La Nouvelle Génèse de la Japanimation

Avis sur Neon Genesis Evangelion

Avatar Duotaku_no_Sora
Critique publiée par le

Je ne dois pas fuir !
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Je ne dois pas fuir !
Je ne dois pas fuir !

2000 : Le Pôle Sud est dévasté par une explosion provoquée par un extraterrestre surnommé Ange (ou Apôtre). Suite à cela, la moitié de la planète Terre est ravagée et les humains sont obligés de se cloîtrer dans des villes forteresses.
Cet événement sera connu sous le nom de Second Impact.
2015 : À Tokyo-3, la nouvelle capitale du Japon, la NERV (une organisation militaire) subit l'attaque d'un nouvel Ange, 15 ans après le Second Impact. En vue de se protéger de celui-ci et d'un possible Third Impact, elle a créé des robots géants appelés les Evangelions (ou Eva) qui ne peuvent être pilotés que par une petite poignée d'élus.
Ikari Shinji en fait parti et est appelé en urgence par son père, directeur de la NERV qu'il n'a pas revu depuis des années, sans qu'il ne sache rien de toute cette histoire. Il refuse d'abord de piloter l'Evangelion mais finira par céder en voyant ce que cela impliquerait.
Qui vaincra, les Hommes ou les Anges ?

La Nouvelle Génèse de la Japanimation

On ne présente plus Neon Genesis Evangelion, véritable monument de la Japanimation voir anime considéré comme le plus culte et influent de tous les temps.
C'est donc un gros morceau auquel je m'attaque aujourd'hui. Sans avoir la prétention de réussir à faire le tour de cette œuvre intemporelle, je me contenterai donc d'essayer de vous la présenter de la manière la plus compréhensible et parlante qui soit.

Ainsi, les superlatifs ne manquent pas pour qualifier cet anime mais résumer Evangelion se révèle rapidement être un vrai casse-tête, dans le sens ou l'histoire de base et très simple mais part tellement loin qu'on finit par ne plus savoir de quoi elle cherche à parler. 
Commençons donc simplement par la manière dont se présente l'anime :

Les 5 premiers épisodes sont une introduction et se focalisent plus précisément sur Shinji et son choix ou non de piloter l'Evangelion. Il s'agit surtout d'épisodes introspectifs et contemplatifs où il ne se passe donc pas énormément de choses mais qui mettent en avant beaucoup de questionnement sur l'être humain.

Les épisodes 6 à 15 rentrent cette fois-ci directement dans l'action. On assiste à l'apparition de nouveaux Anges qui viennent tour à tour s'attaquer à Tokyo-3. Le schéma est  quelque peu redondant avec le principe du Monster of the week mais les Anges ont le mérite d'être très variés et  de nouveaux personnages avec leur lot de mystères font également leur apparition.

Les épisodes 16 à 24 se focalisent cette fois-ci sur l'intrigue sous-jacente de la série et développent énormément les personnages. On découvre leur passé mais aussi les secrets liés aux Anges et aux Evas.

Quand aux épisodes 25 et 26, c'est le trou noir. Les deux épisodes n'apportent aucune fin réelle à l'anime, coupant brusquement tout l'aspect scénaristique développé dans les 24 épisodes les précédant. Ces épisodes finaux se focalisent ici sur les états d'âmes des personnages en abordant notamment diverses théories philosophiques et métaphysiques. De cette façon, les personnages trouvent plus ou moins une réponse aux questions qu'ils se posent tout au long de l'anime mais ça s'arrêtera là. L'histoire des Anges ne sert plus à rien, les secrets de la NERV ne sont pas dévoilés, et on ne sait pas comment les personnages continuent leur vie. Il n'en faudra pas plus pour déclencher une polémique sans précédent, le staff de l'anime allant jusqu'à recevoir des menaces de mort afin de voir la "vraie" fin de l'anime le plus populaire jamais créé. C'est ainsi que le film The End of Evangelion voit le jour, pour le meilleur comme pour le pire, la conclusion à la fois sauvage et tout aussi douteuse n'ayant pas réussi à combler les attentes pour cette série qui n'aura donc jamais connue de grand final satisfaisant. À titre personnel, si le message de fond (dont on parlera plus bas) des épisodes 25 et 26 originaux ne m'a pas dérangée car je l'ai trouvé plutôt joli et raccord avec le propos de l'anime, je le trouve cependant amené de manière bien trop abrupte pour être accepté avec sérénité dira-t-on. J'en garde moi aussi un souvenir plus ou moins amer, bien que le film The End of Evangelion vienne rendre tout ça un peu moins frustrant sur certains aspects (c'est plus concret on va dire). Mais était-il réellement nécessaire au final... la question reste entière pour ma part.

