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Avis sur Studio 60 on the Sunset Strip

Avatar Dalecooper
Critique publiée par le

Une série crée par Aaron Sorkin, ça se reconnaît par sa peinture sans concessions des coulisses du pouvoir, par ses dialogues percutants débités à la mitraillette par des personnages consistants et dotés d'idéaux insubmersibles. Évidemment, tout ça ça a donné The West Wing, mais aussi Studio 60, clairement plus méconnue.
La faute surement à un arrêt prématuré après une seule saison.
Mais justement, l'un des nombreux charmes de la série est son statut kamikaze, profitant de sa courte existence pour pleinement s'exprimer.

En effet, à l'époque de sa diffusion, la série a du constamment affronter de mauvais taux d'audiences et des pressions sur son fond acide, poussant un peu trop souvent aux gouts des diffuseurs son analyse clairvoyante et sans pitié du milieu télévisuel.
Ce combat contre la médiocrité ambiante, pour la liberté d'expression et la quête d'accomplissement artistique, c'est précisément celui que les personnages défendent, envers et contre tous.
Ainsi, la patronne de la chaîne Jordan MacDeere prend vite conscience, tout comme Sorkin, qu'elle ne pourra occuper son poste qu'un temps avant de voir les requins des consortiums la remplacer, et qu'elle doit en profiter.
A elle de refuser les télés-réalités sordides qu'on tente de lui imposer, à elle de convaincre un créateur que sa série a sa place sur sa chaine publique, et pas sur HBO, précisément pour imposer un nouveau standard de qualité.
A elle, enfin et surtout, d'introniser Matt Albie et Danny Tripp comme les nouveaux patrons du Studio 60, équivalent du Saturday Night Live, pour redonner ses droits à un humour sans concessions sur les grandes causes que sont la politique et la religion.

C'est un retour aux sources pour Matt et Danny, ayant quittés le Studio 60 il y a cinq ans à cause de « Crazy Christians », leur sketch controversé sur les fondamentalistes religieux. Et c'est précisément ce sketch qui, une nouvelle fois censuré par la chaine, fait péter les plombs au directeur du Studio, Wes. Il s'était écrasé il y a cinq ans, mais ne tient plus cette fois, et interrompt l'émission pour improviser un long monologue stigmatisant la bassesse contemporaine de la télévision.
Ce cri de rage ouvre la série, donnant tout de suite une indication de la liberté de ton suicidaire de la série.

Matt Albie décrit la qualité principale d'un des scénaristes de l'émission comme ceci: il traite l'humour avec sérieux.
Précisément l'approche de Sorkin.
Il transpose les composantes de The West Wing dans un cadre burlesque: aux membres de l'administration Bartlet débâtant sur les conflits géo-politiques succèdent les comiques du studio 60 s'efforçant de livrer chaque semaine une émission satirique.
On se concentre toujours sur une équipe soudée cherchant à accomplir leurs idéaux, sur les répercussions que les éléments extérieurs (l'actualité politique, les pressions de la chaine, les impondérables) entrainent sur leurs relations.
Les sketchs que tentent de mettre en place les artistes servent de miroir à leurs convictions les plus profondes: sont entre autres abordés la religion, le patriotisme, le racisme, le devoir de coller à l'actualité.
Le climat de flicage post-11 Septembre est clairement critiqué, les censures exercées par la chaine courant le long de la série.
Le maccarthysme est traité de manière touchante avec l'apparition de cette vieille ganache d'Eli Wallach en vieux scénariste blacklisté.
Mais le débat central est celui sur la religion, élément de dispute empêchant Matt et sa collègue dont il est fou amoureux, Harriet Hayes, de s'entendre. Harriet est une fervente croyante, ce qui ne cesse d'agacer Matt et de le pousser à la provoquer. Ces disputes étant d'ailleurs compilées dans l'avant-dernier épisode de manière épique, se concluant par Matt geulant « Je ne peux pas croire que nous ayons cette dispute depuis...deux siècles! »

Il y a donc dans la série cet élément ô combien classique, mais traité avec brio, un fil rouge sentimental, dépeignant la relation tumultueuse de Matt et sa muse Harriet.
Une relation faite de ruptures, de dissensions profondes et, presque toujours, de respect mutuel.
Quelques pics de tension sont franchement superbes, notamment leur roucoulade pendant l'apparition live de Sting, jouant leur chanson à la demande de Matt. Leur diner électrique lors d'un gala de charité est lui aussi mémorable, Harriet décidant de tout déballer et d'en finir une fois pour toutes (ou pas).

