«This is not going to be a very good show tonight. And I think you should change the channel.»

Avis sur Studio 60 on the Sunset Strip

Avatar Nushku
Critique publiée par le

- You've covered presidential campaigns, you've covered presidents, you've covered wars. What are you writing about a TV show for?
- I'm writing about it because what's happened here is important. I think what's happening here is important. I think popular culture in general and this show in particular are important.

Réponse claire et précise d'Aaron Sorkin à la question légitime du téléspacteur. Idéal proprement sorkinien, penser que les networks peuvent, doivent, ne pas courber l'échine face au diktat de l'audimat mais au contraire poser un certain standard, chercher à élever le niveau et ne surtout pas se laisser distancer (d'avantage) par le cable car, non, l'audience n'est si pas stupide qu'on aimerait souvent le croire. Dans les premiers épisodes, un scénariste veut proposer une série sur l'ONU à HBO et aucun des deux parties, ni ce jeune scénariste, ni les pontes de NBS ne songeraient une seule seconde à tenter de réaliser ce projet qui serait alors, sans nul doute mort-né et seule la nouvelle directrice des programmes, jouée par Amanda Peet, tentera de l'imposer sur sa chaîne.

Un bel idéal. Oui, d'accord. On peut y adhérer pleinement, rêver de NBU ("National Broadcasting Utopia"), ce n'est pas pour autant qu'il est facile, au premier abord, de se laisser prendre de passion pour les enjeux de Studio 60 et du sort de son SaturdayNightLive-Like, surtout après sept saisons à la Maison Blanche à suivre le président des Etats-Unis et toute son équipe littéralement remodeler la face de la planète. Sorkin, lui-même ne semble guère convaincu... pour preuve, un bon quart, si ce n'est la moitié de la série est alloué aux intrigues amoureuses et à du suspense indépendant du show !
Aussi, et surtout avec une seule et unique saison, n'a-t-elle pas réellement le temps de creuser bien profondément les coulisses promises, de l'écriture des sketchs acides du show jusqu'à la diffusion en direct, en passant par tous les corps de métiers, par tous les étages de tensions et d'oppositions au sein du studio et du building NBS. Au contraire, elle s'éparpille un peu trop et peine à calibrer le curseur entre l'envers concrêt du décor et ses personnages, bâclant souvent la partie "écriture" pour étalier la partie à l'eau de rose. Les frasques amoureuses sont vraiment trop présentes et bien trop pesantes, aussi attachants soient les personnages, le duo Perry-Whitford en tête. Pour la petite anecdote, le différent religieux entre Matt et Harriett est inspiré de la propre relation amoureuse de Sorkin avec Kristin Chenoweth a.k.a la petite blonde à la voix stridente de The West Wing (sans parler de ses problèmes de drogues : il faut bel et bien voir Sorkin dans Matt).

La dynamique toute sorkinienne se révèle donc toujours dans les affrontements plus ou moins larvés au sein d'une équipe bigarrée et partant, on retrouve les choix cornéliens de personnages entiers, voire de têtes brûlées, de devoir faire des compromis sans se laisser compromettre.
Mais, en fin de compte, ce mouvement se trouve tué dans l'œuf : personne ne vient poser une opposition réelle, tenace. Pas même le patron de la chaîne qui, s'il est au départ présenté comme l'obstacle majeur saura très vite mettre à jour son cœur d'or. Dès lors, toute la pression attendue entre la chaîne, les producteurs et les auteurs prend relief dans les flashbacks quand, dans le présent, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, ou presque.

Mise à l'antenne sur NBC la même année que 30 Rock, c'est la série de Tina Fey qui sera reconduite pour l'année suivante et celle de Sorkin/Schlamme annulée en raison d'une baisse significative des audiences. Rideau.
Assurément, Studio 60 est intéressante, attachante et reprend une grande part des qualités d'A la Maison Blanche (mais annonce déjà une bonne part des défauts de the Newsroom) et ses faiblesses trouvaient pourtant une solution dans un simple redosage d'ingrédients. Aaron Sorkin aurait-il alors fait comme le jeune scénariste : abandonné les networks pour se tourner vers les lampions d'HBO avec the Newsroom ?

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