Un anime certifié végane ! (SPOILS annoncés/cachés)

Avis sur The Promised Neverland

Avatar grogneux
Critique publiée par le

Une chose à savoir sur moi : j'adore les débats. Même quand je suis mis en minorité. C'est un petit plaisir coupable.
C'est pourquoi je me suis dit que, après avoir critiqué Goblin Slayer la saison dernière (un anime qui avait créé pas mal de tumulte sur sa représentation du viol et des femmes en général), je choisirai cette fois d'écrire à propos d'un anime quasi-unanimement applaudi...mais dont je regrette que son propos soit, lui, souvent mis de côté.

Je l'affirme, quelle que soit l'opinion réelle des auteurs (que je ne connais pas), ce manga prône le véganisme comme un gueudin (et j'en suis très heureux).

Tout d'abord, je vous parlerai un peu des qualités intrinsèques du manga, appréciables par tous quelles que soient vos opinions, avant de partir sur son propos fondamentalement végane (je ne détaillerai pas la pensée végane, don't worry, juste ce qu'en dit TPN).

Un thriller psychologique inventif et passionnant

The Promised Neverland (Yakusoku no Neverland en japonais) est un manga scénarisé par Kaiu Shirai et dessiné par Posuka Demizu, et publié depuis 2016 dans le Weekly Shonen Jump. Assez détonnant parmi les shōnen très calibrés qui s'y trouvent, son succès lui a permis d'être adapté en anime seulement 3 ans après son premier chapitre.

Y est comptée l'histoire d'enfants dont les plus âgés ont 11 ans, vivant dans un bel orphelinat entouré d'une clairière et d'une petite forêt. Le seul adulte s'y trouvant est appelé "Maman" par tous les enfants, et on sent toute la solidarité qui existe dans cette famille de fait. Parfois, la routine est interrompue par l'adoption de l'un des enfants, causant un peu de chagrin et d'envie pour ceux qui restent, mais la beauté des lieux et la camaraderie fraternelle s'y trouvant fait vite passer ces sentiments.

ATTENTION, WARNING : Vous rentrez dans la zone spoiler de l'épisode 1 !

Cependant, il y a quelque chose d'étrange dans cet orphelinat. Les enfants y sont exceptionnellement intelligents, subissent des tests cognitifs quotidiens, disposent d'un nombre tatoué dans le cou.
Le jour de l'adoption de la petite Conny, 6 ans, deux des trois orphelins les plus âgés, Emma et Norman, tentent de lui ramener son doudou favori avant qu'elle ne parte. Ils assistent alors à une scène tragique et comprennent qu'ils ne sont que du bétail enfermé dans un enclot en attente de leur croissance, dont l'éleveur n'est autre que Maman.

Au vu de ce synopsis, on voit déjà l'un des gros points forts du manga : la tension psychologique qui s'en dégage. En effet, les retournements de situation inattendus (mais jamais sortis de nulle part) y sont récurrents, ainsi que la pression psychologique issue de la relation ambigüe de Maman avec les orphelins. Ceux-ci, du fait de leur intelligence extrême due à leur sélection par les tests quotidiens, sont capables d'élaborer des stratégies particulièrement complexes. Enfin, il s'agit d'un quasi-huis-clôt, la tension est donc plus palpable encore (il suffit de voir un Tarantino ou Le Prénom pour comprendre l'apport de ce type de mise en scène). L'anime améliore encore cette ambiance grâce à l'ajout d'un rythme et d'effets sonores saisissants (merci à CloverWorks !).

Autre qualité du manga : ses personnages !
Emma, gamine toute mimi assez spontanée et sportive en plus d'être d'une bienveillance incroyable avec ses petits frères et sœurs (et qui me fait beaucoup penser à Tanjirou, de Kimetsu no Yaiba, dont sortira bientôt l'anime, et sur lequel j'ai aussi fait une critique #autopromo) ; Norman, probablement le type le plus intelligent de l'orphelinat et lui aussi très affectueux ; et Ray, très cultivé mais un peu plus renfermé que les autres sans être antipathique pour autant. D'un point de vue général, on entre ainsi facilement en empathie avec eux.
Concernant le manga, on pourra cependant critiquer le nombre très important d'enfants, rendant difficile de se rappeler de chacun d'eux, mais la plupart sont de toute façon de bambins ou de très jeunes enfants qui suivent les plus âgés, cela ne pose donc pas trop de difficultés. L'anime améliore un peu cela en introduisant un peu plus progressivement certains d'entre eux (notamment les plus âgés, Don et Gilda).
Autre critique, concernant l'anime cette fois : L'idée de ne pas révéler toutes les pensées des personnages (présentées dans le manga par de longs monologues intérieurs) peut se justifier, mais on perd en compréhension de la complexité des réflexions de chacun.
De même, le choix de donner à Sister Krone une poupée à son effigie pour qu'elle puisse extérioriser ses nombreux monologues en s'adressant à "quelqu'un" est excellente sur le principe, mais je regrette que ces extériorisations se fassent en beuglant dans sa chambre les secrets qu'elle cache à toute la maison alors qu'il est dit qu'elle se trouve juste à côté de la chambre des enfants. On pourrait tout à fait m'opposer que ces scènes de folles exclamations sont des métaphores ne faisant que représenter le monde mental de Sister Krone (d'où le fait qu'elle parle à une poupée d'elle), et non au monde réel, qu'il ne s'agit que de ses pensées et non d'un monologue à voix haute, mais c'est peut-être un peu trop subtil quand même.