Vous l'aurez compris, Evangelion a un rythme très variable. Il y a des épisodes bourrés d'action ou de révélations et d'autres tout bonnement soporifiques pour celui qui n'apprécie pas le genre introspectif. Quant à la fin, il n'y en a pas (ou tout du moins pas dans le sens où on l'entend habituellement), et c'est aussi précisément pour cela que l'anime soulève encore autant les foules. Peut-être le quatrième et dernier film tant attendu concluant le reboot de 2007 viendra-t-il enfin mettre un point définitif à la folie Evangelion ?

Les stéréotypes de la Japanimation

Les personnages sont peu nombreux et ont donc tous leur importance , mais attardons-nous principalement sur le trio devenu culte :

Shinji (Third Children, Pilote de l'Eva-01) : Garçon renfermé, peureux et très mal dans sa peau, Shinji a énormément de mal à se lier avec les autres mais ne supporte pourtant pas d'être seul. Il cherche à comprendre ce qui le pousse à piloter l'Eva.
Shinji est un personnage à controverses, déjà parce qu'il est très loin des héros courageux habituels, mais surtout parce qu'il fait toujours un pas en avant pour deux voir trois en arrière. Personnellement je l'apprécie car je le trouve très humain mais il est vrai que j'ai du mal à comprendre ce que les scénaristes ont cherché à faire avec lui tant son évolution est bordélique. Il passe par toutes les étapes (prise de conscience, folie, fuite, déni, acceptation, courage, témérité...) mais totalement dans le désordre, en résulte un personnage hyper instable qui même arrivé à la fin, n'a pas l'air de s'être trouvé une voie définitive...
Bref, un personnage aussi intéressant que fatigant mais surtout déstabilisant.

Rei (First Children, Pilote de l'Eva-00) : Jeune fille solitaire et passive qui semble n'éprouver aucun intérêt pour rien ni personne. Elle exécute toujours les ordres sans discuter.
Difficile de décrire Rei sans spoiler mais disons que c'est au premier abord un personnage très énigmatique qui se développera lentement mais sûrement au fil de la série. C'est un bon personnage qui évolue cependant d'une manière jolie mais assez perturbante tout de même, ce qui ne lui enlève pas la qualité de son écriture cependant. Disons que c'est le genre de personnage qu'il faut analyser à plusieurs reprises pour en comprendre toute la profondeur.

Asuka (Second Children, Pilote de l'Eva-02) : Fille américano-japonaise qui a grandie en Allemagne, elle revient au Japon pour aider la NERV à neutraliser les Anges. C'est une fille directe, fière et une bonne tacticienne mais qui est aussi têtue, colérique et capricieuse. Elle et Shinji ne s'entendent pas du tout et elle ne supporte pas Rei dont la passivité l'exaspère.
Il est très facile de réduire Asuka à la tsundere peste et prétentieuse déjà vu mille fois ailleurs mais personnellement je l'aime beaucoup, notamment son côté impulsif qui tranche avec tout le reste des personnages, sans compter que son background est pour moi un des meilleurs de la série. Son évolution sera juste légèrement trop tardive à mon goût.

Quelques personnages secondaires accompagneront nos trois héros comme Misato, la femme qui endossera toutes les casquettes à merveille (la cheffe, la grande-sœur, la confidente, l'objet de désir...), Ritsuko la scientifique méthodique et solitaire, Kaji l'agent double loser mais extrêmement doué, ou bien encore Gendô à qui l'on peut remettre la médaille officielle du plus mauvais père du monde !
Concernant les ennemis (les Anges), ils sont tous très différents et permettent également de poser des questions sur la différence entre l'être humain et les autres formes de vie, qui ne sont parfois pas si éloignées que ça de nous. Des ennemis paraissant anecdotiques et qui sont pourtant au service du scénario donc, une très bonne chose.

