"The sickest son of a bitch on the face of the earth"

Avis sur Profit

Avatar Fry3000
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L'éditeur français l'a compris en notant "l'intégrale de la série qui a choqué l'Amérique" : il faut vendre du choc ! C'est un des éléments phares de Profit, bouleverser le paysage audiovisuel. Comme beaucoup l'ont fait remarquer, Profit est une série en avance sur son temps, c'est ce qui fait qu'elle est si bonne aujourd'hui, et qu'à l'époque elle a été rejetée. Aujourd'hui, avec des séries comme Californication ou Dexter (surtout que celui-ci est très inspiré de Profit), l'immoralisme du personnage est accepté et même c'est ce qui fait qu'on les aime, et à l'époque de Profit c'est ce qui a dérangé, alors même qu'on est au même niveau, en dehors peut-être du fait que visiblement en ce temps on ne pouvait pas montrer de seins nus, même sur une chaîne câblée.
EDIT : Non en fait, même Hank Moody ou Dexter n'ont pu égaler Jim Profit. Ils gardent quand même une once de sens moral, pour faire plaisir à un public qui veut s'acoquiner mais pas trop, alors que Profit ne fait aucun compromis, c'est un connard et c'est tout, il n'a pas de limite, il ne cherche pas à faire le bonheur de sa fille ou à tuer des méchants, lui !

Dès le pilote d'1h30, la durée d'un film, Jim Profit embrasse passionnément une femme avant de lui dire "Hi, mom", juste avant une coupure pub. C'est apparemment le moment où une grande partie des spectateurs grâce auxquels l'audimat est mesuré ont éteint leur téléviseur.
Et encore, en fait c'est sa belle-mère, selon les souhaits de la Fox. De nos jours, ça passerait facilement.
Enfin, une belle-mère qui est une prostituée, se shoote à l'héro, et fait du chantage à son fils tout en continuant à entretenir une relation sexuelle avec lui.
Ce qui est marrant, c'est qu'alors qu'on comprend très bien que Bobbi est une pute, on ne dit jamais ce terme, tout comme on ne parle pas trop explicitement de sexualité et il n'y a aucune nudité complète dans la série. Ca ne retire en rien sa qualité à Profit, mais c'est marrant de voir comme la série était entre deux époques.

Parmi ce qui aurait provoqué l'annulation de la série aussi, c'est que Jim Profit ait été élevé dans une boîte en carton, avec une ouverture uniquement sur un poste de télévision. Je ne pensais pas que ce serait aussi direct, mais un personnage le dit, comme ça, "Il a été élevé par la télévision".
Via certaines répliques, la série présente le profil de plusieurs personnages dérangés : le frère que Pete décrit comme prêt à tout pour le battre, même se mettre des agrafes dans la tête et l'accuser lui auprès de leur mère, quand ils étaient gamins ; ou un prêtre pédophile qu'évoque Joanne, l'enquêtrice de la compagnie, qui par ailleurs a une soeur qui voulait l'étrangler dans son sommeil étant gamine.
En fait, tous les personnages ont leurs vices plus ou moins gros, et ceux-ci sont exploités par le plus dysfonctionnel et taré de tous : Jim Profit.
Sa belle-mère Bobbi est une bonne élève, mais personne ne l'égale.
Dès l'épisode 1, j'ai pensé trois choses :
1)Je me voyais déjà mettre 9/10 sur Senscritique.
2)Jim Profit est mon nouveau héros.
3)Jim Profit est nominé pour être le plus gros connard de l'univers.
Et c'est pas rien parce que jusque là dans mon classement il n'y avait que Freddy Krueger et Pennywise, deux méchants aux pouvoirs surnaturels.