Enfin, dernière qualité : son univers y est tout simplement inédit (je ne précise pas plus).
Pourtant, ce monde est fait avec une intention claire : être comparable au notre, pour que son propos y soit transposable aisément.

Le propos du manga : Go vegan !

Bon, tout d'abord, vu que je suis pas né de la dernière pluie, je connais les risques à parler de véganisme sur internet (3/4 des débats y finissent en insultes). Par conséquent, pour réduire celui de me prendre un volée d'hommes de paille, de faux-dilemmes, d'attaques ad hominem, de "connards de carencés !", de "connards de véganes extrémistes violents", de "c'est un truc de bobo snob", de mais le lait ça fait de mal à personne !, de "vous êtes une secte, vous réfléchissez pas", de "c'est contre-nature !", de "cris de la carotte", de "vous polluez !", de "mais moi je prend que du bio", de "c'est pas généralisable", et d'autres arguments erronés ou/et fallacieux dans ma gueule (s'il vous plaît, j'aime les débats, pas les insultes ni les sophismes), je vous communique dans ce paragraphe des liens répondant à la plupart de ces critiques. C'est parfois très concis, donc si vous voulez qu'on développe, RDV dans les commentaires, aucun problème pour en discuter.

Bref.

The Promised Neverland, comme l'Attaque des Titans, nous plonge dans un univers où les personnages principaux sont les proies, d'où un puissant sentiment d'injustice, surtout quand on sait que les Titans n'ont pas besoin de se nourrir d'humains pour survivre (=pour nous avec les animaux).

De même, comme Parasyte : The Maxim ou Planet With, TPN questionne la relation inter-espèce, s'en dégageant un profond pacifisme qu'on peut résumer par l'habituel "Live and let live".

Cependant, TPN va plus loin en abordant le sujet de plein front, sans le pessimisme de l'AdT, les métaphores de Parasyte ou l'étrangeté de Planet With.

ATTENTION, WARNING : Vous rentrez dans la zone spoiler des épisodes 1 à 8 inclus !

Je vous laisse ainsi le constater avec ce dialogue de l'épisode 8. Pour contextualiser, pour la 1ère fois, Maman parle franchement avec Emma et Norman :

Maman : Inutile de jouer les enfants ignorants. Je suis l'éleveuse, et vous, le bétail. Mais ne vous méprenez pas : Je vous aime sincèrement. Je vous chéris du fond du cœur. Comme si vous étiez mes enfants. Voilà pourquoi je viens vous convaincre de renoncer.

Emma : Renoncer ?

Norman : A quoi ?

Maman : A résister. Je ne veux pas vous voir souffrir. Et je ne veux pas devoir vous faire du mal. Vous avez une belle vie, non ? Vous avez un foyer aimant, de bons repas et plein d'affection. Vous mourez heureux, sans avoir connu la faim, le froid ou la vérité. Que pourriez-vous vouloir de plus ?

Emma : Kuh ! C'est une belle vie ça ? De finir nos jours de la même façon que Conny ?

Maman : La mort est instantanée. Et jusqu'à ce moment là, Conny a eu une vie heureuse et pleine de sourires.

Emma : Je me fiche de ce bonheur factice ! Je veux être libre, même si je souffre ! M'impose pas ta définition du bonheur !

Maman : Vous ne pouvez pas fuir. Le monde extérieur est dangereux et empli de désespoir. Alors, continuons à vivre heureux dans ce havre de paix. J'aimerais que vous en profitiez jusqu'à vos départs respectifs.

Norman et Emma se regarde, terrifiés, puis semblent prendre une décision.

Norman : C'est compris, Maman. J'arrête la comédie !

S'ensuit les deux qui s'attaquent à Maman, ne pouvant pas admettre sa logique mortifère. Maman casse la jambe d'Emma, puis la prend dans ses bras.

Maman : Chh... Ne t'en fais pas, ça va aller... Tout va bien. Ce n'est rien. Ma pauvre petite Emma adorée.. Je vous avais pourtant dit de renoncer. On ne s'était pas fait de câlin depuis longtemps... Hihi.
Norman, tu as raison, je vous garde à part car vous êtes à part, des mets réservés à un être à part. Vous êtes la fine fleur de mon cheptel.
Je dois vous préserver par tous les moyens nécessaires. Vous avez refusé de renoncer, je n'ai donc pas eu le choix.

Emma crie et pleure.

