Comment faire une série sublime en 6 épisodes

Avis sur Rectify

Avatar Nolwenn-Allison
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Rectify, c'est l'histoire d'un type, Daniel Holden, accusé et condamné pour le viol et le meurtre de sa petite amie. Emprisonné à 18 ans, il n'est relâché que 19 ans plus tard. Et ce laps de temps n'est pas négligeable : sa famille, ses anciens camarades de lycée, sa ville, tout ce qu'il connaissait a changé. C'est dans ce nouveau monde le pensant toujours coupable qu'il doit se reconstruire.

Commençons par l'aspect technique. C'est parfait, de bout en bout. Le meilleur moyen de s'en convaincre, c'est de checker le générique : rien qu'avec ces quelques secondes, on constate de un, que l'image va être extrêmement travaillée, et de deux qu'auditivement, ça va être un régal. La mise en scène, les plans ont été choisis avec subtilité et précision, livrant ainsi de superbes images mais qui ne se contentent pas d'être seulement magnifiques. Le but n'est pas de faire du beau pour du beau, comme il est de coutume quand on veut se lancer dans une création "esthétique", mais de raconter, véritablement. Les mots ici ne seront d'aucune aide au spectateur, la parole étant assez rare. Pour contrebalancer, la musique est omniprésente et obnubilante. A l'instar de l'image, elle sert de support à l'émotion que veut retranscrire le réalisateur. Elle est toutefois suffisamment belle en soi pour qu'on puisse l'écouter, indépendamment de la série. Les chansons choisies sont également marquantes et si d'aventure vous les écoutez à part, vous vous rendrez compte que les scènes de la série vous reviennent facilement.

Niveau casting, pareil, il n'y a rien à redire. Aden Young, qui incarne Daniel, devait pourtant relever un challenge assez difficile. Son personnage est bousculé par une multitude de sentiments et est, de fait, très difficile à cerner, déjà pour le spectateur, mais d'autant plus pour son interprète, je pense. Pari réussi : Young réussit à retranscrire ce mélange d'innocence, de souffrance, de bouleversement tout au long des six épisodes. Abigail Spencer (Amantha), avec son air baba cool, est mine de rien, elle aussi, un personnage complexe : heureuse de retrouver son frère, ne voulant plus le lâcher pour rattraper le temps perdu, elle se heurte tout de même aux conséquences de cette libération, tant au niveau de ses relations avec son frère qu'au niveau de la ville, et tente d'en dissimuler les impacts. Clayne Crawford joue l'odieux demi-frère qui a bien profité de l'emprisonnement de Daniel et qui ne veut pas lui laisser ne serait-ce que le quart de la place qu'il tenait avant, tandis qu'Adelaide Clemens, qui incarne sa femme, est un petit peu l'éclat de pureté dans une ville rongée par l'amertume et la vengeance.

Si on peut penser de prime abord que la série ne serait qu'une critique de la peine de mort aux States, il n'en est rien. Certes, Rectify ne délaisse pas le judiciaire en poursuivant l'enquête sur la mort d'Hannah Dean, mais cette intrigue est somme toute assez secondaire, ce qui permet de se concentrer sur Daniel et sur les thématiques qu'amène sa libération. La liberté, pour commencer : Daniel est-il vraiment libre ? Est-ce que le regard des autres n'est pas la prolongation de sa cellule ? La liberté est-elle vraiment un phénomène physique ? (En cela, je trouve que Rectify est une sorte de contre-Evadés :même si Aden Young a un petit côté à Tim Robbins et que leurs personnages ont vécu dix-neuf ans d'incarcération, dans Rectify, la sortie ne se fait pas sous la pluie de la délivrance car elle ne signifie strictement rien de nouveau, le changement de statut de Daniel n'étant que physique et non pas psychologique). Tout ça sonne très dissertation de bac de philo, mais la série nous amène vraiment à nous poser ces questions. Ce n'est pas le seul thème de la série, qui traite également de la vie, de la mort, mais c'est celui qui m'a vraiment interpellé et je pense que ce ne sera pas le cas de tout le monde. Rectify reste très ouvert et on peut y voir ce que l'on veut, mais jamais avec certitude : la série stagne sans cesse dans le flou permanent, la conduisant ainsi à un rythme que je qualifierai plus d'incertain que de lent. Les réponses aux questions que je me suis posée en visionnant les épisodes ne sont à aucun moment absolues et lorsqu'elles tendent à l'être, une scène pourra tout faire vaciller. Le seul fait d'établir ou non l'innocence de Daniel est déjà difficile à déterminer, c'est dire à quel point toutes les pistes sont brouillées.

C'est bien parce que la série, outre son aspect contemplatif, ne nous donne pas la main et nous laisse libre interprétation sur ce qui se passe sous nos yeux que Rectify mérite d'être regardé. L'intrigue en soi est superflue, bien que prenante, car la série a vraiment pour vocation de nous transmettre certaines émotions et surtout, de nous faire réfléchir, sans nous conforter à un seul moment dans une voie. En gros, Rectify, c'est beau, subtil, intelligent.

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