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Avis sur Neon Genesis Evangelion

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Ils sont peu nombreux ceux qui ont compris où Hideaki Anno a voulu en venir en créant Evangelion. Les Anges ? Lilith ? Adam ? Toutes ces références bibliques ne riment en réalité à rien : les gars de la Gainax trouvaient, de leur propre aveu, tout simplement ça cool, spirituel et exotique.

L'objectif d'Evangelion n'est pas de créer une histoire compliquée en usant et abusant du principe de rétention d'information, quand bien même cela alimente aujourd'hui encore largement l'adoration des fans. Non, l'objectif d'Evangelion réside en réalité ailleurs.

Il faut en savoir un peu plus sur Anno pour le comprendre. Il fut pendant deux ans, avant de créer Evangelion, un otaku* de la pire espèce, collectionnant par exemple des centaines / milliers de parodies hentaï de Sailor Moon... La phrase de Shinji, « je ne dois pas fuir », c'est celle qu'il a eu besoin de se répéter 4 jours durant pour trouver le courage de quitter son appartement pour rejoindre la Gainax.

Le résultat ? Une série pensée comme un piège à otakus, tâchant de leur faire comprendre tant bien que mal qu'il vaut mieux qu'ils sortent de chez eux et qu'ils découvrent un peu le monde. La première moitié des 26 épisodes rassemble ainsi tous les éléments à même de séduire ce public : harem de bombes sexuelles, combats de mechas, humour, peluches à merchandising (le pingouin), et ainsi de suite. Les derniers épisodes, ensuite, inversent brutalement la donne en déconstruisant la totalité des symboles des otakus pour les mettre face à leur propre réalité.

Les pilotes sont alors montrés sous leur véritable jour et sont lâches, faibles, introvertis, pervers, bref ils sont à l'image du public auquel Anno veut s'adresser

La série met ainsi en scène l'évolution de Shinji, l'anti-héros, qui de l'épisode 1 à 26 parvient à sortir de sa misère pour retrouver la réalité ; il quitte la fiction, le cocon maternel que représentent les Eva (l'unité 01 est la « mère » de Shinji, Asuka sort de sa léthargie et éveille l'unité 02 lorsqu'elle réalise que sa mère est avec elle depuis « tout ce temps » dans The End of Evangelion, etc.) pour retrouver le monde réel au cours des 2 derniers épisodes.

C'est d'ailleurs pourquoi ces épisodes sont aussi abstraits. Outre les lourdes difficultés financières rencontrées par le studio (qui sont la véritable raison des interminables plans fixes), la manière dont est conçue la série fait progressivement passer l'histoire au second plan pour ramener les personnages, et surtout, à travers eux, les spectateurs, vers la vie réelle.

Evangelion est une série importante car elle a l'audace unique de scier la branche sur laquelle elle est assise, car elle a l'audace de s'en prendre à son public en dénonçant sa perversité et ses excès et, plus encore, car elle essaye tant bien que mal de le soigner.

Naturellement, elle n'aurait jamais pu devenir aussi culte sans d'autres qualités. Ainsi, elle reste aujourd'hui encore une référence à de multiples égards. Sa mise en scène, par exemple, est complètement hallucinante et bizarre, alternant plans fixes, morts, parfois dignes de Gus Van Sant, avec en arrière plan le bruit obsédant des cigales ou encore sur fond de Bach, avec d'autres plans d'une violence inouïe qui, 12 ans plus tard, me donne encore des frissons et qui, d'ailleurs, fut à l'origine d'une guerre ouverte entre Tokyo TV et la Gainax, la série étant à l'époque diffusée après les Tortues Ninja...

Maintenant, en raison de toutes ces qualités, en raison de sa manière de laisser l'histoire s'écrire et se construire dans la tête du spectateur, sans jamais trop en dire, Evangelion a réussi à devenir la pire drogue dure de toute l'histoire de la japanimation, devenant dans la foulée un business hallucinant (musée, parc d'attraction, 1 milliard de dollars de bénéfices, une ville entière bloquée par l'arrivée de milliers d'otaku à l'occasion de la simple ouverture d'un magasin exclusivement dédié à la série, etc.). Triste ironie du sort, pour une série qui prétendait soigner les excès de son public...

  • Un otaku est une personne qui consacre la quasi-totalité de son temps à une activité d'intérieur obsessionelle comme les mangas, animes, ou encore les jeux vidéo. Au Japon, il s'agit d'un véritable phénomène de société.
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