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Ping Pong par Skidda

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Je reviens de la planète Ping Pong pour délivrer un message.
Détournez-vous des magiciens trompeurs, brûlez les idoles !
Ecoutez la bonne parole des anges et leurs baskets qui crissent,
Admirez leurs exploits, les balles qui sous une note plastique bondissent.
Laissez-vous porter par leurs ailes et chantez leurs louanges.
Hero Kenzan ! Hero Kenzan ! Hero Kenzan !

Aujourd’hui, je propose d’allègrement encenser Ping Pong, une série affublée d’une étiquette sportive et d’un graphisme aussi créatif que peu aguicheur. Clairement, la combinaison a tout pour détourner les foules, mais ne vous méprenez pas car c’est une franche réussite : peu importe le genre et la couverture, un bon anime est un bon anime.

Plus que sur la discipline en elle-même, Ping Pong plonge davantage dans la psychologie et la maturation de ses personnages. Nous suivons une génération de joueurs qui en onze épisodes vont nous montrer leur expérience avec ce sport : aspiration professionnelle, passe-temps entre amis ou obligation suite à une pression familiale. La passion d’une vie a ses degrés et change avec le temps. Sous un air de conte initiatique, la série nous propose d’explorer ses teintes variées.

L’histoire est simple, tout comme ses pongistes, ce qui ne les empêche pas d’être le point fort de l’oeuvre tant ils sont attachants et humains. D’un Peco charismatique, prétentieux et sympathique, à un Smile asocial, sensible mais incisif, en passant par plusieurs figures secondaires comme Kong Wenge, héros arrogant et tragique, Ping Pong brille dans le développement subtil mais efficace de ses acteurs. Même la plus vieille génération, en retrait mais pas retraitée de l’intrigue, a droit à de très belles scènes.

Je ne suis pas un amateur de tennis de table et je mentirais en disant avoir compris toutes les subtilités des matchs et des raquettes. Il faut dire que l’aspect sportif est plutôt atypique dans Ping Pong. C’est en effet assez rare qu’une série de ce genre ne prenne pas le temps d’expliquer un minimum son sport. Mais croyez-moi, ce n’est pas nécessaire : apprendre sur le tas et comprendre les enjeux sont pleinement suffisants. Il faut aussi dire que sans être dépourvus du côté technique, la plupart des matchs voit leur essence capturée tout en images et en symboles, qui représentent les joueurs, leur style, et dramatisent leurs prouesses.

Un aspect sous-estimé de Ping Pong est son zeste humoristique très efficace, même si pas souvent présent. Entre la lettre d’amour du deuxième épisode et la relation Obaba-Peco, il y a suffisamment de petites touches légères par-ci par-là pour cimenter plusieurs personnalités à merveille en plus de créer quelques scènes très amusantes, dont le running-gag de monsieur Mer & co.

Il y a un côté très ambigu dans le message de Ping Pong, à la fois rempli d’optimisme et de cruauté. Pourquoi jouer au tennis de table, quand le talent nous manque ? Pourquoi continuer quand la victoire n’a aucun sens ? A travers les champs de bataille impitoyables que constituent les compétitions, chaque parcours est une quête, une expérience de vie où le joueur doit trouver sa voie, dans la défaite, l’héroïsme, l’amitié et l’amour du sport.

Les valeurs sont classiques, au contraire de leur présentation hors-norme que l’on doit en partie à Masaaki Yuasa (Kaiba, Mind Game) animateur et directeur pour cette série. Sa touche se reconnaît facilement dans le dessin très grossier, et les formes disproportionnées, ... un aspect chaotique qui permet une créativité plus grande dans les mouvements et les perspectives : les corps bougent plus librement et les décors aussi, le tout dans des angles de caméra folles. Le résultat est bien souvent très laid, perturbant et génial. On s’y habitue assez vite, et cette touche surréaliste permet d’autres effets de style bien cools, ainsi on n’est pas plus surpris que ça de voir des visages à la Picasso, un Smile tout rouge, ou bien des scènes changeant complètement de palette de couleurs en un instant.

Pourtant, il faut souligner que si la patte artistique de Masaaki Yuasa est bien présente, comme lors des longues séquences d’échanges du onzième épisode, Ping Pong est aussi, et avant tout, un manga de Taiyou Matsumoto (Tekkon Kinkreet), qui possède déjà un style particulier. Finalement, quand on compare avec ses autres oeuvres, on peut dire que Masaaki Yuasa s’est pas mal restreint pour cette adaptation, et le résultat n’en est pas plus mal. En revanche, plus que s’être restreint, Ping Pong apparaît aussi limité dans son budget, ce qui donne lieu à du recyclage d’animation et des séquences un peu trop pauvres en mouvements alors qu'elles auraient pu être spectaculaires. Dommage.

En tant qu’adaptation, sans m’étendre en détails j’ai personnellement adoré. Globalement, le monde de Ping Pong a été agrandi autant que possible, avec plus de personnages, une symbolique en images plus poussée, et davantage de développement lorsque c’était possible, Kong Wenge en profite pas mal notamment. Du papier à la version animée, la transposition n’est pas toujours réussie, et il est parfois difficile de rentrer dans quelques scènes tant certaines transitions s’avèrent très très abruptes, comme le début déboussolant de l’épisode cinq, ou bien le passage à la deuxième partie du match de l’épisode dix. Mais d’un autre côté, l’anime est parsemé de scènes de toute beauté, et je ne compte plus les petites touches de génie qui rendent le Ping Pong d’autant plus mémorable. Dans l’ensemble, excellent.

Autre ajout de qualité : les sons. Il ne faut pas sous-estimer l’importance d’une bonne ambiance sonore pour donner vie à une image, et celle de Ping Pong est particulièrement soignée, « plus vrai que vrai » lors des matchs. Les musiques sont vraiment bonnes, électrisante, ping-pongesque, énergique, parfois tendre et un peu mélancolique. Bilan tout aussi positif au niveau des doublages et on soulignera le début particulièrement réussi de Bun Yousei (Kong Wenge) dans l’animation.

Le style de Yuasa, aussi brillant soit-il, a tendance à créer une distance qui m’empêche d’apprécier pleinement les oeuvres sur lesquelles il travaille, comme ce fut le cas pour Tatami Galaxy. Mais Ping Pong, avec l’écriture et la structure narrative de Matsumoto, a été une joie sans retenue pour ma part. Très bons personnages, très bonne direction, chouette histoire et graphiquement rafraîchissant. Un incontournable.

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