D'Amalia True au choc de l'épisode 6 : les dons de "The Nevers"

Avis sur The Nevers

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Saison 1 - Partie 1 (épisodes 1 à 6)

En préambule, un conseil : avant de la juger précipitamment, regardez bien les six épisodes de la partie 1 de cette première saison car la fin réserve bon nombre de surprises...

Fin du XIXème siècle, à Londres, un mystérieux phénomène touche une partie de la population, en majorité féminine, leur octroyant des dons extraordinaires. Trois ans plus tard, financée par une riche bienfaitrice, Amalia True vient en aide à ces "Touchées" en les recueillant dans un orphelinat pour les protéger d'une société de plus en plus méfiante à leur égard...

Dur d'échapper au fait que cette nouvelle création télévisuelle de Joss Whedon arrive dans un contexte de polémiques autour du comportement du papa de "Buffy" sur le tournage de ses précédents films et séries... Surtout que "The Nevers", à l'instar de la plupart de ses créations précurseures, est portée par des valeurs en totale contradiction avec les abus imputés à son auteur (Whedon a d'ailleurs depuis été remplacé par Philippa Goslett à la tête de la série) !
Néanmoins, s'il y a bien une chose qui frappe ici, et ce dès le premier épisode écrit et réalisé par ses soins, c'est bel et bien toujours le talent incontestable du bonhomme à imaginer des personnages féminins forts au sein de ses oeuvres. Ainsi, un des meilleurs atouts instantanés de "The Nevers" est clairement la protectrice désignée de ces Touchées, Amalia True, qui, en l'espace de quelques scènes, s'impose d'emblée comme la locomotive de la série ! Sa force de caractère, son humour à froid, ses réparties cinglantes, sa part de mystère ou encore sa fragilité étouffée en font immédiatement une des héroïnes les plus charismatiques du petit écran actuel grâce à une intelligence de mise en situation, d'une qualité de dialogues imparable et du choix idoine de sa formidable interprète Laura Donnelly pour l'incarner.
Au fil des épisodes, elle et sa sororité de jeunes femmes pourvues de dons exceptionnels vont devenir l'âme tout aussi puissante que touchante de la série en agissant de concert face à l'adversité dans une mécanique très bien rôdée pour que chacune ait le temps de briller par sa singularité. Penance (Ann Skelly) vient évidemment tout de suite en tête : les étincelles du génial duo qu'elle forme avec Amalia réserveront certains des meilleurs moments de la série mais elles n'empêcheront nullement cette inventrice surdouée de se révéler face à un prétendant ou de s'affirmer par la seule force de ses convictions. Et, au fur et à mesure des événements, cela se vérifiera vis-à-vis de toutes les jeunes pensionnaires laissées parfois plus au second plan mais toujours pertinemment mis en avant à un moment ou à un autre, qu'elles soient alliées de la première heure ou non.

La patte de Joss Whedon n'a donc rien perdu de sa superbe afin de nous sublimer des héroïnes hautes en couleur mais qu'en est-il de l'univers et des aventures où elles évoluent ? Là-dessus, "The Nevers" va avoir un peu plus de mal à convaincre durant ses premiers épisodes.

Le cadre de cette Angleterre victorienne bouleversée par l'extraordinaire n'est pas en cause, il est même très attractif par l'atmosphère qui s'en dégage, les couleurs apportées par l'inattendu des pouvoirs et des inventions steampunk de Penance tranchent parfaitement avec les composantes austères de cette époque. C'est d'ailleurs là un point majeur exploré par cette saison, l'ostracisation de ces "couleurs", de ces Touchées, par les piliers inamovibles de cette société, en l'occurence la caste dirigeante de vieils hommes riches qui voit d'un très mauvais œil l'arrivée de l'inexplicable sur sa route. Grosso modo, "The Nevers" convoque donc un énième pitch de minorité opprimée à la "X-Men" où le prétexte fantastique est cette fois transposé au statut des femmes dans cette Angleterre du XIXème siècle dominée par les hommes.
On vous l'accorde, l'argument n'est pas des plus originaux mais la série va avoir le mérite de mettre en place une toile bien plus grande en multipliant les intervenants chargés de faire tampon entre les Touchées et les plus hautes autorités ou en gardant longuement le mystère sur les rôles-clés de certains. Malheureusement, à force de vouloir trop temporiser dans ce qui paraît être des tours de chauffe avant de plus grands affrontements, "The Nevers" va avoir beaucoup de mal à traiter toutes ces forces en présence avec la même justesse que ces héroïnes qui, elles, en sortiront invariablement grandies sur la durée.
La pire en la matière sera sans doute l'antagoniste Maladie (Amy Manson), sorte d'aïeule d'Harley Quinn au maquillage dégoulinant pour souligner sa folie (soupir), elle fera sûrement dire au spectateur qu'elle porte très bien son nom tant ses premières apparitions seront d'une insupportable vacuité avant qu'enfin elle se mette à le surprendre agréablement en bout de course. De même, on ne peut pas dire que les seconds rôles masculins soient aussi marquants que leurs collègues féminines. Par exemple, le visage du bellâtre arrogant interprété par James Norton traversera la saison sans que l'on sache trop pourquoi (peut-être pour montrer un peu de nudité dans son sillage, on est sur HBO après tout) et, si des personnages comme l'inspecteur Mundi (Ben Chaplin) ou Augie (Tom Riley) sont développés avec plus ou moins de subtilité, force est de constater qu'on est toujours assez heureux de les voir disparaître au profit de ces dames. Évidemment, on se doute que le futur les approfondira de meilleure façon mais, pour l'heure, à l'exception de Pip Torrens en Lord intraitable, ils ne sont pas les composantes les plus notables de la série.

Pas la peine de le nier, "The Nevers" n'est pas parfaite à force de privilégier l'exposition pour en révéler le moins possible à coups d'intrigues-prétextes (comme la recherche d'un traître dans l'épisode 4) mais notre attachement à Amalia et aux autres Touchées grandit tellement au fil de leurs aventures qu'il permet à lui seul de fermer les yeux sur ces défauts. Et, en plus, les épisodes 5 et 6 viendront doublement nous récompenser à ce titre !
L'avant-dernier réunira en effet enfin tous les protagonistes autour d'un événement majeur pour en interroger certains sur leurs positions (jusque chez les Touchées) tout en offrant un savoureux lot de surprises et d'action, très prometteur pour la lutte à venir qui s'annonce encore plus dangereuse...
Cela dit, ce ne sera rien comparé à la claque monumentale sur laquelle nous laisse cette première partie de saison avec son dernier épisode ! Ce n'est certes pas la première fois que Joss Whedon nous fait un coup pareil dans une de ses créations mais, alors ici, c'est si inattendu que l'on en reste complètement déstabilisé pendant un bon moment, cherchant à se raccrocher à quelque chose de familier... jusqu'à ce qu'un terme soit prononcé et vienne nous éclairer devant la teneur du coup de génie auquel on est en train d'assister ! De facto, tout est soudainement remis en perspective, la deuxième partie de l'épisode vient lever le voile sur une grande partie des mystères de la série (tout en en gardant aussi beaucoup en réserve, rassurez-vous) et fait exploser le champ du possible de cet univers vers des directions qu'il était bien difficile de soupçonner.

Impossible de ne pas sortir de cette conclusion totalement sonné... et déjà avide de ce que le futur de la série a à nous proposer. On se doutait qu'Amalia True allait nous manquer mais, désormais, c'est bien la suite de "The Nevers" dans sa globalité que l'on va attendre avec la plus vive impatience. Vivement !

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