You only live once

Avis sur You

Avatar Kirk  Hammett
Critique publiée par le

Petite précision : cette critique ne porte que sur la saison 1, et il y a des spoilers.

La série YOU est mauvaise. D’emblée, il est nécessaire de l’affirmer. Je ne sais pas si c’est parce que j’ai ne suis plus pré-ado ou parce que j’ai du mal avec la niaiserie mais la saison 1 a été un supplice à finir. Lors du visionnage de la série, je me retrouvais à littéralement lâcher des « ah putain » toutes les 3 minutes tant les épisodes regorgeaient de moments obvious / gênants / clichés / niais / mal joués / dépourvus de sens / stupides.



Croyez-le ou non, mais ça m’en coûte presque de dire ça.

Car le plus dommage dans tout ça, c’est que la série aurait pu être bonne. Personnellement, j’ai adoré l’épisode 1. Ça partait bien, très bien même ! De l’originalité dans l’appréhension de la relation amoureuse avec un protagoniste en narrateur omniscient (le fait que Joe possède l’ancien téléphone de Beck lui permettant de tout anticiper et contrôler) sorte de random guy auquel on s’identifie assez rapidement, en plus pas trop con pour un américain (il vend des livres, imaginez seulement). On a aussi une flopée d’acteurs peu connus mais qui ont l’air assez intéressants à première vue (je dis bien à première vue). La photographie est, elle aussi, assez originale et travaillée avec une image très léchée, un effet de flou sur certaines parties de l’écran et un large panel de couleurs peu contrastées permettant de donner un effet de rêve, presque irréel à certaines scènes. On a aussi de jolis plans de NY, et des décors ma foi assez sympas. Le traitement de la lumière est lui aussi très soigné, avec de nombreuses scènes dans des appartements modernes aux fenêtres assez larges permettant de jouer sur la lumière qui entre donnant ainsi de très beaux plans.

Mais c’est tout. Car derrière un emballage quelque peu accrocheur, il n’y a rien. YOU est d’un vide abyssal. A cause du problème principal de la série : son écriture.

Ça saute aux yeux dès le deuxième épisode. Le scénario et les personnages sont si mal écrits que ça en devient désagréable à regarder. Le seul personnage qui tient la route et qui a le mérite d’être intéressant c’est Joe, le protagoniste principal.
Pour le reste, c’est une véritable catastrophe. Beck et ses amies sont infâmes, un concentré des pires clichés de basic bitch américaines qui n’ont rien dans la tête. Le pire, c’est que ce n’est même pas voulu, c’est juste le résultat d’un mauvais développement et de mauvaises idées scénaristiques.
Prenons le personnage de Beck, par exemple. Beck, c’est cette blondasse dont tout le monde rêve. Elle est belle, intelligente, avec une situation parfaite (l’appart en plein NY tu connais). Bref, elle a tout réussi sauf une chose, vous vous en doutez : l’amour (putain on s’y attendait pas du tout). L’amour ça va pas fort fort pour Beck. Car elle a beau être parfaite, la pauvre tombe toujours sur des salauds (quelle surprise !). Car oui, selon Shakespeare ou le connard qui a écrit YOU, on est attiré par les gens qu’on pense mériter. Vous voyez un peu ce genre de logique digne du journal intime d’un prépubère en pic hormonal ? Bienvenue dans YOU. Et oui, la série se résume à ça. Sans déconner, ça ne vole pas plus haut. Pour revenir à Beck, il faut ajouter que la source d’une partie ses problèmes c’est (roulement de tambour) : les daddy issues. Ah putain, ces bonnes vieilles daddy issues. Son père est un ancien drogué qui était absent durant son enfance, et maintenant il a retrouvé une famille et la belle-mère est une plaie. Encore une chose à laquelle on ne s’attendait pas du tout. C’est le pompon.

Après l’épisode 1, pas une seule scène n’est pas prévisible. Pas une seule réaction des personnages n’est pas clichée. Et encore, si ce n’était que ça. Car en plus d’être prévisible et cliché, c’est niais à mort. Chaque scène de romance (il y en a des dizaines par épisode) est un supplice à regarder. J’en étais presque à me cacher les yeux. Le moindre bisou peut à tout moment partir en baise torride, peu importe le lieu (oui oui, car on a le droit à plusieurs ébats sexuels dans un magasin de mobilier ou encore sur le pont d’un bateau, au vu et au su de tous, mais on est dans YOU donc on s’en fout, on fume la vie avant qu’elle ne nous fume). C’est vraiment mettre du cul pour mettre du cul. Tout est amené si grossièrement, les scènes n’ont absolument aucune saveur, aucun romantisme, c’est du sexe d’ados qui jouent à le faire dans le plus d’endroits possibles. Ajoutez à cela une musique électronique affreuse qui se coupe lorsque les personnages gémissent pendant l’acte. Je préfère encore regarder un porno.

