Une certaine idée de l'Enfer.

Avis sur Once Upon a Time

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Etonnante surprise de cet automne, les épisodes de Once Upon A Time rivalisent d'ingéniosité pour développer un discours incroyablement doux-amer et mélancolique sur le rêve américain.

Les prémices sont assez tortueux (les auteurs de Lost, on a dit), mais long story short: le monde merveilleux de Charles Perrault et des frères Grimm est victime d'un sort par la méchante Reine et se trouve prisonnier de la sympathique bourgade de Storybrook, Mass., en Nouvelle-Angleterre.

On sait où on met les pieds vu les auteurs, il est donc impossible de savoir si l'intrigue décrite relève vraiment du conte de fées à Méchante Reine ou de l'imagination fertile du gamin qui sert de pivot à l'intrigue (un genre d'actualisation de Mikey Walsh, le gosse adorable et idéaliste des Goonies).

A partir de ce postulat, le show, en dépit de ses défauts (notamment des effets spéciaux piqués à la Caverne de la Rose d'Or pour la partie fairytale), développe des pistes absolument fascinantes. Du retournement classique réalité de référence / prison factice, on aboutit notamment à une véritable inversion des valeurs habituellement en oeuvre dans les contes de fées. Ainsi, en plus d'une Méchante Reine particulièrement charismatique, et contrairement au motif habituel de la demoiselle en détresse, on découvre un monde merveilleux peuplé de "princesses" grande gueule (Blanche-Neige), volontaires à tendance arriviste (Cendrillon), mais surtout relativement maîtresses de leur destin. Quand Cendrillon se lamente sur sa misérable vie, au lieu d'une Marraine-fée, c'est Rumpelstiltskin qui lui apparaît (Outroupistache en VF, si je me souviens bien de mes lectures de môme), pour lui asséner un "la magie n'existe pas, si tu veux une vie meilleure, c'est à toi de provoquer ta chance." So much for fairytales. Face à cela, l'Amérique provinciale, figée dans un passéisme curieusement encore plus anachronique.

Mais dans le fond, quel est le sens de tout cela? Quand le môme se trouve chez son psy (qu'il identifie à Jiminy Crickett – ah oui, c'est plus le monde merveilleux de Walt Disney que celui des Perrault/Grimm qui est en jeu, mais hé, nous sommes en Amérique, après tout), ce dernier lui demande pourquoi il a besoin de croire que tout son entourage est issu d'un monde merveilleux & victime d'un mauvais sort les figeant dans cette vie factice de petite ville provinciale. Sa réponse brise le cœur en même temps qu'elle glace le sang. "This can't be all there is." Il y a forcément plus à attendre de la vie que cela. Ca ferait presque penser à cet épisode de Buffy où Whedon avait imaginé que son héroïne était en fait en HP et prisonnière d'un monde fantasmé, peuplé de vampires et de tueuses.

Eh oui, you know you're in a bad shape quand ta petite vie rêvée est moins moderne qu'un conte de fées du XVIe siècle...

EDIT - Quand soudain, la deuxième moitié de la saison brise l'ambiguïté, et surtout le season finale rappelle qu'on est avant tout sur ABC et qu'il ne fallait pas trop en attendre. Plus grosse déception de fin de saison ever.

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