De la YA fantasy, mais en bien

Avis sur Shadow and Bone : La Saga Grisha

Avatar Saidor
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Les séries fantasy se multiplient ces derniers temps. Féru du genre, je ne peux que saluer le principe, toutefois je dois tempérer mon enthousiasme face à l’acceptation de l’âpre réalité : c’est un exercice ardu. Car la magie imprégnant ces mondes imaginaires se doit d’être bien représentée, car un travail doit être fourni sur la construction de l’univers et les décors, car surfer sur une tendance risque de nous donner des œuvres motivées par des ambitions mercantiles en lieu et place de la passion.

D’autant que le genre de la « YA fantasy », s’il possède ses fans (et c’est très bien ainsi), cible plutôt un public adolescent/jeune adulte comme son nom l’indique, avec les choix et tropes que cela implique. Voilà pourquoi la série Cursed, par son accumulation de clichés et son manque de maîtrise, m’avait déçu.

Shadow and Bones se veut aussi être de la « YA fantasy », mais à la différence du précédent exemple, la série est adaptée de livres ayant reçu des critiques très favorables. Moi-même, j’ai lu la duologie Six of Crows, que j’avais plutôt apprécié malgré le surplus de romance et le côté « Gary-Stu » de son protagoniste principal, Kaz. Ici, cependant, une décision surprenante a été faite : il ne s’agit pas seulement de l’adaptation de la trilogie « Grisha » mais aussi de « Six of Crows ». Il y a eu donc volonté d’entremêler deux histoires et deux groupes de personnages séparés. Et cela est déjà original puisque se sont enchevêtrés des sensations de familiarité et de découverte de l’inconnu.

De quoi cela parle, donc ? D’une part d’Alina Starkhov, soldate de la première année de Rakka, une puissante nation inspirée de l’empire russe, qui se découvre des pouvoirs de « Grisha », les mages de cet univers. D’autre part une bande à Ketterdam, composée de Kaz, Inej et Jesper, bien que d’autres soient censés les rejoindre par la suite, impliquée dans la criminalité organisée locale et tentant de s’en sortir en acceptant une mission difficile. Des histoires séparées de prime abord, mais qui se rejoindront d’une façon assez surprenante pour quelqu’un comme moi n’ayant lu qu’un livre sur deux.

Plusieurs codes de la YA Fantasy caractérisent cette série : des personnages pour la plupart jeunes, beaux et propres (physiquement et souvent moralement), un accent assez prononcé sur les romances (cela reste supportable sauf lors d’un épisode qui en abuse) et une emphase sur les élus et l’héroïsme en général. Certains défauts sont-ils inhérents au genre ? Ce que je sais, c’est que ce format risque donc d’en rebuter plus d’un.

Cependant, pour poursuivre la comparaison, je pense que Shadow and Bones réussit là où Cursed a échoué, et parfois il ne suffit pas de grand-chose. Juste d’un casting bien trouvé et interprétant comme il faut leurs personnages, d’effets spéciaux propres (hormis l’effet de lumière Grisha de temps en temps) et d’un effort axé sur l’immersion et le rythme des péripéties.
La force de Shadow and Bone est indubitablement son univers. J’affectionne la fantasy d’inspiration médiévale, toutefois il faut bien reconnaître qu’elle a été abondamment explorée, aussi est-il plaisant de découvrir de nouveaux horizons. S’inspirer du 18e siècle, et plus précisément de l’empire russe et d’Amsterdam, apporte une bouffée d’air frais face au « Moyen-Age anglais et nordique », bien qu’un peuple inspiré des vikings semble toujours faire partie des quotas. C’est une époque où déjà la technologie a évolué, notamment pour les armes à feu, donnant un statut particulier aux Grishas, mais aussi qui ne peut être confondue avec du steampunk puisque la technologie de transport à vapeur/moteur n’existe pas (encore ?). Un effort important a été fourni dans la réalisation du décor, renforçant la crédibilité de la série : rien ne sonnait faux, tout paraissait naturel.

Sans se démarquer par son histoire, mais par son univers unique et ses personnages intéressants (pour la plupart), Shadow and Bones s’avère un mélange intéressant de quête épique, de polar et de drame, mâtiné d’une once d’humour, et ça a suffi pour me plaire.

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