Ainsi, les personnages sont à la fois hyper caricaturaux mais aussi hyper travaillés : caricaturaux car le réalisateur les a créé en ayant en tête d'illustrer les différents comportements que peut avoir l'Homme face au danger (la fuite avec Shinji, la résignation avec Rei et la révolte avec Asuka). Sauf qu'Evangelion, avant d'être une histoire de mecha, c'est principalement une histoire sur l'être humain. Ici c'est la métaphore du mal être adolescent jusqu'au passage à l'âge adulte que les scénaristes cherchent à développer, c'est pourquoi tous les personnages vont avoir un psychisme et un background très travaillé qui, contrairement aux autres animes, viennent justifier leur comportement habituellement si banalisé dans les autres productions, leur donnant ainsi la profondeur propre à l'Homme. Ainsi les évolutions des personnages sont faites de manière lente (un Homme ne peut changer du jour au lendemain) mais significative (l'Homme se retrouve face à des situations de crise qui le pousseront à changer plus rapidement).
Bref, c'est bien compliqué mais c'est très intéressant et c'est surtout la plus grande force d'Evangelion !

Les codes de la Japanimation

Evangelion est donc une production se présentant d'abord comme un vulgaire anime mecha parmi tant d'autres qui viendra pourtant progressivement détruire tous les codes du dit genre afin de ramener son histoire uniquement à ses personnages.
Mais comment cela se traduit-il donc à l'écran ?

Déjà il faut savoir que la production de l'anime a rencontré de nombreux problèmes : le studio n'avait pas assez de budget et les délais donnés au staff n'étaient presque jamais respectés. Du coup il ne faudra pas s'étonner de voir des plans fixes à tout va (mais souvent utilisés de manière intelligente !) ou des scènes recyclées (là, pas d'excuses en revanche). L'animation est par ailleurs assez changeante à cause de tout cela, si les plans caméra sont toujours ingénieux, on sent certaines scènes extrêmement dépouillées alors que d'autres pourraient concurrencer les animes actuels en terme de dynamisme et d'animation, une dualité qui sera la marque de fabrique d'Evangelion sur tous les plans au final, de quoi se demander si tout cela n'était pas quelque part voulu (consciemment ou non). On peut en effet parler des deux derniers épisodes qui ont été fait "avec les moyens du bord", chose que le réalisateur ANNO Hideaki décrira finalement comme une aubaine, trouvant que s'affranchir des celluloïds fût le moyen le plus efficace de recentrer l'anime sur ses personnages plutôt que sur l'intrigue comme c'était son souhait en écrivant la série. Cette duplicité transpire également dans l'OST dont les pistes sont à la fois mélodieuses mais toujours avec un effet de "faux" et de désordre en son sous-jacent. L'Opening pour le coup est lui aussi trompeur, s'inspirant des génériques épiques et entêtant des anime classiques (malgré l'enchaînement des images qui vient encore une fois appuyer le côté double de l'œuvre en se rapprochant plus d'un AMV fanmade que d'une réalisation issue d'un studio d'animation), mais là encore l'Ending viendra contrebalancer cela en symbolisant l'autre parti pris qui se veut plus à l'image de la série, assez plat et envoûtant (à noter qu'il y a plusieurs versions tout au long de l'anime).
Tout ceci mis de côté, même si il est vrai que l'anime a inévitablement vieilli sur certains aspects très spécifiques, pour l'époque il n'en restait pas moins époustouflant. On retiendra notamment les scènes de combat qui sont impressionnantes et des designs simples mais accrocheurs qui restent encore au goût du jour, notamment ces mecha aux formes très humanoïdes qui se voient encore aujourd'hui assez peu dans le genre. Mais ce qui frappera surtout ici, c'est le génie de mise en scène dont l'équipe fait preuve car c'est clairement celle-ci qui donnera tout son cachet à l'œuvre.

De même, l'anime est à voir ne serait-ce que pour son approche visuelle qui mélange plusieurs style d'animation différentes et construit ses épisodes sur divers tons qui peuvent passer du contemplatif au grandiose en à peine quelques secondes. On le voit notamment avec les scènes choc, car si Evangelion ne s'inscrit pas du tout dans le genre horreur, je peux vous assurer que rien n'est plus terrifiant que ses scènes clés. Le gore n'est même pas une composante du titre mais quand on vous montre quelque chose de violent, disons qu'on n'y va pas par quatre chemins ! Cet effet instantané est provoqué par le fait que ce type de scènes arrivent très souvent sans crier gare (les changements de ton dont je parlais plus haut). L'anime dans son essence même est là pour nous brusquer et il ne s'en cache pas. Ce souhait de "provoquer" tout en étant dosé de la manière la plus subtile qui soit est notamment épaulé par tout ce qui entoure la mise en forme d'Evangelion : sa narration confuse, son univers très vague et épuré, ses couleurs sobres qui finissent par s'assombrir, ses plans épileptiques, et son ton à la limite de l'ésotérique par moment. Le tout donne un aspect encore plus dérangeant au final, car on ne comprend jamais trop ce que l'on regarde, mais l'on ne peut s'empêcher d'être fasciné sans savoir en donner la raison exacte.