En plus de montrer très clairement l'ambivalence totale dans laquelle sont la plupart des consommateurs comme des éleveurs (étant issu d'une famille de fromager, je peux vous le confirmer), partagés entre "moi j'aime les animaux" (oui !) et "mais faut bien les bouffer" (...nan ? mange des frites, mec !), ce passage s'attaque aussi à l'excuse de "l'élevage bio/plein air". Les enfants ont eu une bonne vie ? C'est bien le minimum ! Cela ne justifie en rien de les tuer à la fin, que cela soit avec souffrance ou pas !

La défense de Maman en faisant référence au "monde cruel" qui entoure ce "havre de paix" se rapproche tout à fait aussi des arguments consistant à dire que "de toute façon, la vache se ferait bouffer aussi dans la nature" (sisi, j'entends ça régulièrement). Transposez cela avec d'autres sévices (viol, vol, blessures) et vous comprenez l'absolue paralogisme que constitue cette phrase, d'autant que les animaux d'élevages subissent aussi ces mêmes sévices (viol par insémination artificielle, vol de leurs enfants, de leur lait et de leur corps, blessures tout au long du processus et notamment lors de l'exécution finale).

On remarquera aussi que le mensonge derrière le "la mort est immédiate" de Maman est parfaitement évident puisque, dans le même épisode, on constate combien la mort de Sister Krone a été précédée d'une lutte psychologiquement exténuante et terrifiante pendant laquelle elle s'est débattu comme un animal en cage. La disposition des lieux (espace fermé, grilles, impossibilité physique de s'échapper) n'est d'ailleurs pas sans faire penser à certaines vidéos de L214, je pense que le parallèle avec les cages pour animaux est volontaire. Mais, comme le dit Maman, "Voilà pourquoi je viens vous convaincre de renoncer", car résister serait inutile et n'apporterait que plus de stress et de souffrance.

ATTENTION, WARNING : Vous rentrez dans la zone spoiler des arcs exclusifs au manga !
(~Chapitre 74)

On apprendra d'ailleurs plus tard que ce monde comprend aussi des élevages "industriels" qui alimentent les démons "standards". La boucle est bouclée. Comparaison parfaite avec notre monde.

Cela ne s'arrête pas là. On apprend quelque chose de nouveau dans les derniers scans du manga (~chapitre 120)

On apprend que les "Démons" n'auraient pas d'autre choix que de tuer des humains pour se nourrir. En effet, sans cela, ils finissent par dégénérer et revenir à un état de créatures non douées de raison. Ne pas manger d'humains seraient donc un suicide à petit feu pour eux.

Norman prévoit alors un plan pour faire disparaître de la surface de la Terre l'ensemble des Démons.

Or, Ray et Emma ont rencontré dans leur périple deux Démons qui, ne tuant pas d'humains par spiritualité, semblent pourtant tout à fait apte à garder leur forme et leur raison. Des Démons véganes, donc. La démone Musica, notamment, le fait sans aucune arrière-pensée.

C'est pour cette raison que l'ultra-empathique et humaniste Emma s'oppose au plan de Norman : car il reste une possibilité de vivre ensemble, sans massacre, sans prédation. Cette voie étant, au sens propre, que les Démons deviennent véganes. A voir si cela est possible, ou si Musica est obligée de recourir à d'autres sortes de prédations (contre d'autres démons ou contre des animaux non-humains). Si tel était le cas, alors il n'y aurait pas d'autre choix que l'affrontement, que la survie du plus fort, ce qu'Emma veut éviter à tout prix.

La métaphore est donc claire : la seule possibilité d'éviter le conflit entre les éleveurs et les élevés, c'est d'apprendre à se passer de l'élevage.

Une gamine d'une dizaine d'année dans un anime nous donne une leçon d'humanité.

Une leçon que nous connaissions pourtant par cœur depuis notre petite enfance, quand on nous disait de respecter les animaux et qu'on apprenait de la fable du Loup et l'Agneau l'ignominie de la loi du plus fort et la propension des puissants (nous, en l'occurrence) à se trouver milles fausse excuses pour justifier ce qu'ils ne font en réalité que par intérêt égoïste et/ou irrationnel.

Une leçon qu'on oublie après, pressés par le poids de traditions moribondes, de l'endoctrinement publicitaire et de notre propre égo, qui voudraient que tuer un animal par tradition/convenance/goût malgré l'absolue non nécessité du processus serait cohérent avec le fait "d'aimer les animaux".

Que ce soit nous, consommateurs, ou que ce soit les éleveurs, nous sommes finalement bien moins éthiques que les Démons et que "Maman", car eux agissent sous la contrainte, et nous par simple confort mental : il nous suffirait d'aller dans le rayon/magasin d'à côté pour être en phase avec nos valeurs, et facultativement à militer pour les plus courageux.
Soyons donc éthiques, changeons nos comportements, laissons les bêtes tranquilles autant qu'il est possible de le faire, mangeons des patates et du couscous (et 5000 µg de B12 tous les 15 jours, important !).

PS : Autant vous dire que je ne m'attends pas à ce que cette critique ait un ratio "j'aime"/"j'aime pas" positif (ou alors je serai extrêmement agréablement surpris), à votre bon cœur messieurs les dislikers ! :D

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