Est-ce un hommage, un dernier hommage à tous les dieux et les géants engloutis par le nouveau millénaire et dont il ne subsiste que des fragments de mémoire vacillante sous des cloches de verre? 2049 n'est pas une suite mais une cérémonie funèbre, désabusée, lente litanie dépressive, sous la pluie et les larmes obstinément indifférentes. Il n'y avait déjà plus rien avant que l'avenir ne commence.
Dans les rues électriques, les mirages géants piétinent une foule aveugle, caméléons grouillant entre les ombres mouillées et les reflets clignotants des enseignes, lumières de l'inconsistance et de l'illusion. Hommes et machines guère différents les uns des autres, obéissants, noyés dans le flux, caressant les mêmes chimères diffusées en masse, vestiges de souvenirs incomplets, vrai ou faux? Même le vieux chien ne saurait répondre à cette question.
Les villes ont grandi, les déserts ont continué à se momifier, mais où sont les hommes, où sont les réplicants jadis animés d'une formidable force de vie, d'un espoir sauvage, de passion et de colère, assoiffés de liberté, affamés de sensations, superbes dans leur jeunesse révoltée. Tous ont vieilli désormais et ont perdu leurs aspirations dans la dissolution de leur mémoire. Ils contemplent le passé sous verre, ayant perdu la capacité de créer et de rêver.
Ainsi, Denis Villeneuve, tu n'as pas cherché à faire revivre le Blade Runner du passé: errant dans le gigantesque cimetière de 2049, parmi les débris des statues colossales de nos Héros, dans les ruines abandonnées de nos temples où chantent encore et dansent les projections vacillantes de nos antiques idoles, tu ne fais que confirmer que le passé est perdu à jamais, qu'il ne nous en reste que des bribes fixées sur des pellicules, et que nous cherchons péniblement parmi ces vestiges la capacité de créer et d'imaginer dans un monde sous contrôle.

Car les miracles surgissent du hasard, ils sont l'étincelle de l'imprévu, le libre arbitre de l'évolution. En 2049, le chercheur échoue à trouver le miracle de la création, ne faisant que recopier inlassablement la même recette sans laisser aucune faille où l'impossible pourrait se glisser.
Ainsi, avec humilité tu t'incline devant l'antique mausolée et aucun de tes pas n'en dérange la poussière accumulée par les années. Blade Runner ne revivra pas: il est achevé il y a longtemps. Avec une intense tristesse, tu nous montres que ce qu'il en subsiste ne peut être que le reflet de notre mémoire, une illusion projetée vers le futur.
L'amour est devenu un simulacre d'émotion, celui d'une IA de synthèse conçue pour répondre à tous les désirs,inspirée de modèles désuets et produite en série.
L'espoir est un souvenir artificiel à peine effleuré qui finit par se désagréger.
Et l'avenir rêvé par les réplicants, l'enfant issu de 1982 incapable de survivre dans la réalité de 2049, demeure muré dans les souvenirs de son imaginaire. Est-ce désormais le seul avenir possible?
Adieu soif de liberté, élan violent de la passion, peur exaltante de la mort, étreinte du désir d'exister, d'être soi! A la fin ne subsiste que le rêve, le miracle impossible sous une cloche de verre, image en noir et blanc d'un passé depuis longtemps poussière ou imaginaire foisonnant de nouvelles couleurs, à la fois visible et hors d'atteinte. C'est tout ce qu'il reste à ce monde de 2049. Les humains sont morts, les réplicants sont morts. Il n'y a plus rien que ce dont on se souvient et ce qu'on imagine: des images. Vraies ou fausses.

boomba
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le 5 mars 2018

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boomba

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