Uhtred Ragnarson croit en sa destinée, moi aussi!

Avis sur The Last Kingdom

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Après Vikings, ça fait du bien de patauger dans la paille et le crottin! Fini les coiffures délirantes, les crêtes et les crânes rasés, les costumes folkloriques sortis d'ateliers haute couture et les robes sexy aux colifichets inutiles! Nous voilà de retour dans notre lointain passé, une époque rude, des contrées glaciales et humides où barbes et cheveux longs avaient leur raison d'être tout comme chemises et chausses rugueuses, tissages de laine primitifs, fourrures et peaux de moutons assemblées plus ou moins grossièrement: protéger du du froid tout simplement.
La série ne bénéficie pas d'un budget aussi conséquent que ses sœurs ainées d'outre-atlantique, alors pas de grand spectacle, les batailles tournent court après un plan ou deux, il faudra attendre l'affrontement/mêlée générale du dernier épisode pour avoir enfin un nombre correct de figurants en train de s'empoigner. Mais des combats, il y en a: homme à homme, clan contre clan, hache contre serpe ou cognée.
Nous suivons la tumultueuse épopée de Uhtred fils d'Uhtred, d'origine Saxonne puis adopté par un clan Danois, qui rapidement s'identifiera à leur mode de vie, une rudesse sans détour, simplicité, bon sens et franche vitalité s'opposant à l'austère et tortueux mode de vie des Chrétiens. Les personnages sont bien décrits et approfondis, dialogues et interactions sont vivants et réalistes nous plongeant dans cet univers mouvementé, bigarré, d'un peuple conquérant à l'envahisseur qui l'a précédé jusque chez les Bretons/Celtes alors sur le déclin, mais premiers à s'y être installé.
Sans forcer le trait, sans démonstration ostensible, les croyances et spécificités, l'esprit de chaque peuple est intelligemment et avec justesse introduit au fil du récit:
Les vikings, pragmatiques(loin de la vision romantique) cherchent tout bonnement l'or et les terres, ce qu'ils ne peuvent obtenir par traité, ils se l'octroient par la force, d'autant plus facilement que la réputation terrifiante qui les précède soumet certains Clans Saxons sans aucun combat (le moindre coût en hommes et en or sera le meilleur choix pour un Viking rationnel). Les Saxons descendants des tribus germaniques ayant refoulé les Celtes ne sont guère différents dans leur mode de vie, encore divisés et Chrétiens de fraîche date. Mais en la personne du roi Alfred, fervent croyant, érudit, stratège politique se profilent les changements qui vont mettre fin à une époque, de la coexistence des clans indépendants à l'unification sous le pouvoir d'un roi, de la tradition orale à l'Histoire consignée par écrit, d'une mosaïque de traditions et de croyances vers une unité religieuse.
Sur les traces de notre héros épousant parfaitement l'esprit Viking qui le voue à sa destinée sacrée et à accomplir sa vengeance (notion tout aussi sacrée pour les nordiques que l'importance de se montrer digne de sa lignée), en accord avec ses dieux, forces de la nature qui n'exigent ni obéissance, ni adoration, ni temples, nous sommes plongés avec délectation dans ces derniers jours d'une époque sauvage et indépendante, avant l'aridité d'une organisation politique et religieuse.
C'est passionnant, plein de rebondissements, le romanesque côtoyant le jeu politique avec vraisemblance, sans broderies superflues. Les décors simples et rustiques, médiéval bien travaillé : pierres, poutres et bois, paille jonchant les sols renforcent le sentiment d'immersion dans une épique authenticité. On sent le cuir, la sueur, la fourrure, le crottin et la forge, on perçoit la froide humidité de la brume glaciale sur les marais, et les âcres parfums de fumée des poutres calcinées après l'incendie. C'est revigorant!

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