PATRIA. Une merveille. 8 épisodes sans "spoiler".

Avis sur Patria

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Dimanche 8 novembre,22 h. Je viens de voir le dernier épisode de la série PATRIA qui se termine aujourd’hui en Espagne avec la publication du dernier épisode sur la plateforme HBO. Je dois dire que nous sommes confrontés à l'une des meilleures séries made in Spain avec un sujet qui n'est pas facile et qui soulève « des ampoules » dans la société espagnole et basque.

Elle est basée sur le roman de Fernando Aramburu qui porte le même titre que la série, écrit avec un succès de vente des centaines de milliers de libres vendus en Espagne et en Amérique latine et qui a été traduit en trente langues le français parmi eux bien sûr….

HBO a dû changer la conception de l'affiche avec laquelle elle faisait la publicité du film en raison de la pression de l'extrême droite (en Espagne, la droite modérée presque n'existe pas). L'affiche était divisée en deux : à gauche, une femme embrassant un homme tué lors d'un attentat et à droite une image d'un terroriste de l'ETA nu et torturé dans dans les commissariats de police. L'auteur du roman, qui a aimé la série, a également jugé l'affiche trop "équidistante" et d’assimiler victimes et terroristes. Face à ces critiques, HBO a retiré l'affiche, un fait qui semble approprié car cela aurait été une mauvaise publicité.

Javier Zurro, critique de ciné, du journal digital EL ESPAÑOL (proche au Parti Populaire (droite) a écrit lors de la première de la série au festival de Saint-Sébastien en septembre de cette année : "Oubliez les controverses, la série HBO est une merveille, l'une des meilleures de l'année."

Mais PATRIA est bien plus qu'un film de terroristes, d'attaques, de meurtres, d'arrestations et de torture. C'est la vision - ou plutôt la douleur et la souffrance - de deux familles, représentées essentiellement par deux femmes très fortes, Bittori et Miren qui dominent la scène à tout moment dans une performance magistrale d'Elena Irureta et Ane Gabarain respectivement. Bittori, est la veuve de Txato, un basque, un homme d’affaires assassiné pour ne pas avoir payé la taxe révolutionnaire que l'ETA lui demandait. L'autre, Miren, la mère de Joxe Mari, un terroriste arrêté et accusé de trois meurtres qui pourrit dans une prison de Cadix à mille kilomètres de sa famille. Les deux familles étaient des amis proches avant que les violences de l'ETA n'éclatent. Après l'attaque, elles se sont complètement distancées et la haine s'est emparée de chacune des deux femmes.

Lorsque l'ETA a annoncé qu'elle se dissolvait et déposée ses armes, Bittori, qui souffre d'un cancer, décide de retourner dans sa ville natale, où le meurtre de son mari a été commis, parce qu'elle veut savoir, avant de mourir, si le terroriste qui a tué son mari était le fils de Miren.

Naturellement, dans chacune des familles, les autres composants réagissent de manière différente que l'on ne peut expliquer en ne tombant pas dans les «spoilers».

La série a été créée par Aitor Gabilondo et co-dirigée par Félix Viscarret et Oscar Pedraza et tous les principaux acteurs sont issus de Pays Basque qui compte de très bons cinéastes et d'excellents acteurs.

Patria est l'histoire de la douleur qui a frappé des milliers de familles, en particulier en Euskadi (Pays Basque espagnol), soit parce qu'elles appartenaient à l'un ou l'autre camp, soit parce qu'elles avaient des idées différentes sur le conflit. La série a été saluée par la presse, même de droite (la majorité des chaines du tv, journaux écrits et / ou digitaux en Espagne sont de droite ou d'extrême droite) et très bien traitée par la presse qui se présume (sans être) libérale et / ou de gauche.

PATRIA a réussi à être une série qui n'est pas terrifiant mais qui est dure, aussi dramatique que les années où ETA a agi dans toute l'Espagne. Et toujours dans le respect des victimes des attentats, il n'a pas hésité à inclure certaines atrocités que les forces de l'ordre ont commises avec les prisonniers. Certains disent que les scènes finales sont froides ... Je suis d’accord. Mais ils sont froids, angoissantes et tendues comme le sont les huit chapitres.

J'imagine les réalisateurs en traversant une fine ligne rouge tout au long du tournage dont ils ne pouvaient pas sortir sans être accusés de partialité. Parfois, l'équidistance relative, peut être très créative et n'offenser personne.

Bien qu'en dehors d'Espagne vous ne puissiez peut-être pas comprendre les années de douleur et de peur, beaucoup de peur, qui se sont écoulées en Espagne mais surtout en Euskadi depuis que l'ETA a fait sa première attaque en 1968 jusqu'à la dernière en 2010, n'arrêtez pas de regarder la série. C'est une œuvre d'art authentique

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