J’aime bien les fictions du Canada qui nous apportent un bol d’air. Anne Shirley-Cuthbert est bien souvent agaçante tellement elle est volubile et ridiculement poétique, elle parle trop et on a envie de la faire taire, ce qui n’empêche pas de l’aimer. Car le ton de l’actrice est juste et adapté à cette adolescente dont l’imagination débordante, soutenue par ses lectures, l’a aidée à traverser les épreuves de l’orphelinat. Le récit se passe dans une commune agricole de l’Ontario à la fin du 19e siècle. Je pense que l’austérité puritaine bien connue de la société canadienne de cette époque était bien plus cruelle que le laisse entendre la bonhomie de la série. Mais cet anachronisme ne m’a pas dérangé, au contraire il est bienvenu. Rappelons que l’anachronisme de Inglorious Basterds, dans un univers plus violent, apportait bien du plaisir et que c’est donc un ressort narratif à utiliser, à bon escient. J’ai apprécié que les scénaristes élargissent le champ des possibles à travers des personnages qui s’émancipent (homosexuels), qui trouvent un bonheur possible (Sebastian et Mary Lacroix), que soit évoqué le sort des enfants indiens volés et le monde misérable des chauffeurs de navires. La scène de l’intervention des jeunes pour sauver leur journal local m’a fait jubiler. Une série originale et fort sympathique, avec toute une bande de jeunes acteurs très convaincants et des personnages qui savent évoluer comme les délicieux Cuthbert et leur pénible mais amendable voisine. La série nous donne à voir ce qui aurait pu avoir lieu, plutôt que ce qui a existé, il faut l’accepter pour se laisser charmer. Des scènes amusantes et on adore entendre Anne dire à ses amis : « j’ai un plan ! » La scénariste et productrice canadienne Moira Walley-Beckett écrivait dans une interview « Je veux raconter l’histoire d’une toute nouvelle façon, une façon qui sera significative pour les jeunes générations », bonne idée.