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The Closer : L.A. Enquêtes prioritaires par Tibère Lechat

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Critique publiée par le (modifiée le )

La série policière, au départ, c’est quand même pas très jouasse. Des gens qui parlent, des intrigues longues, des preuves compliquées par paquets de douze.
Et vinrent alors les années 2000. Et les Experts, qui se sont dit : mais en fait, qu’est-ce que ça fait si on filme une enquête comme un film d’action ? Et ce fut la révolution, avec des tonnes de séries qui se sont engouffrées dans la brèche, entre spin-offs calamiteux (Horatio Caine, c’est à toi que je pense), et nouvelles institutions qui commencent à sévèrement prendre la poussière (Les Experts post saison 9, NCIS, j’en passe et des meilleures), chacun jouant dans la surenchère, qui dans l’action, qui dans le sordide (Esprits Criminels, c’est à vous que je pense).

Mais The Closer, lui, n’a pas pris ce virage. The Closer est une série policière posée, qui gère très bien son rythme, et qui est surtout pleine de qualités.
Déjà, avoir centré l’ensemble sur des interrogatoires est une excellente idée. Surtout lorsque ces interrogatoires sont conduits par Brenda. Brenda, le personnage principal, et oh non de dieu quel personnage. Une infecte manipulatrice à la fois girly et rigide au possible, qui arrive pourtant à être, si ce n’est sympathique, du moins captivante, grâce à l’interprétation de Kyra Sedgwick – qui fait durant sept saisons sa meilleure imitation de Julia Roberts –, et au sublimissime doublage français. Le personnage est déjà savoureux, mais il devient génial dans les scènes d’interrogatoire, surtout au rythme des excellents dialogues de la série.
Parallèlement, on la suit dans sa vie personnelle, dans des scènes pas désagréables, mais en général bien en-dessous du reste de la série. Mais elle a un chat trop mignon, donc ça compense.

Tant qu’on parle de points faibles, les personnages secondaires sont pas tous très bien développés. Il y a deux poids de mesures, avec d’un côté ceux qui sont très bons : le chef de la police (mais bon, c’est J.K. Simmons, hein, il ne peut être que très bon), le lieutenant black, le commandant Taylor et son sourire qui donne l’impression qu’il se sert de chatons comme cure-dents, Provenza qui est à mourir de rire dès qu’il est à l’écran. Et de l’autre, ceux qui sont surtout là pour faire toile de fond : la petite ami du lieutenant, le latino qui ô stupeur s’appelle Sanchez, le chinois et le pourri de service. Ah, et le petit ami de Brenda est le personnage le moins intéressant de toute la série.
EDIT : en fait, ça s'améliore largement à partir des saisons 3 et surtout 4, notamment au niveau du petit ami. Et ils prennent la peine de lourder l'inspectrice Daniels, qui pour le coup restait vraiment fade, à la fin de la 4.

Mais quand même, malgré des personnages pas toujours captivants, le réalisme de la série reste une plus-value incontestable. Et comme il n’y a pas d’effet de surenchère, pas de serial killer à tous les épisodes, la violence de certaines scènes est vraiment tangible. Qui plus est, le scénario s’inscrit dans la réalité, et traite des thèmes sociaux avec tellement plus de respect et d’intelligence qu’aucune autre série policière actuelle, que ce soit la guerre des gangs (le sublime épisode 3-02), la crise financière, les guéguerres puériles entre agences …
Définitivement, The Closer est une excellente série, qui prouve que la sobriété et l’académisme peuvent être des qualités quand il y a du talent derrière.

(Attention, vous entrez maintenant en ZONE SPOILERS)

Saison 1 : 7,5/10
Un début très sympathique pour la série, avec plusieurs épisodes très forts (le pilote, le 4, le 9). Brenda se pose directement comme un personnage génial, qui assume à la fois sa position de pouvoir et sa féminité. Sa vie personnelle prend finalement assez peu de place dans cette première saison, et c’est pas plus mal. Par contre, quelques épisodes restent un peu plan-plan, surtout comparés au trio magique cité plus haut ; le final manque pas mal de force, avec une intrigue franchement pas terrible, mais deux scènes hilarantes, une avec Brenda et l’autre avec Provenza, qui ne bénéficie malheureusement pas encore d’assez de temps d’écran.
L’acceptation progressive de Brenda et de ses méthodes par son équipe est très bien gérée, avec ce qu’il faut de finesse.

Saison 2 : 6/10
Bien en dessous de la première, et c’est un euphémisme. Les intrigues amoureuses de Brenda prennent de plus en plus de place, les personnages secondaires ne subissent aucune évolution, et même les intrigues des épisodes semblent ternes. Sauf le 5, qui est un splendide Provenza show de quarante-cinq minutes (aaargh le bonheur).
Par contre, ce qui sauve cette deuxième itération, c’est l’arc final, avec un épisode 13 plutôt sympathique, qui s’offre un retournement de situation bien trouvé, et qui débouche sur un final en deux parties étrange mais de très bonne facture. Étrange, parce qu’on tombe totalement dans l’espionnage à la place de l’investigation – une scène d’ailleurs fait très fortement penser à la Taupe –, mais la qualité reste là.
En demi-teinte-donc.

Saison 3 : 9/10
Un pur bonheur. Si certaines enquêtes sont un peu légères, il y a toujours un petit quelque chose qui vient relancer l'intérêt de l'épisode : des scènes hilarantes (l'épisode 3), des interrogatoires géniaux (le 1), des thèmes qui font mouche (2,7,10, pick your choice) ... En plus, les intrigues autour de la vie familiale de Brenda deviennent plus intéressantes, avec l'arrivée dans la série du père de celle-ci.
Et cette scène aussi :
"JE VEUX PAS DEVENIR VIEILLE ET GROSSE !"
Qui m'a fait hurler de rire.
Mais c'est pas tout ! On a le droit au meilleur épisode de la série (Ruby, le 4), à un final passionnant qui commence par être hilarant pour finir dans la tragédie, tout en montrant que Brenda est quand même une grosse salope, mais seulement à cause de son attachement à la justice, et à plus d'inventivité dans la réalisation, notamment grâce aux scènes caméra à l'épaule, ou à ce plan qui fait croire que l'on contemple un cadavre alors qu'il s'agit seulement de Brenda endormie.
ENCORE. J'EN VEUX ENCORE.

Saison 4 : 8/10
Une excellente saison, qui bénéficie de tous les avantages de la précédente, tout en développant de façon très sympathique les diverses relations entre les personnages.
A noter, l'épisode 10, parfait de bout en bout, le 13, au scénario impeccable et retors, et le 5 qui, encore une fois, est entièrement centré autour du personnage absolument hilarant qu'est Provenza.
Par contre, il n'y a pas d'arc final vraiment fort, et quelques facilités un peu gênantes dans l'écriture de tant à autre, mais pas grand chose à jeter.

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