On voit bien que l'humour est le baromètre pour juger les relations des personnages, leur état émotionnel.
C'est pour se faire remarquer aux yeux d'Harriet que Matt se met à lui écrire des sketchs, les lançant tous les deux professionnellement.
Quand Matt, après une rupture apocalyptique avec Harriet, ne parvient plus à faire rire une assemblée, la chose la plus évidente et naturelle pour lui, on comprend qu'il est vraiment dévasté.
C'est l'humour, l'importance que Tom accorde à l'histoire de l'art comique, qui montre sa relation distante par rapport à ses parents, qui n'y connaissent rien. Et c'est grâce à un vinyle d'un sketch de Groucho Marx qu'il offre à son père qu'il trouve le courage de lui dire qu'il l'aime, dans un moment franchement poignant.

On notera que la série aborde avec pudeur le sujet délicat de la drogue, Matt devant un temps, comme l'ont eux-mêmes fait Aaron Sorkin et Matthew Perry, recourir à des substances pour pouvoir continuer à travailler.
En effet, comment tenir autrement lorsqu'on tient un show hebdomadaire? Comment réussir à être drôle lorsqu'on est soi-même dévasté psychologiquement?
Le prix à payer est abordé sur un mode fantastique étonnant dans l'ep 15.

La mise en abime de la série, présente tout du long, sera accentuée vers la fin.
L'épisode 17, tourné après un hiatus devant laisser le temps à la chaine de statuer sur l'avenir de la série, pour finalement décider de l'annuler, se fait remarquer par l'absence de son duo principal, geste de protestation cinglant contre le destin de la série.
Dès lors, les membres du studio 60 se soucient encore plus explicitement des sondages, des taux d'audiences, craignant de ne plus avoir de travail la saison prochaine. Lors d'une réunion juste avant le show, le cast, en ronde, se souhaite bon courage en pleine tempête. Simon prend la parole pour exprimer sa satisfaction d'avoir l'opportunité de travailler encore une fois avec ses collègues, même si cela n'est pas amené à durer.

D'un point de vue technique, Sorkin a refait appel à certains piliers de The West Wing, aboutissant à une image soignée et une réalisation acérée et par moments virtuose.
Le plus notable de ses collaborateurs est peut-être le réalisateur Thomas Schlamme, qui réussit comme nul autre à transposer avec sa caméra les scénarios de Sorkin. Leur collaboration avait déjà donné lieu aux meilleurs épisodes de The West Wing, il en est clairement de même ici,

Devant trancher entre Studio 60 et 30 Rock, les programmes dépeignant tout deux les coulisses rocambolesques de la télévision, la chaine a choisi 30 Rock.
Avec un format sitcom moins coûteux et un traitement radicalement différent, plus immédiatement efficace, c'est un choix compréhensible, mais néanmoins regrettable.
Malgré des qualités difficilement contestables,30 Rock reste une vitrine plus acceptable, moins nocive, pour la chaîne.

Il ne faut pas non plus oublier que Studio 60 n'a rien à envier à 30 Rock dans le registre comique, elle a elle aussi ses grands moments d'humour burlesque.
Bien que ponctuels dans cet environnement bavard et sophistiqué, ils sont d'une simplicité et d'une efficacité absolument redoutables (Tom en costume de Homard Géant qui cherche sans succès un stylo sur lui, le réalisateur qui veut casser une noix de coco mais parvient surtout à défoncer en deux le bureau des scénaristes, Tom et Simon qui décapitent par jeu une poupée de bébé, Matthew Perry....dès qu'il apparaît à l'écran).

Au final, une série magique avec un capital sympathie énorme, qui a du cœur et vous fait rire tout en vous donnant l'impression d'être intelligent.

Studio 60 est mort, longue vie à Studio 60 !!!

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