Lors du final de la saison 1, on a le droit à l’épisode le plus cliché qui soit avec le fameux petit repenti ridicule du personnage dont la vie est en jeu. En l’occurence Beck qui fait son petit bilan sur toutes les choses qui l’ont faite souffrir et toutes ses erreurs. On a donc bien évidemment le classique « les hommes que j’ai fréquenté sont des salauds (y compris mon père) », mais aussi « tu t’es entourée des filles que tu avais toujours exécrées », sans oublier ce petit garçon qui la traitait de vache à l’école ou les riches filles du collège qui la méprisaient. Avec, entre chaque flashback, des plans de Beck en train d’écrire et pleurer de manière héroïque avec une petite musique épique en fond. Tout ça pour en venir à la conclusion que le prince charmant qu’elle attendait depuis toujours (Joe), est aussi un barbe bleue, et qu’il faut aimer les deux. Bref, c’est à vomir.
Du côté de Joe, ce n’est pas mieux. Après avoir tué son bourreau de voisin qui maltraitait sa famille et le petit Paco (qui était la uniquement pour humaniser Joe), il fait rapidement le rapprochement avec Beck qu’il retient enfermée. En fait, c’est simple : « on fait des choses moches pour les gens qu’on aime ». Ça c’est de la morale ! Dans tes dents Shakespeare ! Les scénaristes de YOU ont tout compris à la vie, et ils nous permettent de la comprendre aussi. Un grand merci à eux.

Si vous en voulez encore, c’est loin d’être terminé. Car à chaque épisode on repart pour un tour supplémentaire de « je ne sais pas écrire des personnages (et je suis une merde) ». Il n’y a pas que le personnage de Beck qui est écrit avec les pieds. Comme je l’ai dit plus haut, ses potes sont infâmes. Dans le top des pires personnages on a aussi Peach, en basic bitch qui se veut redoutable. En langage ciné, ça veut simplement dire une fille très belle et riche qui passe son temps à rabaisser ses potes (pour leur bien), et qui a pour seule expression faciale de lever les yeux au ciel. J’ai récemment appris que l’actrice qui joue cette fameuse Peach vient de la série « Pretty Little Liars », ce qui ne m’étonne qu’à moitié au final.

YOU, c’est aussi et avant tout des grandes lignes de texte, percutantes et saisissantes comme par exemple : « tu sens bon, ta chaleur, ta sueur », « en un mot, waouh », « ce qu’on fait c’est mal », « tu mérites mieux que moi », « il t’a rencontrée et tu as ramené la lumière », « qui part en Italie et ne poste pas de photos ? », « tu baves quand tu dors, c’est mignon » ou encore « parfois j’ai l’impression de te connaître depuis toujours ». Sérieusement, on dirait que toutes les répliques des personnages sont tirées de la rubrique « Fume la vie » du site citations.com.

Au delà des dialogues et de la trame, YOU regorge d’un million de trucs absurdes. Notamment le fait que :

  • Beck habite dans un appartement sans aucun putain de rideau et elle baise à la fenêtre sans aucun problème (comme par hasard le lit est extrêmement bien placé) ;
  • Beck vit allègrement d’un programme d’études en poésie pour lequel elle travaille un jour par semaine (spoiler alert : ça n’existe pas en réalité) ;
  • Joe et Beck qui font l’amour de manière absolument pas discrète sur le pont d’un bateau touristique en plein jour, en prenant bien leur temps parce que comme par hasard il n’y a personne (et sur le plan d’après, les gens arrivent. Ouf ! J’ai eu chaud pour mes héros).

J’ai justement aimé l’épisode 1 car il ne laissait pas apparaître un développement aussi basique pour l’histoire et les personnages. Dans le pilote, Joe et Beck apparaissent véritablement comme des personnages complexes et intéressants, sortant du lot, en clair des personnages qui nous réserveraient des surprises pour le reste de la saison. Rien ne laissait présager que la série deviendrait une sorte de mix entre High School musical et Gossip girl.

Bon, je ne vais pas terminer cette critique comme le donneur de leçons basique en disant que Netflix fait primer la quantité sur la qualité blablabla … Je terminerai juste en disant que ce qui m’a le plus énervé avec YOU ce n’est pas sa médiocrité, mais le potentiel gâché de la série. Il y avait de quoi faire quelque chose de vraiment intéressant. La photographie est belle, le personnage de Joe attachant, le synopsis intriguant, mais il aurait fallu faire beaucoup mieux que ça. Mieux diriger les acteurs, mieux écrire le scénario, faire moins cliché, ne pas mettre du sexe et des bisous en veux-tu en voilà pour satisfaire un public composé probablement à 80% de puceaux… Alors pour ceux qui voudraient tout de même tenter l’expérience : regardez l’épisode 1 et imaginez la suite. Ça sera toujours mieux que ce qui vous attend.

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