Dans l'épisode pilote, on découvre que Profit a provoqué la mort de quelqu'un pour prendre sa place. Heureusement, par la suite, lorsque commence la série, le héros ne revient jamais user de procédés aussi simples et communs pour éliminer ses adversaires.
Jim Profit, c'est le roi de la machination, des complots, des calculs, des coups bas ; il est prêt à tout, vraiment tout, pour arriver à ses fins.
On le voit s'en prendre à quelqu'un avec qui il semblait bien s'entendre au début du même épisode, et il reste hypocrite en soutenant la personne une fois qu'elle est dans la situation de merde dont il est en réalité responsable. Et en plus, la victime dit que Jim va lui manquer.
Jim devient l'ami de son supérieur, Chaz, parce que ça l'arrange, il lui fait un sale coup, et en même temps on le prend pour un "sauveur".
N'étant pratiquement pas humain, Jim Profit ne semble pas avoir d'émotions, de sentiments, et il m'est d'avis que tous ceux dont il fait preuve sont faux. Toutes les relations qu'il établit en tout cas, elles sont pensées de sorte à lui servir par la suite.
Quand il "rend service" à Gail Konner, il s'achète en fait une faveur, et le pire c'est qu'après elle tombe dans les bras de Jim pour être réconfortée.
Il la promeut en faisant d'elle son assistante ensuite ; mais est-ce un bien ?
Gail m'a paru oublier un peu vite sa morale au départ, devenant vite l'assistante parfaite de Profit, mais heureusement il y a un épisode qui se penche sur elle et traite de ces traces de remords qu'elle peut avoir, et qu'il faut effacer.
Jim, en... gros connard qu'il est, la teste. Et elle "réussit" ce test, quoique je pense que tout était sous contrôle pour Jim Profit et qu'il considère qu'elle a passé le test alors qu'il devait savoir depuis le départ comment elle réagirait, à savoir qu'elle ferait ce qu'il veut. Car Jim Profit prévoit tout, ses plans sont sans faille. Du coup, Jim Profit n'est pas seulement un monstre, il transforme aussi les autres en monstres, en se servant d'eux, en jouant avec leurs émotions et leurs défauts.
Il fait ça avec son assistante, mais aussi sa maîtresse, qu'il pousse indirectement à laisser mourir quelqu'un. C'était tellement bon, l'aboutissement de ce plan machiavélique et recherché de Profit, que j'ai applaudi, bluffé.

La série aurait peut-être exploré la question plus tard, mais je ne pense pas que Profit soit honnête avec son assistante non plus, aussi fidèle et serviable qu'elle soit, car bien que Profit ait l'air de la prendre sous son aile, fier de la voir réussir son "test", il lui ment, comme à tout le monde, du moins c'est ce que je pense quand on le découvre au chevet de la mère de Gail, disant qu'il vient la voir régulièrement. Evidemment, on le voit faire ça juste avant qu'il ne réclame à Gail un service.
Elle ne s'en rend peut-être pas compte, ou alors elle se leurre, ce qui est normal car le doute n'est pas levé même pour le spectateur, mais Jim Profit n'a certainement d'affection pour personne, et ce qui peut ressembler à de l'attachement n'est en fait, encore une fois, que le résultat de calculs dans son intérêt.
Jim Profit se force à se montrer sympathique avec certains, à séduire, en un sens il se fait violence, ce que je mettrais en lien avec la fois où il se fait souffrir volontairement pour passer un test au détecteur de mensonges. En ce sens, je le comparerais à Madame de Merteuil dans les Liaisons dangereuses, qui "se fait violence", et assimile la douleur d'une fourchette plantée sous ses ongles à celle qu'elle subit en se montrant aimable avec certaines personnes, par hypocrisie.
En tout cas les deux sont des calculateurs, et je vois très bien Jim Profit comme un Merteuil, ou un Valmont, au 20ème siècle.

"The sickest son of a bitch on the face of the earth", c'est comme ça que Joanne, l'enquêtrice de G&G qui met souvent des bâtons dans les roues de Profit, décrit ce dernier. J'aime sa vision des choses.
Et de la part de Sykes, on a droit à ce questionnement, qui résume bien les choses : "C'est à cause de Profit ?"
Mais tout est à cause de Profit ! Et Pete Gracen, naïf, de répondre "Profit n'est au courant de rien". La bonne blague !
En fait en VO Sykes dit "did Profit get to you ?", mais je trouve que l'erreur des sous-titres FR donne une phrase à la signification plus juste.
Ce qui est génial, et sans quoi la dépiction de Profit ne marcherait pas aussi bien, c'est qu'alors qu'il agit comme un énorme connard envers tout le monde, la moitié le considère comme un bon employé, un ami, voire un amant.
Il y a cette réplique marquante dans l'épisode 1 : comme Profit est le nouvel employé dans le service, le boss lui dit "donc vous êtes le seul ici à qui je peux faire confiance". Mais en réalité, avant même d'être entré dans ce service, Profit a déjà foutu la merde pour son propre bien.
Et en plus de tromper tout le monde, et d'échapper aux accusations, d'un coup de "si je peux me permettre..." il rajoute une couche de culot pour faire une proposition en sa faveur, ce qui veut aussi dire généralement en la défaveur de quelqu'un d'autre.
Voilà, ça, c'est Jim Profit.

