La naïveté emprisonnée

Avis sur The Crown

Avatar H Bazé
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Contrairement à ce que l’on pourrait penser, The Crown ne s’adresse pas uniquement aux monarchistes convaincus.
Certes, on y brosse le portrait quelque peu hagiographique d’une des familles les plus célèbres du monde en se focalisant sur sa figure centrale (93 ans au compteur tout de même), mais on y pose également la question qui brule de nombreuses lèvres : ce système politique a-t-il encore un sens au XXe (et donc XXIe) siècle ?!
Les détracteurs (de la série ou de la monarchie) diront que la question n’est jamais posée clairement. C’est vrai, mais elle reste en périphérie de toute discussion entre les personnages (même si l’on parle plus du côté rétrograde de l’institution que de son utilité). Quoi qu’il en soit, une critique culturelle n’étant pas le lieu pour un débat politique, je ne me prononcerai pas sur la question ; d'autant plus que le sujet est trop vaste et complexe pour accepter une réponse manichéenne.

Revenons à nos corgis.
Plus qu’une série historique ou politique, The Crown s’intéresse surtout aux relations humaines, celles qui unissent ou désunissent un peuple, une famille… et c’est réussi. Les acteurs sont justes, ils font mouches à chaque fois (palme d’or à Claire Foy, notre monarque préférée, qui est d’une douceur et d’une naïveté à faire pleurer). Ils nous offrent une vision humaine de ces personnalités évoluant dans une sphère considérée comme supérieure à celle du commun des mortels. En effet, la famille de Windsor, comme n’importe quelle autre, se dispute. Si ces mésententes sont issues de bêtises ultimes ou ont plus de sens, elles sont surtout liées à la confrontation entre plusieurs egos (comme partout et tout le temps en somme). Comme dans de nombreuses familles, ils s’aiment, se soutiennent et se tirent dans les pattes quand ils le peuvent. C’est d’autant plus flagrant dans le huitième épisode - Pride and Joy - où la mère et les deux filles balancent, à tour de rôle, sur les deux autres. Un épisode intense qui, s’il arrive à la fin de la saison (elle en compte dix), promet de belles choses pour la suite.

L’histoire, en toute logique, n’a rien d’original. Il suffit d’aller sur Wikipedia pour en savoir plus, au risque de se spoiler (je l’ai fait, plus d’une fois, je sais de quoi je parle). Tout est écrit. Rien n’est nouveau. Mais tout prend une saveur particulière quand on se dit que la série commence il y a juste 70 ans, au mariage d’Elisabeth et Philip (noces de platine, bien joué !). En effet, les personnages présentés dans cette première saison, s’ils sont presque tous morts, ont bercé le quotidien de nos grands-parents (en tout cas des miens), ça leur donne un je ne sais quoi d’accessible. Bien évidemment, je ne parle pas des histories people dont on se fout complètement.

Genre l’idylle entre Margaret du Royaume-Uni (Vanessa Kirby) et Peter Townsend (Ben Miles) qui a, littéralement, passionné l’Empire britannique et qui a posé de gros soucis relationnels et protocolaires.

Je pense donc surtout aux figures mythiques comme celles de Winston Churchill (John Lithgow) ou George VI (excellent Jared Harris).

Comme sous-entendu ci-dessus, la première saison commence donc en 1947 lors du mariage princier et couvre ensuite les évènements suivants : accession au trône d’Elisabeth (1952), ses premières années et ses relations avec la monarchie, le protocole et la politique. Elle se termine peu après la démission de Winston Churchill en 1955. On y brosse donc les premiers pas d’une figure terriblement attachante qui, si elle veut contenter tout le monde, comprend bien vite qu’il lui est impossible de le faire, tant par ses devoirs que par son humanisme. Prisonnière de sa propre fonction, Elisabeth d’Angleterre va devoir grandir en caractère et force pour assoir son autorité sur tout le monde, de sa famille à ses ministres en passant par son mari, rappelant à tous que, si elle ne l’a pas choisi, elle reste la reine et assumera son rôle jusqu’au bout… et même plus.

La seconde saison (décembre 2017) devrait s’intéresser à l’éduction du Prince Charles et accorder une attention particulière au Duc d’Edimbourg. On y rencontrera également d’autres figures mythiques du XXe siècle, dont le couple Kennedy. Rendez-vous donc en novembre…

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