En effet, comme dit plus haut, la série est construite de façon assez étrange dans sa globalité. C'est à dire qu'on a des épisodes qui bougent bien et qui suivent un schéma assez classique et d'autres très mous où on a droit à des montages bizarres sur des dialogues minimalistes et peu compréhensibles.
Mais c'est bien ce côté très changeant qui fait le caractère unique mais aussi le charme de l'œuvre. Déjà, Evangelion a une ambiance qui lui est propre et qu'on ne retrouvera dans aucun autre anime mais surtout, celle-ci vient donc servir une réalisation très intelligente. Les longs silences sont toujours là pour quelque chose, souvent pour emphaser les scènes qui suivent ou décrire l'état d'esprit des personnages, et les scènes fortes sont peu nombreuses mais pourtant terriblement marquantes grâce à une mise en scène qui nous embrouille bien pour nous foutre littéralement une claque lorsqu'elle se décide à montrer les choses clairement.

Ainsi, si dans Evangelion l'ennui et l'épique se marient à merveille, c'est surtout son côté fascinant qui prédomine sur tout le reste.

Le philosophe de la Japanimation

C'est donc cette dualité constante qui a fait d'Evangelion ce qu'il est devenu aujourd'hui : un anime culte et influent.
Mais cela ne saurait être la seule raison !

Avant de rentrer plus dans le détail, posons déjà ce qui est évident : il est clair qu'il faut revoir plusieurs fois la série pour tout saisir tant la mise en scène rend certaines scènes complexes quand on ne sait pas encore où l'anime est censé en venir. En effet, c'est au second visionnage qu'on fait le tri entre ce qui sert à l'intrigue et ce qui est là pour nous embrouiller (à la manière des symboles religieux que l'on retrouve tout au long de l'anime mais dont la majorité ne sont en fait là que pour donner un genre de l'aveu d'Anno, procédé que l'on retrouve d'ailleurs assez régulièrement dans les productions animées japonaises). 
Ensuite concernant l'histoire, on ne comprend qu'après coup que le contexte du mecha n'est là que pour jouer son rôle de contexte justement. La vraie portée d'Evangelion, ce sont ses personnages et leur comportement face à la situation donnée. Inutile donc de regarder l'anime en s'attendant à voir une énième histoire de science-fiction apocalyptique avec des combats épiques de robots, et c'est ce que cherche à expliquer sa fin si controversée.

On continue donc sur ce qui est moins évident : de quoi parle réellement Evangelion ?

Evangelion parle de sa conclusion. Oui, cette fameuse non-fin qui même si elle n'en a pas l'air, en est bien une. Et cette fin, c'est l'aboutissement de l'évolution des personnages qui se révèle donc être la première chose à prendre en compte dans l'œuvre.

Avec Evangelion, Anno a raconté son propre vécu, celui d'un otaku dépressif et renfermé sur lui-même qui utilisait les anime pour fuir la réalité à laquelle il refusait de se confronter. Evangelion parle donc d'une histoire qui n'est pas censée avoir d'autre finalité que celle de nous dire de se détacher de celle-ci car ce qui importe, ce n'est pas la fiction mais la vraie vie qui se déroule en dehors de celle-ci. De cette manière, on comprend tout de suite pourquoi Evangelion fait encore parler de lui après des décennies, attaquant de front ses plus fidèles adeptes (les otaku, donc), mais pas que !
L'histoire d'Evangelion se veut à la fois volontairement floue et volontairement détaillée. C'est à dire qu'elle construit une histoire dantesque à coup de petits détails tels les (fausses) symboliques et les mots compliqués pour en réalité passer le plus clair de son temps à nous montrer la manière dont les personnages évoluent dans celle-ci et non l'inverse. et c'est là tout le génie (?) d'Evangelion : il n'explique rien, mais n'infirme rien non plus. D'où les théories à n'en plus finir qui secouent le fandom otaku depuis des décennies...

"Evangelion" de la Japanimation

L'anime était déjà un ovni à l'époque dans le monde de l'animation japonaise mais, bien qu'il y ait eu du chemin de fait depuis, je trouve toujours que c'est le cas à l'heure actuelle.

On peut adorer, comme détester, comme s'en foutre, comme se demander ce qu'on vient de voir, peu importe. Neon Genesis Evangelion est une œuvre novatrice, déstabilisante et qui nous marquera inévitablement. 

Un chef d'œuvre, je ne sais pas, mais clairement un must-see !

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