Il se passe tant de chose dès le pilote, et déjà là j'attendais de voir ce que ferait Jim Profit, quel serait son prochain coup bas.
Ce que j'aurais reproché à un certain moment, c'est que les scénaristes font tout pour arranger le protagoniste : dès qu'il a un adversaire, Profit connaît ses défauts, et a de quoi le manipuler ou le faire chanter. Quand on apprend que Joanne va voir un psy, voilà qu'on apprend aussi que Profit a mis le médecin sous écoute depuis 2 mois et il sait qu'il a couché avec 5 patientes, dont 2 internées.
On ne sait pas parfois comment il obtient ses infos ; quand Sykes appelle un policier, on ne sait pas comment Profit peut rappeler Sykes juste après en connaissant l'objet de la conversation qu'il vient d'avoir.
Ce qui fallait au bout d'un moment, c'est de voir Profit avoir des failles lui aussi, et ne pas réussir automatiquement, mais c'est un peu le cas dans l'épisode 7, bien que d'ici la fin de l'épisode il a réussi à se venger d'une traître et éviter le pire.
On pourrait reprocher un peu de facilité à la série : pour faire comprendre au spectateur qu'un homme a probablement tué sa femme, on a droit à un policier qui dit que personne ne l'a interrogé, et juste après fait remarquer comme c'est bizarre que tout le monde ait dit que sa femme était une bonne nageuse, alors qu'elle est morte noyée. Ils sont un peu cons, ces policiers...
J'ai aussi lu sur internet quelqu'un parler de la pauvreté psychologique des personnages. J'aurais pu m'accorder là-dessus au début pour Gail, avant qu'on ne découvre ses hésitations lors du "test", mais ça doit surtout s'appliquer à Profit.
Avec le recul, je me demande ce que doit être la motivation de ce personnage, qui est une coquille vide de toute émotion. L'argent ne devrait pas être une de ses préoccupations. On n'est pas sûr non plus que son motif soit la vengeance... Non, en fait, on ne sait pas. Peut-être qu'on en aurait su davantage plus tard dans la série.
Et il faut aussi se demander comment Profit peut avoir le temps de bosser, en plus de manigancer en permanence, mais de toute façon dès le départ je n'ai pas pris Profit comme une série réaliste, sans quoi justement elle n'aurait pas pu bâtir ce personnage immense de connard ultime. Car pour arriver à un tel niveau, il faut dépasser les limites du possible.
Et puis, heureusement que la série se concentre uniquement sur les machinations de Jim, sans quoi dans ce monde de l'entreprise, j'aurais été perdu par les intrigues, or au contraire Profit est une série très facile à comprendre malgré le contexte dans lequel se place l'action.

La série a aussi un peu vieilli, par exemple les CGI qui modèlent le bureau en 3D sont un effet moche et ridicule en plus d'être assez peu utile, et il y a des détails qui tuent, comme les cheveux en bataille de Profit quand il est posé, chez lui, qui sont trop fakes et qui donnent vraiment l'impression de dire qu'un assistant a passé sa main dans les cheveux d'Adrian Pasdar exprès pour qu'il ne soit pas bien coiffé.
Et le fait qu'il ne faille pas montrer de nudité donne des résultats un peu bizarres des fois, comme lorsqu'un objet reste dans le cadre au premier plan tandis que Jim se déplace tout nu dans son appart. Est-ce qu'Austin Powers s'en serait inspiré ensuite ?
En tout cas ça ne m'a nullement empêché d'apprécier pleinement Profit, dont le fond, et l'aspect machiavélique de ses intrigues, n'ont pas pris une ride.
Faudrait aussi que je félicite les acteurs, tous vraiment bons. Adrian Pasdar est parfait pour jouer Jim Profit : il a un air classe mais sévère, un regard expressif, et une mâchoire bien carrée qui donne l'impression de quelqu'un qui domine, prêt à écraser les autres, à les dévorer.
J'ai bien aimé Lisa Darr dans le rôle de Gail, et Keith Szarabajka en tant que Chaz, surtout qu'à un moment ou un autre ils montrent une facette différente et inattendue de leur personnage qui ne résume plus leur jeu à une seule expression austère ou sérieuse.

Je me suis dit à un moment que si la série avait continué, elle aurait eu du mal à la longue à se renouveler et à rester au même niveau, notamment si il n'y avait pas plus de challenges de plus en plus compliqués pour Jim Profit, mais si la série avait réussi, elle serait facilement devenue une de mes favorites.
Mais comme elle a été abrégée, elle laisse une très forte impression, et demeure comme une promesse de quelque chose qui aurait pu devenir encore plus génial.
Pendant 5 jours, j'ai été accroché par cette série, et je sens que Jim Profit va me manquer, non pas comme un personnage auquel on s'est attaché, car je ne sais pas si c'est possible avec quelqu'un d'aussi antipathique, mais plus comme une figure d'idole qu'on aime voir agir régulièrement. Tellement c'est un gros connard, vous savez...
J'aurais souhaité que les scripts des épisodes suivants soient disponibles sur internet, mais ce n'est pas le cas je pense ; il faut donc se rabattre sur les grandes lignes dévoilées par les créateurs de la série dans des commentaires audio absents des DVD français, mais qu'on peut lire sur wikipedia :
http://en.wikipedia.org/wiki/Profit_(TV_series)
Jim Profit devait devenir un personnage de la série Angel... putain rien que pour ça je crois que j'aurais regardé Buffy puis Angel...

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