce que c’est vraiment nécessaire ? Surtout qu’ils sont parfaitement au courant de son invulnérabilité, il n’y a aucune logique de lui tirer dessus. De ce fait, on retrouve aussi l’incroyable mollesse des combats, si ce n’est lors de l’intervention de Randy et les duels face à Bushmaster.

Si Luke Cage est indéniablement le personnage principal de la série, une deuxième figure se démarque dans cette saison et dont on va suivre le parcours : Mariah Dillard. Elle avait déjà bénéficié d’un traitement de son histoire dans la première saison, principalement pour éliminer Cornwell. Ici, elle devient carrément un deuxième personnage principal et va avoir droit à son propre arc narratif. Autant avec Luke Cage, on assiste à la transformation du héros, autant avec Mariah, on nous propose une descente aux enfers longue et douloureuse. Si elle possède, ou croit, des motivations des plus honnêtes, ce sont les moyens d’y parvenir qui va la faire sombrer. Et malgré le fait que ce soit un personnage qu’on peut aisément qualifier d’antagoniste, un certain charisme se dégage d’elle et on est surpris de voir que pendant un temps elle arrive toujours à s’en sortir et à se relever des pires situations. On peut aussi aisément comprendre bon nombre de ses motivations ou ressentiments, au vu de son passé, mais sans les approuver.
Au final, pendant de nombreux épisodes, il est réellement compliqué de ranger Mariah dans une case bien précise. C’est lors de la scène de la vengeance dans le bar/restaurant qu’elle bascule totalement et ce qui va entraîner sa perte. Mais c’est aussi à ce moment que le personnage va perdre un peu d’intérêt, enchaînant les mauvais choix à tout bout de bras et faisant preuve de précipitation qui ne colle clairement pas à la politicienne qu’elle est censée être. Dommage aussi qu’elle persiste dans un certain aveuglement vis-à-vis de sa fille, alors qu’elle aurait pu aisément éviter certains événements. Petite faiblesse d’écriture sur ce point.

L’importance pris par ce personnage a fait reculer l’importance d’un autre : celui de Misty. A vrai dire, on ressent que les scénaristes avaient quelques idées pour elle, mais pas de quoi tenir sur la durée des treize épisodes. Son parcours est intéressant au début, notamment sur la tentation de piéger les coupables à tout prix et l’acceptation de son handicap. A la fin, sur la frontière morale qu’elle représente pour Luke. Mais, au milieu, elle devient assez inintéressante dans sa progression. Dommage, il y avait peut-être moyen de faire plus au niveau de son handicap ou de faire durer son dilemme d’intégrité un peu plus longtemps.

Cela me permet donc de rebondir sur un dernier point vis-à-vis du scénario. C’est déjà encore une fois la bonne intégration dans un univers cohérent avec les autres séries Marvel avec notamment les interventions de Randy et de ??? . Qui sans rentrer dans le fan service, serve le récit et permettent de voir les personnages interagir en-dehors de leurs aventures communes. Un dernier point négatif est à soulever, la gestion du rythme. Encore une fois, le schéma en treize épisodes offre un creux en milieu de saison où l’intensité retombe clairement, et un syndicat minimum de narration se fait ressentir. Clairement, c’est un schéma qui ne fonctionne pas et réduire la série a dix épisodes aurait été peut-être plus judicieux.

Pour en terminer, il est vraiment dommage que la série soit annulée, à cause de l’ouverture de la plateforme SVOD de Disney, le final ouvrait la possibilité à une troisième saison très intéressante. Cette hypothétique suite aurait pu pousser encore plus loin le concept de limite du héros, mais il est assez impensable que Disney se lance là-dedans ou ne lance une série Luke Cage avec les mêmes acteurs que la série Netflix.

Pour ce qui est de la prestation des acteurs, elle est très satisfaisante. Mike Colter (Million Dollar Baby, Halo : Nightfall) qui incarne Luke Cage est vraiment bon dans son rôle et incarne à la perfection le flegme insouciant du personnage et possède la carrure pour le rendre impressionnant. Alfre Woodard (Twelve Years a Slave, Desperate Housewives) habite réellement le personnage de Mariah, que cela soit dans sa diction ou sa gestuelle, elle est vraiment parfaite dans son rôle. Simone Missick (Ray Donovan), pour Misty, Theo Rossi (Sons of Anarchy, Cloverfield), pour Shades et Gabrielle Dennis (Rosewood) pour Tilda, les prestations sont bonnes, mais rien de très intéressant à noter. Enfin, Bushmaster incarné par Mustafa Shakir (The Deuce) possède une histoire somme toute classique, c’est agréable, mais rien de bien marquant tout comme ses motivations personnelles. Malgré tout une certaine noblesse se dégage du personnage et cela évite de le rendre désagréable ou inutile.

En terme de réalisation, les treize épisodes sont très propres, cependant peu de plan très marquant. C’est propre et classique, ça fait le travail, mais sans coup de folie. Musicalement, on aime ou pas, mais la série offre encore une fois une OST de qualité et variée. La musique dans la série joue beaucoup pour nous mettre dans l’ambiance de Harlem et cette saison ne déroge pas à la règle. Après je dois bien confesser, une petite déception personnelle sur la grande star qui est censée remplir le Paradise, je m’attendais à un grand artiste de jazz ou de blues, pour au final se retrouver avec du rap qui n’avait pas l’air d’être exceptionnel, mais je ne suis pas un spécialiste du genre donc je peux me tromper.

En conclusion, la deuxième saison de Luke Cage est une très bonne surprise. La série offre une narration intéressante, bien menée sur la thématique du héros et de son succès. Elle offre des choix de scénario pragmatique par moment, ce qui la nuance fortement et c’est très appréciable. Le duo formé par Luke et Maria fonctionne très bien pour offrir des épisodes intéressants en terme d’intensité et de narration. La série corrige aussi son principal défaut, dans la première saison, qui était l’absence de danger pour le personnage principal. Malheureusement, les combats restent mous et le rythme souffre d’un creux et d’un certain vide scénarisitque en milieu de saison, dû notamment au format en treize épisodes. La réalisation est efficace, mais manque de folie. Enfin les acteurs sont très bons et mention spécial à Alfre Woodard dans son interprétation de Maria.

Lien vers ma critique de la première saison (8/10) : http://lantredesopinions.over-blog.com/2017/07/luke-cage-saison-1-pas-aussi-percutant-que-ses-aines-mais-toujours-tres-bon.html

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