Une mort sans fin

Avis sur Poupée russe

Avatar Théloma
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"Rien ne sert de mourir, il faut mourir à point" recommandait Jules Renard. Et à quoi bon mourir, pourrait ajouter l'héroïne de Poupée Russe, la nouvelle série Netflix, si c'est pour revivre éternellement le constat d'une vie ratée ? Car c'est bien ce qui arrive à Nadia, 36 ans, fêtarde invétérée, prise au piège d'une boucle temporelle ayant pour point de départ et d'arrivée sa propre soirée d'anniversaire. Huit épisodes menés tambour battant par l'énergique "poupée rousse" Natasha Lyonne (déjà vue dans Orange is the New Black).

Poupée russe a été comparée au film d'Harold Ramis, Un jour sans fin, où Phil (Bill Murray) revivait à l'infini "la Journée de la marmotte" dans le bled paumé de Punxsutawney. Il est vrai qu'on retrouve des motifs comparables entre ce film et la série d'Amy Poehler. Sur la forme par exemple avec le lancement de chaque nouvelle boucle temporelle par un morceau de musique, ici le Gotta get up d'Harry Nilson, clin d’œil au I got you Babe qui réveillait Bill Murray chaque matin. Mais surtout sur le fond. Nadia a-t-elle la main sur son destin ou est-elle éternellement condamnée par ses mauvais choix ? Contrairement à ce que supposent le titre et l'affiche, ce n'est pas tant d'emboitement dont il est question ici, mais plutôt d'enchainement, de schémas qui se reproduisent. Un peu comme dans les jeux vidéos que l'on rejoue sans fin et auxquels le scénario fait largement allusion. La question que pose la série est donc existentielle et ludique : Nadia pourra-t-elle échapper au cycle infernal dans lequel elle se retrouve prise, et par quel biais ? Et comme Phil dans Un jour sans fin, mettra-t-elle à profit chaque nouvelle "vie" pour améliorer sa situation ? Mais là où le film d'Harold Ramis composait sur cette trame une comédie sentimentale, Poupée russe s'avère plus sombre et plus féroce dans son analyse des relations humaines.

Pour Nadia, assez rapidement, la mort n'est plus seulement cette perspective lointaine mais un rendez-vous fatal dont elle devine l’imminence sans jamais pouvoir l'éviter. Et lorsqu'elle meurt pour la première fois, on ne sait si l'on doit s'en émouvoir ou en rire. Ce n'est qu'à partir du deuxième épisode - et de la mort suivante - qu'on perçoit plus clairement l'humour désespéré qui caractérise la série. Par la suite, les accidents mortels se succéderont jusqu'aux plus farfelus. Nadia mourant, mourant et mourant à nouveau...obligeant les scénaristes à décliner le thème à l'infini. Et amenant son personnage à craindre des objets aussi familiers qu'un escalier de maison ou une bouche d’égout. Mais paradoxalement, à trop embrasser la mort, celle-ci finit par lui être indifférente voire familière. Comme dans la scène tragi-comique de la chute d'ascenseur. Poupée russe déconcerte d'abord pour son côté hybride tant sur le genre (film fantastique/comédie noire) que sur le ton.

Mais la mort ne se réduit pas seulement à l'arbitraire d'un accident de voiture, d'une fuite de gaz ou autres attaques d'abeilles dans le métro. Lorsque l'histoire débute, Nadia est en quelque sorte déjà morte, du moins n'est-elle déjà plus vraiment vivante. Elle traverse la soirée d'anniversaire comme un fantôme, indifférente à ses amis. Par ailleurs, elle s'autodétruit dans une consommation excessive de substances en tous genres, et n'entretient pour seules relations affectives que des passades vite consommées, oubliées. Ce n'est qu'en rencontrant son alter ego et en s'intéressant à l'autre que Nadia trouvera le salut. C'est la leçon paradoxale que l'on peut tirer de cette histoire : passer par la mort pour réapprendre à vivre et renaitre de ses cendres pour se tourner vers les autres.
Une série prenante.

Personnage/interprétation : 7/10
Histoire/scénario : 8/10
Réalisation/musique/photo : 8/10

7.5/10
++

Critique originale publiée sur le Magduciné

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